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Thierry Coué, Président de la FRSEA de Bretagne : "Chaque agriculteur doit prendre conscience du besoin de se protéger, et de protéger son exploitation"

Depuis le début de la crise du coronavirus, le monde agricole semblait en retrait, presque observateur. Les comportements ont évolué lentement et la plupart des responsables alertent sur la crise qui se profile si les simples gestes de protection ne sont pas adoptés dans toutes les exploitations. Rencontre par téléphone avec Thierry Coué, président de la FRSEA.

Thierry Coué

Les agriculteurs semblaient regarder les choses d’assez loin et ne donnaient pas le sentiment de se sentir vraiment concernés ?

Thierry Coué. La prise de conscience des agriculteurs, comme pour le reste de la population, a mis du temps à se faire. Il faut que chacun prenne conscience du besoin de se protéger. Nous sommes face à une situation inédite et il est indispensable de se protéger pour assurer la continuité du métier, des filières et des exploitations. Notre devoir est de nourrir les Français et de tout faire pour qu’il y ait continuité de l’activité. Pour ne pas perturber le bon fonctionnement des filières alimentaires.

Quels sont les risques identifiés aujourd’hui ?

T.C. Le premier risque est que les agriculteurs et/ou leurs salariés soient malades et ne puissent pas faire leur travail. Le monde agricole devra faire preuve d'une solidarité sans faille pour assurer la continuité et la qualité des denrées fournies. Des solutions devront aussi être trouvées pour pallier ce manque de main d’œuvre et notamment aider les employeurs qui seraient en difficulté. Il faut aussi s'assurer que la fourniture des intrants nécessaires au fonctionnement des fermes se poursuivre, et que les collectes de lait, l'enlèvement des animaux se fassent à un rythme suffisant. Comme les services indispensables au fonctionnement des exploitations : services de remplacement, État, Cuma, équarrissage, etc. Nous avons alerté l’État sur ces sujets.

Quelles préconisations formulez-vous ?

T.C. Notre secteur d’activité est essentiel. Il faut que les agriculteurs se sentent concernés et appliquent les mesures de protection. Notre secteur d’activité est pourtant habitué à prendre des mesures de biosécurité. J’observe que tout ceci évolue d’heure en heure, et les déclarations d’Emmanuel Macron montrent bien que l’on est passé à un autre stade.
Pratiquement toutes les entreprises ont décidé spontanément de réduire ou de supprimer les déplacements dans les exploitations. Maintenant il faut assurer la continuité de la chaîne de l’alimentation depuis l’approvisionnement jusqu’à l’aval. La logistique et le transport sont en première ligne.
La crainte n’est pas pour le moment dans les outils, mais si demain beaucoup de gens sont malades cela peut très vite devenir compliqué. Il faut prévoir un plan d’action, se protéger.
Chaque entreprise doit définir ce qui est essentiel de ce qui est accessoire. Il faut limiter au maximum l’entrée de tout ce qui n’est pas indispensable aux exploitations, se protéger, ne plus serrer la main du laitier, ou du chauffeur de la Cuma et tout faire pour empêcher le virus de circuler.

L’autre inquiétude c’est aujourd’hui la distribution des produits ?

T.C.  La fermeture de la RHD c’est plus de 20 % de la consommation. Le transfert est en train de se faire vers la distribution, au moins en partie. Cela trouble le bon fonctionnement et il y a une période d’adaptation. La logistique est en train de se redéployer. Logiquement, la fermeture des frontières ne devrait impacter que la circulation des hommes, pas celle des marchandises, et au delà de la période d’adaptation, je ne pense pas que cela devrait impacter les marchés.
Juste une parenthèse, je ne voudrais pas que la distribution profite du trouble actuel pour déstabiliser les prix et abaisser les prix au producteur. Déjà le porc a baissé, fruits et légumes, porc volaille… Je referme la parenthèse.

Les déclarations d'Emmanuel Macron indiquant qu’il faut repenser le modèle de notre alimentation, et se poser la question de la dépendance ont dû vous faire plaisir ?

T.C.  Oui ça a fait plaisir, c’est une prise de conscience, à condition de ne pas aller jusqu’au "tout local". Ce qui est positif c’est de reconnaître le rôle central de notre agriculture de l’agroalimentaire et des filières. Nous sommes le maillon primaire indispensable au bon fonctionnement de la santé et de l’alimentation. Il faudra voir dans la durée la traduction concrète de ces propos. Nous disons depuis des années que le maillon agricole est essentiel. Le président de la République semble l’avoir perçu.

Que pensez-vous des annonces en matière d’économie ?

T.C. Pour les entreprises en général le ministre de l’Économie a annoncé des garantie de prêts par la BPI, des reports de charges, et l’accord des banques pour les reports des annuités d’emprunts. Au niveau agricole, les premières réponses ont été apportées : report jusqu’à 3 mois sans pénalités du paiement des cotisations salariales et patronales dont l’échéance est entre le 15 et le 30 mars, autorisation d’ouverture des marchés et commerces de producteurs avec les mesures sanitaires de distance. Normalement, au niveau agricole, le paiement des produits va se faire, il ne devrait pas y avoir d’énormes baisses de chiffre d’affaires, sauf peut être dans le cas des entreprises qui vendent en direct ou sur les marchés et qui peuvent être confrontés à une baisse de visites, les horticulteurs, les pépiniéristes. Mais globalement, les principales annonces répondent aux attentes. L’essentiel est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de trouble dans les exploitations et les entreprises pour ne pas les déstabiliser. Pour le moment je pense que l’État a bien cerné l’ensemble du dispositif et notamment le risque au niveau de la trésorerie pour les indépendants dont les agriculteurs font partie.

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