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Tout ne passe pas par les prix

La pression des grandes surfaces, lors des négociations commerciales, passe par les prix mais pas seulement. En témoignent les différentes rubriques de négociations non tarifaires décrites du côté des coopératives. Coop de France mentionne trois types de pratiques entretenant un déséquilibre dans les rapports entre transformateurs et industriels : la demande de compensation de marge, les stocks déportés et les flux tendus.

Les fruits et légumes sont parmi les plus touchés par l'extension de pratiques plus contraignantes.
Les fruits et légumes sont parmi les plus touchés par l'extension de pratiques plus contraignantes.
© Terra

Une pratique qui fleurit depuis deux ou trois ans, la compensation de marge, s’est imposée lors des négociations tarifaires de 2014, au point de devenir un préalable aux négociations, rapporte Coop de France. Le principe de la compensation de marge, pour un distributeur, consiste à dire au fournisseur : "J’ai perdu ma rentabilité sur tel produit, vous devez compenser". Par "compenser", il faut entendre "compenser avec un autre produit", mais aussi et surtout "compenser financièrement". "On ne s’intéresse plus au produit, mais aux marges dégagées par les produits", décortique Rachel Blumel, responsable de la direction du service "chaîne alimentaire durable" à Coop de France. La loi Consommation prévoit d’interdire la demande de compensation de marge, mais cette pratique ne tombera sous le coup de la loi que pour les négociations de 2015.

 

Les stocks déportés et les flux tendus à la charge des fournisseurs

La pratique des stocks déportés, apparue il y a trois ou quatre ans, s’étend à des secteurs qui jusque-là n’étaient pas touchés, et que Coop de France préfère ne pas citer, car ils sont facilement identifiables et susceptibles de représailles. Cette formule consiste pour des enseignes à externaliser la fonction de stockage : le distributeur ne stocke plus, il demande au fournisseur de livrer les produits à un prestataire de stockage. La règle du jeu la plus courante est la suivante : le fournisseur reste propriétaire du produit tant qu’il ne sort pas du stock ; c’est le distributeur qui choisit le prestataire ; le fournisseur ne gère pas les conditions de stockage et en supporte les coûts et les risques.

La formule des flux tendus répond à une volonté des distributeurs de ne plus stocker les produits. Le distributeur se fait livrer plusieurs fois par semaine au lieu de deux fois, ce qui contraint le fournisseur à accroître ses flux de transports. dans le détail, cela signifie que l’enseigne, qui jusque-là recevait des palettes d’un même produit en grande quantité, et qui les éclatait dans les différents magasins, demande maintenant au fournisseur de lui livrer des palettes alloties, c’est-à-dire comprenant une panoplie de produits, et ce dans chaque magasin. "On est de plus en plus face à cette attente de ventilation des multiples produits dans chaque magasin", ce qui complique la tâche logistique des transformateurs, explique Rachel Blumel.

 

Fruits et légumes : des demi-palettes au lieu des palettes

Les secteurs de produits frais ne sont pas épargnés par l’extension de pratiques plus contraignantes pour les fournisseurs des GMS, notamment les fruits et légumes. Légumes de France, la fédération des maraîchers français de la FNSEA, a identifié deux pratiques.

Première pratique, en raison des contraintes de la médecine du travail pour les salariés des magasins, ces derniers imposent aux fournisseurs de livrer des demi-palettes au lieu de palettes, signale Bruno Scherrer, directeur de Légumes de France. Les demi-palettes n’excèdent pas 1,80 m, alors que les palettes montent jusqu'à 2,40 m. L'augmentation du nombre de palettes qui en découle accroît les frais de transports et le bilan carbone des producteurs ou des groupements de producteurs. "La distribution reporte sur le fournisseur une charge qui lui incombe !", s’exclame-t-on à Légumes de France. Cette contrainte n’est pas imposée aux fournisseurs de pays voisins (Espagne, Italie, Allemagne, Pays-Bas).

Seconde pratique signalée, l’imposition de plus en plus fréquente de caisses en plastique au lieu des caisses en bois ou carton. La location des caisses en plastique est assumée par les producteurs ou les groupements de producteurs. "Ce choix est imposé pour des raisons financières et non par souci sanitaire ou de qualité des produits", explique Bruno Scherrer. De plus, ce type d’emballage coûte plus cher au fournisseur et complique la gestion sanitaire des produits. Cette contrainte n’est pas imposée aux fournisseurs d’Alméria, d’Agadir ou de Groningue, comme pour la formule de la demi-palette, ce qui induit une distorsion de concurrence de plus au détriment des producteurs de l’Hexagone, estime-t-on à Légumes de France.

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