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 Transmettre : la clé de l’installation, l’avenir de l’agriculture

Lancinant est ce chiffre : une exploitation sur deux serait à reprendre, dans les dix ans à venir. Transmettre mais avant tout bien transmettre devient aujourd’hui la clé de l’installation. Son érosion, notamment en lait où le taux de remplacement n’est que d’une installation pour trois départs, suscite des inquiétudes face à une baisse d’actifs, "en chute libre". La question s’était donc imposée, notamment lors de la 7e édition des déjeuners débats de la FRGeda au moment du Space. Retour d’expériences.

Semaine de la Transmission

Franck Houssais / Associé avec son salarié

Sur 45 hectares près de Vitré, leur ferme donne 380 000 l de lait bio depuis 2001, 300 cochons par an et 36 kWc pour l’atelier photovoltaïque : "une exploitation rentable". Au départ, en retraite de sa femme il y a deux ans, Franck Houssais s’est associé avec son salarié. Il précise qu'avant il quittait l’exploitation près de quatre jours tous les quinze jours pour préserver sa vie de famille. "Nous avons élevé nos enfants sur la ferme. On peut répartir son temps, un sacré confort. Dans deux ans, je ne veux pas travailler plus d’une semaine sur deux", ambitionne-t-il. Pour aider la transmission, il a repris des terres qui sont passées de 45 à 53 hectares, "tout pâturable". Une exploitation encore en devenir avec la réflexion du retour d’un de ses enfants.

 

Semaine de la Transmission

Francis Vaudoux / De parrain à salarié

"Mon repreneur est tombé tout seul, c’est mon futur gendre", apprécie l’éleveur installé en lait sur 78 hectares dans la Sarthe depuis 1981, en bio depuis 1998. "Agriculteur, c’est beaucoup de métiers en un". Pour transmettre, la solution a été le parrainage. "Huit mois, mais c’est trop court pour le jeune", pointe-t-il avant d’enchaîner sur le frein financier, qui plombe. "Quand je me suis installé, j’avais les poches vides et pas de production. Là, je cède trois productions, c’est lourd, une grosse charge financière pour mon repreneur", reconnaît cet éleveur qui fera un passage par le salariat. "C’est le plus simple car il souhaite qu’on reste, il ne se sent pas bon partout encore".

 

Semaine de la Transmission

Yvon Boutier / Être facilitateur

Sur cette ferme de 520 000 litres à Kerien (29) et 110 hectares dont il n’était propriétaire que de 25 hectares, Yvon Boutier, 62 ans, inscrit au RDI, a racheté le reste des terres qu’il mettait en valeur "pour les louer à mon repreneur, sinon, il n’y avait pas d’installation", souligne-t-il. "On a fait de l’échange parcellaire. Notre volonté, c’était d’installer. Avec cet outil, il peut faire 600 000 litres. Si on n’y met pas un peu de cœur et de moyen… Être paysan, c’est une passion à transmettre. Il faut être facilitateur ". Quant au départ physique, il dit : "Ça contribue au bien-être de ne pas rester dans les murs".

 

Semaine de la Transmission

 

Michel Vissault / Réponse originale de la Safer

Du lait, puis éleveurs de génisses sur 36 hectares à Rannée (35), avec deux poulaillers sous label de Janzé : "On voulait tout transmettre". Une annonce au RDI et une évaluation de la ferme plus tard : "On a été contacté pour deux beaux projets qui n’ont pas abouti car la propriétaire des terres a voulu vendre. Alors la Safer, avec un investisseur, a acheté pour qu’un jeune puisse s’installer en bio et avec 220 chèvres. Ça a été rapide, avec une réponse originale de la Safer. Le but était de transmettre, l’objectif est atteint. On a volontairement baissé le prix, sinon il n’y a pas de marge de manœuvre pour le jeune qui reprend. Il lui faut une rentabilité".

Être paysan cíest une passion ‡ transmettre. Pour transmettre, il faut Ítre facilitateur.

 

Semaine de la Transmission

Michel Lemonnier / Perte de valeurs

35 hectares à Martigné-Ferchault (35), 350 000 litres de lait et un peu d’engraissement en porc, Michel Lemonnier n’a pas transmis son exploitation comme souhaité. "Il y a quatre-cinq ans, je me suis posé la question de passer en bio pour faciliter la reprise et je ne l’ai pas fait. Deux exploitations en bio de la commune n’ont pas trouvé de repreneur. J’avais une très belle exploitation, elle ne sera pas reprise. Il y a des places à prendre qui ne se prennent pas et des valeurs qui s’envolent. Les valeurs, ce sont le groupe, la Cuma par exemple, il faut des agriculteurs pour faire tourner un groupe".

 

Semaine de la Transmission

Pascal Pommereul / Dégager de l'EBE

D’un Gaec à cinq associés, "on se retrouve à deux", pointe cet éleveur laitier de Saint-Brice-en-Coglès (35) avec 940 000 litres de lait. "J’avais l’idée de transmettre ma part à un jeune"... Installé sur le domaine d’un château qui a été cédé, l’exploitation sera sacrifiée pour un projet touristique. "C’est depuis une guerre de tranchée avec le nouveau propriétaire". L’avenir ? "Un départ avec mes deux tracteurs et mes 100 vaches. Si j’avais tout misé sur la revente, je serai ruiné. Les dernières années, plutôt que s’acharner sur une éventuelle revente, il faut dégager de l’EBE, mettre de l’argent de côté et démontrer que l’exploitation est viable et dégage du revenu", évoque-t-il, partisan du système néo-zélandais de salariat pour le futur repreneur avec capitalisation des vaches et des génisses, à transposer, selon lui, pour transmettre progressivement.

 

Semaine de la Transmission

 Loïc Cheval / Transmettre à ses salariés

Pépiniériste à Plougoumelen, Loïc s'est intéressé à la question trois ans avant la transmission. "On est tous très vieillissants, c’est un problème majeur. Trois ans de galère avant que la transmission en interne se fasse. J’ai transmis à mon chef de culture et j’ai eu aussi la surprise de voir ma fille revenir. Beaucoup de salariés n’envisagent même pas la reprise. Il faudrait mettre en place une formation pour les salariés agricoles qui ont un projet. Les outils sont là, un lieu de rencontre en y associant les employeurs".

 

Semaine de la Transmission

Bastien Dutertre / Parrainage trop peu connu

À 27 ans, non issu du milieu rural, Bastien Dutertre s’installera sur 60 hectares avec 150 000 litres de lait pour s’associer à ses deux anciens maîtres de stage. "À 51 et 57 ans, ils m’ont appelé. Je n’ai pas réfléchi cela tout seul, c’est un projet de vie. Ma femme arrivée de Mayenne m’a suivi a 200 %, a changé de métier. Pour l’achat des terres, on a réussi à trouver des investisseurs. Des agriculteurs locaux et les cédants ont racheté 30 hectares pour faciliter mon installation. Les agriculteurs sont en place, je suis en parrainage, je bénéficie des allocations chômage, c’est peu connu. C’est facile pour moi de m’appuyer sur eux. Il y a de la solidarité, j’ai l’impression d’être leur associé". Et demain ? "J’ai une femme et un frère qui seraient intéressés".

 

Semaine de la Transmission

Florent Cotten / Construire un système ensemble

Rien n’était sûr avant. "Quand on a dit à mon père qu’avec ma sœur on voulait reprendre et s’installer en bio, il a introduit des investissements. On n’a pas subi mais construit un système ensemble", note cet éleveur laitier dont l’exploitation, en association, avec 70 vaches laitières et 400 000 litres de lait, emploie six personnes avec un atelier de transformation. "On a gagné en qualité de vie. Nous sommes sur un bassin versant algues vertes. Les 140 unités d’azote, on le vit comme un atout. Nous faisons du blé noir, de l’orge brassicole, on a développé la filière Dremmwel. On redéploie un territoire", estime heureux, ce jeune éleveur.

 

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