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Un "coup de chapeau" aux 200 agriculteurs du bassin versant de l'Ic

Le programme du bassin versant de l'Ic a fêté ses 20 ans. Face aux efforts accomplis pour retrouver une qualité d'eau, les agriculteurs ont été félicités par les partenaires locaux lors d'une soirée et d'un repas anniversaire.

Pour une fois, des remerciements ont été adressés aux agriculteurs dont l’implication a permis de reconquérir la qualité de l’eau sur le bassin versant de l’Ic. Le maire de Binic, les associations locales, le syndicat mixte, la commission locale de l’eau, la chambre d'agriculture… se sont retrouvés lors d’une soirée pour féliciter l’ensemble des agriculteurs vendredi 25 novembre à la salle de l’Estran à Binic. "Merci aux 200 agriculteurs et toutes les structures techniques agricoles, leurs techniciens et ceux du Smega", a exprimé Christian Urvoy, maire de Binic. "Un immense coup de chapeau aux acteurs et aux agriculteurs. Le territoire a fait preuve d’une intelligence collective exceptionnelle", a déclaré pour sa part le président du Smega (1), Hubert de La Villéon. Même la présidente de l’association "De la source à la mer", Joëlle Le Guern reconnaît "un effort important qui permet d’atteindre des résultats significatifs".
De fait, deux indicateurs traduisent l’amélioration de la qualité de l’eau : le taux de nitrates et les algues vertes. L’époque où le pic dépassait 100 mg/litre de nitrates (1998) est révolue, en 2010 le taux de nitrates passe sous le seuil réglementaire de 50 mg/litre. Quant aux algues vertes, leur présence sur les plages s’est beaucoup réduite. "Depuis deux ans, il n’y a pas eu de dépassement du seuil en nitrates et en 20 ans, les quantités ont été divisées par deux", décrit Sylvain Têtu, directeur du Smega et de conclure : "L'objectif de réduction des flux de nitrates dans la baie de 30 % à échéance 10 ans (2021) a été atteint sur la période 2010-2014".

Une action collective concertée
"Binic est symbolique pour nous, il fut une époque où la ville était très médiatisée à cause des algues vertes avec des manifestations et des réunions publiques des habitants et des commerçants. Les agriculteurs l’ont mal vécu, pourtant nous ne nous sommes pas radicalisés et nous avons travaillé", relate Jean-Jacques René, agriculteur à Plélo et responsable du comité professionnel agricole. L’organisation sur le bassin versant démarre en 1995 avec Gabriel Guégan, 1er président du SMCG (ex Smega). Après la grande manifestation à Binic en 1998, les premières réunions à destination de tous les agriculteurs débutent. La station d'eau potable du Chien noir est fermée alors que le contentieux européen s’abat comme un couperet en 2007. Le plan de lutte contre les marées vertes lancé par le gouvernement conduit à la signature d'une charte en 2011.

Chaque année, le technicien de la chambre d’agriculture Fabien Stéphan (premier technicien) rencontre une centaine d’exploitants. "Une immersion pour être à l’écoute du terrain, voir les améliorations et les points de blocage", se souvient-il. En 20 ans, de nombreuses actions se sont succédées avec la mise aux normes des bâtiments d’élevage, la résorption de l’azote et du phosphore, la fertilisation raisonnée, la couverture des sols, l’agronomie, la méthanisation, les évolutions de système…
Sur le bassin versant de l’Ic aujourd'hui , "93 % des exploitants sont signataires de la charte algues vertes ; il existe 9 stations de traitement biologique ; 6 exploitations détiennent le label AB ; 120 km de haies ont été replantées… ", liste Bertrand L’Hotelier du comité professionnel agricole. La première station biologique des Côtes d’Armor arrive en 1996 au Gaec Clos de la Pierre à Plélo chez les frères Auffray, puis la méthanisation en 2012. Chez Etienne Mottais à Lantic, la terre n’est plus labourée depuis 20 ans et le lisier de porc fertilise le blé pour réduire les apports d'engrais minéraux. Cyril Collin, producteur de porc et de bovin viande bio à Trégomeur, a replanté des haies et réouvert des zones humides en fond de vallée.

Et la suite...
Il ne faut pas se voiler la face, les partenaires demandent que les efforts réalisés se poursuivent alors qu'un second plan de lutte contre les algues vertes est en préparation. "Il y a encore quelques marches à franchir pour avoir une ressource locale conforme et la réouverture d'un nouveau captage", souligne Joëlle Le Guern, de l'association "De la source à la mer". De son côté, la profession agricole qui se veut rassurante envers ses partenaires, y met toutefois des conditions. "Les agriculteurs ont le sol entre les mains, en travaillant l'agronomie, la conduite des sols, le stockage du carbone, la petite méthanisation, il y a un tas d'espoir. On y travaille !", rassure Jean-Jacques René, qui évoque également le plan Climat. Mais reste un gros noeud sur le bassin versant : la sortie du contentieux européen et l'approche économique. "En ce moment, le contexte est difficile pour les agriculteurs. J'espère que la sortie du contentieux va aboutir, les agriculteurs le méritent" et de conclure, "sans approche économique, il n'y a pas d'environnement". Un point de vue que partage Hubert de La Villéon : "vouloir aller plus loin et encore plus fort demande un équilibre économique pour les agriculteurs".

L'Ic un bon secteur de pêche

Selon le président de l'association de pêche locale Saint-Brieuc-Quintin-Binic (AAPPMA), Didier Bonnery, le travail de reconquête de la qualité de l'eau de l'Ic et des effluents a permis le retour du poisson, notamment la truite fario et la truite de mer. "Notre indicateur, ce sont les pêcheurs qui réalisent de bonnes pêches. Il y a du poisson, nous sommes sur la bonne voie". La reproduction naturelle se fait, les juvéniles sont présents en "quantité normale et raisonnable". Sans oublier la présence des insectes utiles dans la chaîne alimentaire.
Petit précision, dans le Gouët voisin, loutre et saumon sont aussi de retour.

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