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Un hébergement insolite à leur image

Agriculteurs et grands voyageurs dans l'âme, Thierry et Anne Lymes ont développé il y a presque vingt ans un lieu d'hébergement unique à Clohars-Carnoët. Une aire naturelle de camping avec tentes, yourtes, roulotte, et bateau de pêche. Un lieu vraiment insolite.

À Clohars-Carnoët, commune littorale du sud-Finistère en bordure du Morbihan, le tourisme est roi. On compte onze campings sur le territoire de cette commune de 4 300 habitants. Mais tous ne se ressemblent pas. Celui du Vieux Moulin, par exemple, est d'un genre particulier. Il propose trois chambres d'hôtes, un gîte dans une petite chaumière de la fin du XVIIIe siècle, une roulotte tzigane, des yourtes mongoles et un gîte à bord d'un petit bateau de pêche en bois, avec tous les équipements nécessaires pour passer le séjour le plus confortable, posé parmi les arbres. Anne et Thierry Lymes, agriculteurs et heureux propriétaires du site ont produit du lait toute leur vie (60 vaches laitières pour une référence de 400 000 litres de lait), engraissé des cochons (250 places) et cultivé jusqu'à 120 hectares de terres en céréales, protéagineux et légumineuses. Ils viennent tout juste d'arrêter le lait, ne gardant que 90 hectares en cultures de vente.

Bouffée d'oxygène
Cela fait presque vingt ans que les deux agriculteurs se sont lancés dans cette aventure. Infatigables voyageurs ayant visité une trentaine de pays à ce jour - "certains plusieurs fois, comme l'Indonésie", sourit Thierry -, toujours en dormant chez l'habitant, Thierry et Anne ont voulu, à leur tour, recevoir des voyageurs et en faire une activité. Mais il y avait aussi autre chose. Une certaine insatisfaction dans ce qu'ils faisaient, même si leur système laitier basé sur l'herbe était performant sur le plan économique. L'accueil à la ferme va devenir leur bouffée d'oxygène. L'impulsion sera l'ouragan de 1987. "L'ancienne maison de la ferme a vu son toit arraché. Je me suis dit : tant qu'à faire les travaux, autant la transformer en chambres d'hôtes", dit Thierry. Au fil du temps, il va se mettre à l'ouvrage. Pendant plusieurs années, Thierry se fait maçon, menuisier, couvreur, carreleur, plombier, et le gîte ouvre en 2001. L'activité démarre gentiment avec une période d'ouverture durant l'été et les vacances scolaires.

Les projets se succèdent
Thierry et Anne Lymes décident alors de poursuivre dans cette aventure qui les remplit de joie. Dans les dépendances de leur ferme, des bâtiments souvent anciens, il y a cette petite chaumière construite en 1779 qui fait office de grange à foin. Pourquoi n'hébergerait-elle pas des touristes ? "On a alors eu l'idée de reconstituer l'intérieur d'une ferme de l'époque". Là encore, c'est Thierry qui s'y colle. "Sans plan, bien évidemment, mais en utilisant les matériaux d'alors : chaux, chanvre, bois et terre cuite de Chambord". La chaumière ouvre en 2006. Elle peut accueillir quatre à cinq personnes toute l'année. Depuis, les Lymes ont enfilé les projets comme des perles. Ils ont compris que ce qu'ils construisent là, c'est une seconde vie. Elle a pourtant failli s'arrêter dès le troisième projet, la création d'une aire naturelle de camping. Pensez-donc, "il y avait déjà dix campings en activité sur la commune et la municipalité ne souhaitait pas leur extension", racontent Thierry et Anne.
Ils vont avoir la bonne idée de présenter au conseil municipal un projet différent des autres, une aire naturelle de camping, aire d'hébergement obligatoirement créée par un agriculteur qui en a encore le statut et qui doit se situer en zone agricole. Elle ne peut excéder plus de trente emplacements et être ouverte plus de six mois dans l'année. Les Lymes ont la bonne idée de proposer un camping "écolo" avec un système de phytoépuration, le tri sélectif, la production d'eau chaude par panneaux photovoltaïques, des interrupteurs de lumière par détecteurs de mouvements, une cuisine partagée "qui engage ceux qui s'en servent à la laisser propre pour les autres", dit Anne, etc. Pas banal, pour un couple qui a toujours travaillé en conventionnel. Au vu du dossier, la commune autorise ce onzième camping.

Entre 1 200 et 1 500 personnes à l'année
Depuis l'officialisation de leur activité complémentaire, Thierry et Anne ont ajouté quelques nouveaux hébergements. Une roulotte tzigane, trois yourtes mongoles dont ils ont également fait venir le mobilier, meubles et lits compris, et un bateau de pêche en 2017. C'est leur toute dernière idée. Le Kastel-Vras, une unité en bois de 8,50 mètres construite à Concarneau en 1972, a été retirée de la flotte au tout début des années 2010. Il végétait depuis sept ans au sec, dans un chantier situé non loin de Clohars-Carnoët. Thierry va entièrement le décaper, le repeindre de couleurs vives, déposer la timonerie et le couvrir d'une large toiture. À l'intérieur, les Lymes créent un vrai espace de vie pour trois personnes, avec cuisine entièrement équipée, un grand et un petit lit. Le tout dans une ambiance toute maritime. "Il dispose même d'une petite terrasse à l'avant", sourit Anne. Il a fière allure, tout en bas du terrain du Vieux Moulin, tout près d'une parcelle où séjournent les génisses placées en gardiennage par un voisin.
Au Vieux Moulin, la clientèle est désormais établie. Elle vient grâce au site Internet, au réseau Bienvenue à la Ferme et à différents sites Internet spécialisés dans le voyage (Expédia, Booking, Airbnb, etc.). "Nous recevons sur l'année entre 1 200 et 1 500 personnes. Il s'agit d'une clientèle très hétéroclite, française et étrangère. Il y a les curieux et les randonneurs, plutôt des gens du social et de l'éducation, les familles qui apprécient les yourtes, les couples amoureux qui privilégient, eux, la roulotte et les artistes qui choisissent en priorité le bateau". En une vingtaine d'années, le couple a d'ores et déjà amorti son investissement (non communiqué).
"Au démarrage quand nous avions encore nos bêtes, l'activité représentait 20 % de nos revenus. Aujourd'hui, alors qu'il ne nous reste que quelques génisses en pension - une activité que nous stopperons en fin d'année -, et les cultures de ventes, la proportion s'est inversée. Nous gagnons sans doute moins qu'avec l'élevage, mais nous avons le bonheur de pratiquer un métier que nous aimons par dessus-tout". Ils ont déjà loué une partie de leur ancienne stabulation. Un jeune cidriculteur y a installé son pressoir et ses cuves. Le Vieux Moulin conserve ainsi son image agricole.

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