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Un parcours bien aménagé, une autonomie alimentaire renforcée : les garanties d'avenir de la filière avicole bio ?

Avec un marché de l'oeuf et de la volaille de chair en pleine croissance, des projets récents ont ré-interrogé la filière sur la spécificité d'un élevage avicole bio : taille d'élevage, lien au sol, autonomie alimentaire et utilité des parcours... Les débats sont vifs. Le colloque organisé à Loudéac a permis de donner des éléments techniques pour les éleveurs en réflexion.

"Depuis les années 2000, la France est de loin le premier pays producteur de volailles de chair et de poules pondeuses bio dans l'Union européenne", rapporte Goulven Oillic d'Initiative Bio Bretagne. Le marché de l'oeuf est en pleine restructuration (arrêt des élevages en cage et le développement des oeufs alternatifs). La filière bio, qui a connu par le passé de graves crises, est fébrile avec l'arrivée de gros projets d'élevage, en décalage avec l'esprit de la filière historique. En Bretagne, première région productrice d'oeufs en France, on recense 245 élevages de poules pondeuses. En volailles de chair, la filière bio se structure avec des opérateurs historiquement Label Rouge "Volailles de Janzé" et "Volaille de Bretagne". La production démarre dans un contexte national très concurrentiel.

 

L'aménagement des parcours trop souvent sous-estimé

"L'oeuf, c'est 50 % un produit, 50 % une image", selon une formule de Philippe Guillet, conseiller en agroforesterie de la chambre d'agriculture des Pays de Loire. Un bel aménagement constitue en effet un bon facteur de commercialisation. Les intérêts d'un parc aménagé sont nombreux tant pour l'agriculteur que l'animal ou pour l'environnement . Cependant, l'aménagement, temps de l'éleveur compris, coûte entre 2 000 et 5 000 EUR et il faut anticiper les travaux avant le dépôt de permis de construire pour un entretien pleinement efficace.

Des volailles qui se déplacent, c'est aussi une augmentation du poids vif de l'animal, une diminution de l'indice de consommation, une ingestion supplémentaire d'aliments issus du parcours (vers, insectes ...). Certains principes "de bon sens" sont à connaître pour inciter la volaille à sortir du bâtiment. "La volaille n'a pas de GPS, alors il lui faut des guides espacés de 15 à 20 mètres maximum", déclare Philippe Guillet. Un aménagement judicieux a aussi plusieurs bénéfices indirects : des économies de chauffage par un brise vent, une valorisation des arbres pour du chauffage, bois d'oeuvre, fruits...

 

Quelles solutions pour une autonomie alimentaire en volaille bio ?

Pour Élodie Dezat, conseillère avicole à la chambre d'agriculture de Bretagne, "si l'autonomie en céréales est techniquement envisageable, la situation est beaucoup plus complexe pour les protéines". Lorsque l'exploitation dispose des terres, celles-ci doivent être converties en bio pour assurer, si possible, une couverture de 20 % des besoins des volailles. Les céréales produites sur la ferme pourront être vendues à des opérateurs bio ou valorisées de façon directe pour l'élevage. L'introduction de céréales fermières peut être exclue par certains contrats. Elle est délicate en poules pondeuses. L'investissement est de l'ordre de 15 à 17 000 EUR pour un 2e silo avec une trémie peseuse. En volaille de chair, le grain peut être distribué entier si le complémentaire est sous forme de granulé. Pour les protéines, la production fermière ne permettrait pas de satisfaire l'ensemble des besoins nutritionnels. Aussi, pour Manuel Lacocquerie, conseiller à la chambre d'Agriculture de Bretagne, la succession culturale en mono-gastriques est complexe : les prairies ne sont pas valorisées et leur absence dans la rotation augmente le risque d'adventices ou de ravageurs. Dans le cas-type présenté , les 30 ha de cultures satisfont les deux tiers des besoins alimentaires d'un poulailler de 480 m². Le calcul tient compte des 110 t nécessaires à l'alimentation de 15 840 poulets. Ce niveau de production nécessite une bonne maîtrise technique des cultures. Diversifier la rotation par des cultures telles que le sarrasin ou le blé non directement utiles à l'élevage peut avoir un intérêt agronomique et une bonne valorisation sur le marché.


INFO : L'ensemble des supports présenté lors du RDV technique est sur www.capbio-bretagne.com/synagri/beau-succes-pour-le-rdv-technique-volaille-bio-regional

FAF : "C'est la conduite des cultures qui a été la plus difficile à maîtriser"

Christian Kernevez est producteur de volailles de chair à l'EARL Volailles de Kerguilavant (29). Il a témoigné lors de ce colloque sur la conversion de son exploitation réalisée de 2009 à 2016. 1 000 volailles sont commercialisées par semaine. L'investissement pour la FAF (fabrication d'aliment à la ferme) s'est élevée à 300 000 EUR. Les besoins du cheptel sont couverts pour 30 % par les cultures de la ferme, le reste est acheté chez des producteurs voisins. Un complémentaire et un aliment poussin proviennent du commerce. Christian a rejoint le groupe grandes cultures bio de la chambre d'agriculture pour échanger et améliorer ses pratiques.

La conversion en agriculture biologique et le nouveau cahier des charges bio européen

D'un point de vue réglementaire, la certification est obtenue une fois les délais de conversion des animaux et du parcours terminés. La réglementation de 2021 apporte quelques changements : un lien au sol de 30 %, l'épointage toléré si réalisé avant les 3 jours du poussin. Les dérogations de 5 % d'aliment non bio seraient maintenues jusqu'en 2025 et l'origine des animaux non biologique jusqu'en 2035.

 

Des formations et des groupes pour vous accompagner

Formation "Aménager son parcours arboré en volailles bio et de plein air" à Vannes (56) les 10 et 24 janvier et à Plérin (22) les 31 janvier et 12 mars 2019.

Étudier son passage en bio, une formation dans chaque département en janvier 2019 (2 jours minimum)

Conduire ses grandes cultures en bio : il existe des groupes dans chaque département. Contacter votre conseiller bio.

 


Pour en savoir plus sur les formations : www.formation-agriculteurs.com

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