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Un plan de lutte contre les algues vertes

Tandis que la marée verte souillait les plages bretonnes cet été, une lame de fond médiatique est venue saper l'image de toute l'agriculture bretonne. Mais lors de sa venue le 20 août à Saint-Michel-en-grève, en Côtes d'Armor, le premier ministre a rassuré les élus autant que les agriculteurs, en annonçant un plan de lutte en trois points contre les algues vertes.

Suite à la mort d'un cheval le 28 juillet sur la plage de Saint-Michel-en-grève, le gouvernement avait demandé une étude sur les émanations des algues vertes. Les analyses ont alors confirmées la toxicité des gaz émis par les algues en décomposition. Ses résultats ont été dévoilés le 20 août, date à laquelle François Fillon a choisi de se rendre sur les lieux de l'incident.

Après une marche express sur la plage, le premier ministre et un cortège ministériel composé de Bruno Le Maire, ministre de l'agriculture, de Roselyne Bachelot, ministre de la santé, et de Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie, ont convoqué une réunion en huis clos à la mairie de Saint-Michel-en-grève, avec les maires du secteur et deux représentants agriculteurs – Olivier Allain, président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor et Jean-Noël Sidaner, vice-président. C'est à la sortie de cette réunion que François Fillon a annoncé le plan du gouvernement pour lutter contre ce problème de santé publique.

 

Ramassage des algues en fin d'hiver

Comme le nettoyage des plages était jusqu'alors surtout assuré par les communes, la prise en charge de cette opération par l'Etat a tout d'abord rassuré les élus. Puis François Fillon a annoncé la création d'une mission interministérielle (agriculture, santé et écologie) qui "devra définir un plan de lutte contre la prolifération des algues vertes et expérimenter le ramassage en mer en fin d'hiver, d'ici trois mois". Cette dernière mesure est particulièrement bien accueillie. "L'ulve se reproduit en mer par fragmentation, souligne Jean-Pierre Le Bihan, élu de la chambre d'agriculture. Si on veut des résultats rapidement, il faut réduire la masse algale en fin d'hiver car c'est elle qui détermine la quantité qui va s'échouer sur les plages l'été".

 

Poursuivre les efforts agricoles

N'oubliant pas "les efforts entrepris par la profession agricole pour réduire les intrants" François Fillon a demandé que "ces efforts soient poursuivis". Car malgré une évolution favorable des taux de nitrates avec une moyenne de 25 mg/l aujourd'hui, soit une baisse de 18% en dix ans, le problème des algues vertes reste entier, en particulier dans une baie dont la configuration est propice à l'accumulation de ces ulves. Forts de ce constat, "les agriculteurs sont prêts à retrousser leurs manches mais avec un accompagnement à la hauteur du défi", déclarait Yves-Marie Beaudet, responsable environnement à la FRSEA Bretagne. Soulignant l'importance de l'activité agricole à l'économie de la région Bretagne, le Ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a aussi assuré le soutien de l'Etat : "on doit faire en sorte que les mutations se passent bien, d'autant que tous les secteurs de l'agriculture française traversent une crise importante. On doit aider techniquement les agriculteurs, dans un seul objectif : concilier les intérêts économiques et environnementaux".

 

Favoriser l'herbe par des aides à l'investissement

Le problème des algues vertes de la baie de Saint-Michel-en-grève concerne 170 exploitations qui, malgré ce qu'on a pu lire et entendre, ne sont pas en majorité des élevages porcins. Le secteur est principalement à vocation laitier avec seulement 5 élevages porcins et 5 exploitations avicoles. L'agriculture n'est pas des plus faciles dans ce secteur des Côtes d'Armor, qui "se situe dans le tiers inférieur en termes de chiffres d'affaires", rappelle Philippe Prigent, agriculteur à Vieux-Marché. "L'exploitation moyenne est à 70 hectares avec un parcellaire très morcelé. Avec nos conditions climatiques, c'est difficile de faire du foin ici. Pour faire plus d'herbe, conclut cet éleveur, on a besoin d'aides et d'accompagnement technique". L'annonce, ce 20 août, d'aides à l'investissement, par exemple dans des usines de déshydratation ou dans des installations de séchage de foin en grange, a ainsi été bien reçue par la profession. Aussi le premier ministre s'est donné trois mois pour affiner ces propositions. Bruno Le Maire a enfin déclaré "examiner les possibilités de dérogation pour le déplafonnement des MAE". Actuellement le montant maximum est de 7 600 euros. "Insuffisant", selon Philippe Prigent pour modifier réellement les pratiques.

Mais ne nous y trompons pas, derrière ces débats techniques, se livrait surtout une guerre redoutable de la communication. Les médias ont maintes fois repris la voix des associations écologiques dénonçant "les méfaits de l'agriculture intensive", montrant du doigt les élevages porcins, ou déclarant à la presse "être victime d'intimidations et de menaces de la part d'agriculteurs". "L'ensemble de l'agriculture bretonne a été bafoué encore une fois", s'indigne Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne. D'autant que ce problème des algues vertes ne se limite pas à la baie de Saint-Michel-en-grève. D'autres plages en Côtes d'Armor, en Finistère et dans une moindre mesure en Morbihan, sont également concernées.

 

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