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"Une attitude à la limite du dédain"

Plus tardif que les délais annoncés par le Président François Hollande, le calendrier de versement des aides PAC publié par le ministère a mis le feu aux poudres. "C'est inadmissible", estime Frank Guéhennec, inquiet des conséquences de tels retards sur les trésoreries exsangues des agriculteurs bretons pour qui il réclame la mise en place d'une véritable année blanche. Également en ligne de mire, les propositions que la Région devrait dévoiler le 23 mai prochain sur son plan laitier

Frank Guéhennec, président de la FDSEA du Morbihan
Frank Guéhennec, président de la FDSEA du Morbihan
© Terra

Que vous inspire ce calendrier de versement des aides PAC adressé le 10 mai dernier, au lendemain de l'annonce faite par François Hollande ?

Frank Guéhennec. On est à la limite du dédain, je dénonce l'attitude des politiques vis-à-vis du monde agricole. La conjoncture est de plus en plus difficile. L'observatoire des prix et des marges a mis en évidence la captation des marges par les maillons intermédiaires au détriment de celui de la production. Les mobilisations ont permis d'éviter le pire mais la situation est tendue, partout, et le désarroi est là dans les campagnes. Ma crainte est, après les travaux des champs, de voir repartir la mobilisation avec des gens qui n'auront plus rien à perdre. On nous a répété qu'il fallait solder la PAC 2015 avant fin juin 2016. Cette PAC n'est pas la nôtre, l’État l'a voulue et il ne tient pas ses engagements, c'est inadmissible ! L’Europe appliquera-t-elle des pénalités ? Où l’État trouvera-t-il les fonds pour les payer ? Que dire aux gens passés d'EARL en Gaec, ils ont à peine touché 60 % des aides quand on connaît leur importance sur le revenu. Je reçois des SMS de collègues me disant que la DDTM leur indique des paiements au mieux fin septembre pour le premier pilier, fin d'année pour le deuxième ! Tout ces retards accroissent nos difficultés, obligeant le recours à du court terme bancaire, à des prêts... Cela a un coût et creuse nos difficultés.

 

Qu'envisagez-vous ?

F.G. Nous pensons que le dispositif d'année blanche obtenu en septembre dernier est une des réponses. Elle est valable pour tous les agriculteurs, car personne n'équilibre aujourd'hui ses comptes. C'est peut-être décaler le "tas de sable", reporter les choses, mais c'est un volant de trésorerie important qui se libérerait ainsi. Car, en moyenne, une exploitation doit rembourser 30 000 euros de prêts annuellement. Or nous constatons que les banquiers sont frileux à la mettre en place, étant plus prompts à placer leurs produits. L'année blanche n'est-elle pas préférable au paiement des intérêts de la dette fournisseurs ? Quand on paye à 30 ou 60 jours, soit 0,9 à 1,2 % d'intérêt par mois, on se retrouve vite à 12 % à l'année ! L'année blanche n'est pas parfaite, il y a sans doute des aménagements à y apporter, mais c'est mieux que d'accroître nos dettes. Alors nous allons demander à nos collègues de remplir ces dossiers d'année blanche, de les déposer en cellule de crise départementale. Cela va donner du poids et permettre une action syndicale, car c'est une mesure phare pour passer ce cap conjoncturel difficile.

 

La Région détaillera lundi prochain les mesures de son plan laitier. Quelles sont vos craintes ?

F.G. Au vu des concertations qui ont déjà eu lieu, le conseil régional voudrait répondre au problème conjoncturel par la mise en place de mesures agro-environnementales et climatiques. Il pense pouvoir régler cette situation avec 6 à 7 000 euros par ferme alors que ce sont 30 à 40 euros de pertes par 1 000 litres de lait aujourd’hui dans nos exploitations ! Si la mesure peut être une solution pour certains, elle ne l'est pas pour tous. L'effet en sera donc limité et qui dit aujourd'hui MAEC, dit cahier des charges et contraintes supplémentaires. Côté financier, nous nous interrogeons. La Région aura-t-elle l'argent nécessaire alors qu'elle fait marche-arrière sur les engagements 2015, qu'elle ne réglera les MAEC 2015 que fin 2016 ? Les politiques sont déconnectés des réalités. Ils ne sont ni à la hauteur des enjeux ni en capacité de répondre à nos difficultés. C'est insupportable.

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