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Une filière bois à construire

Organiser collectivement le cycle de production de bois, à des fins énergétiques, n'est pas une mince affaire. Sur le Pays de Pontivy, l'aventure veut s'écrire depuis l'amont avec les agriculteurs, jusqu'à l'aval en fournissant les chaudières des collectivité. L'enjeu ? Un impact de plus d'un million d'euros gardé sur le territoire. Une affaire de développement économique local tout autant que de protection de l'environnement et d'énergie renouvelable.

 

 

 

L'heure est à la mobilisation. Et pour démontrer l'intérêt économique de chaudières à bois dans les exploitations, comme les portes ouvertes organisées le 30 mars dernier, par l'association Aile, notamment à Plescop. Et pour disposer du matériel en commun pour entretenir les haies et déchiqueter le bois comme l'a prouvé la démonstration du 25 mars dernier à Guénin (voir article ci contre). Et pour s'organiser sur le territoire face aux besoins. L' association "Filière bois énergie du Pays de Pontivy", tente de le faire. Elle regroupe agriculteurs, communauté de communes, chambre d'agriculture, Cuma et Eta pour prévoir l'avenir et le gérer en matière d'approvisionnement. "Le gisement local est confortable. Il est évalué à 14 500 tonnes de plaquettes sèches à 25 % d'humidité, sur le pays et par an", précise Aela Courtin. Chargée d'étude, recrutée par la chambre d'agriculture, elle travaille pour l'association. Ce chiffre est à mettre en musique avec les 5 500 tonnes de besoin généré par les chaudières automatiques qui voient le jour. "Les élus et partenaires ont maintenant les éléments communs de réflexion". Alors, le 31 mars dernier, à Pluméliau, ils ont décidé de se doter d'une structure commune pour coordonner la structuration de la filière, les appuyer techniquement et juridiquement avec des outils de gestion durable de la ressource. "La démarche est originale, elle permet de cadrer les choses et d'être un tremplin pour la filière", note Aela Courtin. D'autant plus dans un secteur deux fois moins riche en haies bocagères (35 mètres linéaires/ HA de SAU) que la moyenne départementale (68 ml/ha de SAU) où "Breizh bocage y démarre très bien", relève-t-elle. Pourtant, 7000 T pourraient être apportés par de la haie bocagère bien gérée.

 

1,1 millions d'euros réinjectés sur le territoire

Alors l'économique devient bavard. Avec une demande de 5500 T annuelles en 2013, "on économiserait 539 000 euros par an juste pour l'énergie. Si on rajoute l'investissement en chaudières alors on garde 1 089 000 euros sur le territoire". Des argument qui ont fait mouche. "D'autant qu'un élu ou président de communauté de communes peut, par ce biais garder, la main sur la négociation du prix en connaissant la filière et ses interlocuteurs. C'est loin d'être le cas sur le fuel ou le gaz qui a pris 60 % d'augmentation depuis 2005", pointe la jeune femme. Des collectivités qui réduisent leur facture énergétique, des professionnels du bois qui valorisent mieux leur production, des agriculteurs qui amortissent leur temps de travail et en tirent bénéfice... La preuve de l'intérêt de plaquette bocagère ou forestière est faite. Le code des marchés publics donne la possibilité, d'inclure des clauses justifiant le surcoût de certaines options. Car, on l'aura compris, l'offre la plus pertinente en matière d'intérêt collectif n'est pas forcément l'offre la moins chère en matière de développement durable. Encore faut-il la volonté. "L'énergie est vraiment un levier pour reprendre la main sur un économie durable et locale", estime t-elle.

 

 

 

Claire Le Clève

 

*Les quatre communautés de communes du pays de Pontivy, St Jean Brévelay, Baud, Locminé et Pontivy; la Chambre d'agriculture, la fédération des Cuma et les Entrepreneurs des territoires.

Pays de Pontivy

Un gisement de plus 14 500 tonnes disponibles

Bocage : 7000 T

Forêt : 6000 T

Déchets verts : 1500 T

Déchets industriels et annexe de scieries : 650 T

 

 

Ailleurs, en Morbihan

Secteur de Lorient : La ville achète individuellement auprès d'agriculteurs, qui ne sont pas regroupés ou organisés, une part réservée de bois plaquette issu de l'entretien bocager en complément de plaquettes issues de déchets industriels. La volonté à terme est d'aller vers une filière organisée.

Secteur d'Auray ; ça bouge, la communauté de commune porte le projet qui entre dans une phase plus opérationnelle avec 6 mois d'avance sur le pays de Pontivy. Les agriculteurs y sont associés.

Secteur de Questembert : Une société Coopérative d'intérêt collectif, SIC, est opérationnelle depuis 2011 avec un objectif de réinsertion par l'élagage et la fourniture de bois de bocage durable pour alimenter les équipements publics.

Secteur de Ploërmel : Projet de filière et de territoire n'auraient pa s encore émergé. L'exploitation d'un bois communal permettrait l'alimentation de l'équipement communal.

Le Finistère, une longueur d'avance : Par exemple, la communauté de communes du Quimperlé se fournit auprès de deux associations d'agriculteurs en bois plaquette pour alimenter des équipements avec un travail de structuration de la filière en collaboration avec Concarneau Cornouaille.

 

 

De l'élagage au déchiquetage

Tout est mécanisé

 

Dès 14 h, chez René le Tutour à Guénin, le lamier entre en action pour une démonstration, organisée en partenariat*, le 25 mars dernier. Il est installé sur bras télescopique, sur une prairie en bordure de bois. Depuis l'élagage en passant par le déchiquetage puis le transport vers la plate forme de stockage, "l'ensemble de ces actions est mécanisé. C'est un atout considérable pour l'exploitation de la valeur des bois de haies bocagères", apprécie Dominique Guého, directeur de la FDCuma.

Dans cette assemblée, il n'est personne pour remettre en cause l'utilité de la haie bocagère. "Mais il y a une obligation d'entretien, autant valoriser ce bois. Le bois énergie est une des pistes. Ensemble, nous souhaitons montrer aux décideurs économiques et politiques que s'ils mènent des réflexions sur des équipement de chauffage au bois plaquette, ils doivent alors s'intéresser à celui issu de la haie bocagère gérée comme il se doit", plaide le responsable. Sur ce chantier, le cout de revient de la plaquette sèche est de 115 euros la tonne. Le broyeur, acquis par la FD Cuma voilà un an revient à 200 euros l'heure pour 60 M3 produits avec chauffeur. Le lamier, dans les mêmes conditions, revient à 65 euros l'heure. Aux volants, les chauffeurs des Cuma de Guer et Pontivy. Certes les coûts peuvent paraitre prohibitifs au regard des plaquettes issues de bois de rebut affichant 50 euros la tonne, "mais dont le transport représente 95% du prix" précise Dominique Guého qui en appelle à la responsabilité des élus. "Pour approvisionner les équipements il faut prévoir dans le contrat un pourcentage de plaquettes issues des haies bocagères locales. C'est de la création d'emploi, de l'argent redistribué sur le territoire, ça incite à entretenir rationnellement, à replanter avec tout l'impact favorable en terme d'environnement".

 

Enjeu de territoire

Un discours relayé auprès des visiteurs par Michel Uzenot agriculteur de Noyal Pontivy. Adminstrateur à la FD Cuma, il est aussi à l'origine de l'association Filière bois énergie du Pays de Pontivy créée en 2010. "On a mis tous ces partenaires autour de la table car on voit fleurir les projets mais pour répondre à la demande, il faut organiser l'offre et notamment pour les bois issus de haies bocagère et des forêts locales". Organiser une filière entre l'amont et l'aval, voilà l'objectif. Quant à la question du coût ? "Ce ne doit pas être le seul critère, là - désigne l'exploitant en montrant les équipements à l'œuvre- c'est de l'économie locale, on l'oublie trop. Aujourd'hui, nous ne valorisons pas notre bois. Demain, ce travail peut être valorisé sur une base de 15 euros de l'heure tout en défendant à fond le territoire".

 

Claire Le Clève

 

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