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Une semaine d'agriculture politique

S'il suffisait que l'agriculture se fasse entendre pour aller mieux, alors tout irait bien. Car si le monde politique lui a bien entendu la désespérance des éleveurs, en Bretagne particulièrement, la réponse politique la plus immédiate est quant à elle sans effet et n'apaise pas les tensions alors que débute un nouveau bras de fer, avec la grande distribution cette fois.

Alain Juppé en visite sur une ferme d'Ille-et-Vilaine la semaine dernière.
Alain Juppé en visite sur une ferme d'Ille-et-Vilaine la semaine dernière.
© Terra

À quelques jours de l'ouverture du prochain salon de l'agriculture à Paris, la crise agricole a pris une tournure nettement politique. En témoigne le quasi tête à tête à l'Elysée entre le président de la République et Xavier Beulin, le patron de la FNSEA le 2 février. Deux jours plus tard, la proposition de loi sur la compétitivité de l'agriculture était rejetée en première lecture à l'Assemblée nationale. Même pas débattu, le texte a seulement fait l'objet du vote par la majorité d'une "motion de rejet préalable", au grand dam des sénateurs Républicains à l'initiative de ce texte que le Sénat avait adopté le 9 décembre.

Lettre ouverte
Le président du Sénat, Gérard Larcher, a déploré ce rejet dénonçant "une obstruction partisane de principe" quand, dans une lettre ouverte commune diffusée le jour même de ce vote, les 19 députés socialistes bretons argumentaient leur opposition au texte et entre autres à la proposition d'augmenter la TVA  ou la  CSG pour financer des baisses de cotisations sociales aux agriculteurs, jugeant qu'elle "frapperait le pouvoir d'achat de tous les français et serait une étape supplémentaire dans la course au moins disant social et environnemental". Plus expéditif, le député écologiste morbihannais Paul Molac a taclé la droite parlementaire en l'accusant de faire une "proposition politicienne", quand le député LR costarmoricain Marc Le Fur s'inquiètait que les débats soient aussi rapidement raccourcis, "Nous ne débattrons plus d'agriculture avant la loi de finances", a-t-il regretté.

Les propositions sans la loi
Le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, au cœur d'une semaine particulièrement mouvementée, s'est quant à lui contenté de promettre en ouverture de séance parlementaire qu'il reprendrait certaines dispositions de la proposition de loi sur la compétitivité de l'agriculture dans de futures décisions gouvernementales. Ainsi, des mesures agricoles seraient ajoutées au projet de loi dit Sapin II sur la transparence de la vie économique qui sera présentée en conseil des ministres fin mars afin d' "intégrer la référence au prix de la matière première payée au producteurs dans les contrats entre industriels et grandes surfaces". Et, l'obligation d'étiquetage de l'origine des viandes dans les produits transformés ferait quant à elle l'objet d'un décret à paraître dès cette semaine.

Primaire
Bref, les différents échelons politiques, tous plus ou moins cordialement sollicités par les organisations agricoles, ont pris toute la mesure de la colère des campagnes. A un peu plus d'un an de l'élection présidentielle, la crise agricole a très clairement imprimé sa marque sur le débat des primaires à droite. Mercredi dernier, Alain Juppé était en visite dans une ferme d'Ille-et-Vilaine, à Romillé, entouré de deux anciens ministres de l'agriculture pas moins, Hervé Gaymard et Dominique Bussereau, tandis qu'à la télévision, lors de l'émission "C politique" sur la 5 dimanche dernier, François Fillon développait son argumentaire agricole en présence de Nathalie Marchand, productrice de porcs de Noyal sur Vilaine. Le président de la FNP, le costarmoricain Paul Auffray, participait quant à lui à une journée de travail des Républicains sur l'agriculture et la ruralité mercredi dernier. A cette occasion,  Nicolas  Sarkozy a affiché l'ambition d'un plan Marshall pour l'agriculture, estimé à 10 milliards d'euros, répondant à l'exigence que "pour un euro investi en ville doit correspondre un euro investi dans nos campagnes". Une intention louable et peu coûteuse à ce stade de la course à la présidentielle.

Paul Jégat

Questions sur le modèle

Les désaccords sur le front agricole ne sont pas seulement le fait des politiques, les organisations professionnelles elles aussi s'écharpent sur le modèle à défendre... et sur la réponse politique à la crise. La confédération paysanne, absente sur le terrain des actions syndicales parle d' "inefficacité de ces plans pour l'élevage" et insiste sur l'idée que "seules des mesures de régulation pourront donner une chance aux éleveurs et ramener du prix sur les productions". Une ligne que le syndicat entend porter au niveau national et européen. FNSEA et JA pour leur part, ont choisi de cibler les transformateurs et la grande distribution pour les convoquer afin de les confronter "non pas à des tableaux de chiffres mais à la vraie vie des paysans, l'objectif est bien de montrer la vérité de nos productions", expliquent les deux syndicats en souhaitant en conclusion de leur communiqué commun (du 3 fevrier) "que la raison l'emporte".

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