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Vers une agriculture économe en pesticides

Depuis 2010 et la mise en place du plan Ecophyto, 1 900 exploitants français se sont engagés volontairement dans la réduction des phytos. La mise en route a été longue, et leur cheminement s’est fait progressivement, mais aujourd’hui les résultats sont là. Ils démontrent que c’est possible !

Déphy, pour réseau de Démonstration, Expérimentation, Production de références sur les systèmes économes en pHYtosanitaires est une des actions phare du plan Écophyto. Ce dispositif s’appuie sur deux volets complémentaires :

- un réseau de démonstration et de production de références composé de groupes d’exploitations ("Ferme")

- des expérimentations en stations expérimentales ou sites ateliers ("Expé")

Chaque groupe "Ferme" compte une dizaine d'exploitants qui s'engagent volontairement à réduire leur utilisation de produits phytosanitaires. Un animateur accompagne le groupe dans sa démarche. Ensemble, ils évaluent les systèmes de culture, se fixent des objectifs, étudient les leviers mobilisables, en testent certains, confrontent leurs points de vue. L’échange est une des clés du dispositif, car il n’y pas de stratégie unique permettant d’être économe en phytos.

Le réseau (190 groupes aujourd’hui) couvre toutes les filières végétales et associe une diversité de structures dans l’animation (chambres d’agriculture, Civam, coopératives, centres de gestion, etc.). C’est une vraie richesse.

12 réseaux de fermes Déphy en Bretagne

En Bretagne, 12 réseaux de fermes Déphy ont été mis en place entre 2010 et 2012. Cela représente près d’une centaine de fermes en polyculture élevage et une vingtaine de fermes en légumes d’industrie*, qui mobilisent de multiples leviers pour réduire leur utilisation de produits phytosanitaires.

L’objectif est également de diffuser ces résultats au plus grand nombre d’agriculteurs. C’est pourquoi un effort de communication important est fourni par les agriculteurs engagés dans Déphy, avec de nombreuses portes ouvertes, vidéos, témoignages.

Le dispositif Déphy est complété par des projets expérimentaux qui visent à apporter des connaissances complémentaires sur les systèmes en forte réduction. Il y en a 9 présents à l’échelle de la Bretagne, toutes filières confondues. Ils devraient commencer à communiquer leurs résultats.

Des résultats encourageants

L’accompagnement technique conséquent (environ 40 % du temps passé par les animateurs) et les échanges entre agriculteurs ont permis d’obtenir des résultats encourageants : entre l’année d’entrée dans le réseau et 2014, les fermes Déphy bretonnes ont en moyenne réduit leur consommation de produits phytosanitaires de 30 % sur la rotation étudiée .

Au niveau national, la baisse moyenne d’IFT constatée depuis la mise en place du réseau est de 12,5 %. Elle est de 10 % en grandes cultures (-20 % en polyculture-élevage), 12 % sur vigne et verger, 15 % en production légumière et 38 % ( !) en horticulture.

Ces bons résultats masquent une diversité de situations. Dans certains cas, les agriculteurs ont beaucoup plus baissé leur utilisation de pesticides. Parfois, lorsque les IFT étaient déjà bas, ils ont maintenu leur niveau d’usage. Dans d’autres cas enfin, des verrous ont été identifiés comme limitant les possibilités de changement.

L’intégralité de ces résultats est compilée et analysée à l’échelle nationale et régionale. Les nombreux enseignements que l’on commence à percevoir de ce dispositif seront au fur et à mesure largement diffusés.

 

* Les 2 réseaux "légumes d’industrie" engagés en 2012 se sont arrêtés en 2013-2014.

 


Perspective Déphy 2

Les ministères de l’agriculture et de l’écologie viennent de réviser le plan Écophyto à mi-parcours. Ils font en effet le constat que, malgré la diversité des actions engagées et les moyens mobilisés, les résultats globaux sont encore loin de ceux attendus, comme le confirme l’augmentation continue des ventes de produits phytosanitaires depuis 2012.

Dans le même temps, les fermes Déphy ont montré que c’était possible. Le réseau est donc conforté dans ses méthodes et ses objectifs, et, dans le cadre d’Écophyto 2, il devrait s’élargir à 3 000 fermes (250 groupes) d’ici à la fin de l’année. Ces 3 000 fermes serviront notamment de socle à 30 000 agriculteurs engagés dans l’agroécologie.

Retrouvez le détail des actions d’Écophyto 2 sur http ://agriculture.gouv.fr/plan-ecophyto-reduire-le-recours-aux-produits-phytosanitaires

 

"On peut diminuer les traitements sans pénaliser l'exploitation"

Producteur de lait dans le sud du Morbihan avec son épouse, Jean-Yves a allongé sa rotation maïs/céréale avec de la luzerne. Il a revu le système global de son exploitation et remis en pâture des parcelles proches des bâtiments. Il a ainsi augmentÈé líautonomie alimentaire et réduit ses traitements sur céréales tout en maintenant ses rendements. Sur la rotation de départ maîs/céréale étudiée, la mobilisation des leviers agronomiques et le changement de raisonnement ont permis à Jean-Yves de réduire de plus de 50 % l'usage des phytos.

Pourquoi avoir modifié vos pratiques ?

Jean-Yves Briand. J’ai pris conscience que l’on peut diminuer l’utilisation des pesticides sans pénaliser l’exploitation. Alors, ne faire qu’un seul fongicide sur mes céréales en gardant mon rendement, ça me va ! Et sur mes rotations maïs/blé, je vois bien que j’ai du mal à maîtriser : j’ai des graminées, des vivaces. Mes coûts de désherbage ont augmenté. La diversification des cultures avec la luzerne, le méteil, ça répond aussi à mon souhait de gagner en autonomie alimentaire. Ça m’a permis de varier ma ration et de diminuer les produits phytosanitaires. Mon objectif c’est d’être plus autonome dans mes décisions : avoir les éléments pour ne pas faire du systématique et n’intervenir que si besoin.

Quelles sont les conséquences sur votre travail ?

J-Y.B. Je ne fais plus de systématique. Je passe plus de temps à surveiller mes cultures et à m’interroger sur l’intérêt de faire ou non. Sur les céréales, je vais observer les maladies, comparer aux seuils. Et j’essaie de gérer en amont : choix des variétés, dates et densité de semis, diversification des cultures. Finalement, je traite moins et je gagne du temps car j’applique ces règles sur la totalité de la ferme.

Si c’était à refaire ?

J-Y.B. Je le referai ! J’ai gagné en autonomie de décision, en autonomie alimentaire et maintenu mes rendements en faisant moins de traitements ! Et puis avec le groupe, on partage, on confronte nos décisions... on progresse ensemble !

 


Des trajectoires d'agriculteurs sur fiches

Le réseau Déphy Ferme a élaboré des fiches "Trajectoire" pour mettre en avant des exemples de systèmes de culture ayant permis la réduction ou la conservation d'un niveau bas d'utilisation de produits phytosanitaires.

Ces fiches proposent des trajectoires remarquables d’agriculteurs qui ont réduit leur utilisation de produits phytosanitaires. Ce sont autant de parcours, reflets d’une évolution qui se nourrit d’échanges et d’innovations. Elles n’ont pas vocation à servir de référence, mais sont autant de sources d’inspiration pour avancer dans la réduction des phytos.Le témoignage ci-dessous de Jean-Yves Briand est tiré d’une des 8 fiches trajectoire d’agriculteurs bretons.

 

PRATIQUE : retrouvez ces fiches trajectoires sur http ://www.ecophytopic.fr/, le Portail de la Protection Intégrée des Cultures.

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