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Vous avez dit régulation ?

Utilisions nous le mot "régulation" quand le prix du lait était soumis à l'intervention ou quand, plus tard, les quotas ont pris le relais... dans la douleur ? Nous parlions plutôt d'organisation. Organisation d'ailleurs très largement administrée, s'agissant des marchés.

En 2009, Bruno Lemaire rassure en obtenant la création d'un groupe de haut niveau pour plancher sur la régulation dans le secteur laitier. En 2016, Stéphane Le Foll obtient de ses homologues européens, la possibilité dans les Etats membres de mettre en oeuvre des mesures de soutien spécifiques et d'autoriser les laiteries à appliquer des mesures de gestion des volumes. La déesse Régulation aurait refait son apparition.

Reconnaissons des signes politiques majeurs, que l'on doit d'ailleurs mettre au crédit de la mobilisation syndicale de ces dernières semaines. Enfin, Phil Hogan et ses adeptes, admettent que le marché ne fait pas tout, que celui-ci ignore les soubresauts et les dégâts collatéraux d'un déséquilibre offre/demande. Quand les forces productives risquent d'être définitivement mises à mal par des marchés trop durablement dégradés, ces derniers ne sont plus créateurs de richesse. Si le dogme "all is market" est un peu ébranlé, ce n'est pas très grave, au moins la capacité d'indignation des producteurs n'aura pas été vaine !

Mais qu'a obtenu le ministre ? Pas une ambition européenne pour l'agriculture, seulement la possibilité pour chaque pays de permettre aux filières de s'organiser. Cela ressemble à du dé-tricotage d'une politique européenne qui ne dit pas son nom une fois de plus. Régulez, régulez chez vous, vous avez le droit pendant six mois, et peu importe de la cohérence d"ensemble des choix des filières dans les Etats membres.

Ce non-choix européen de régulation en appelle en fait à plus d'organisation interne aux filières, une forme de régulation privée où l'interprofession pourrait jouer un rôle directeur, où la recherche de relations commerciales plus équilibrées prendrait enfin le pas sur le diktat annuel en février lors des négociations tarifaires. Il interroge sur le choix politique de mobiliser des moyens financiers dans 28 politiques nationales à une époque de vaches maigres budgétaires, où l'efficience des moyens financiers devrait être la règle.

Il ré-interroge l'accompagnement des producteurs pour mettre en place des systèmes de production moins vulnérables à la volatilité des prix. Il appelle à un langage de vérité des pouvoirs publics pour arrêter de faire croire qu'il peut réguler quand il n'en a plus vraiment les moyens, et à poursuivre bien plus loin qu'il ne l'a initié, une véritable politique de baisses des charges.

Les agriculteurs ne demandent pas le retour à un monde qui n'existe plus, à une PAC construite à six. Ils demandent un langage de vérité, une vision de ce que sera l'environnement économique dans lequel ils produiront et des mesures législatives, sociales et fiscales permettant d'entreprendre dans ce nouveau contexte, avec une seule ambition : vivre dignement de leur métier.

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