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Xavier Beulin, un syndicaliste marqué par l'économie

Xavier Beulin est décédé brutalement dimanche dernier. Alors que la crise agricole mine chaque jour un peu plus les campagnes, il a imprimé au cours de ses différents mandats, une vision très économique de l'agriculture, et se fixait pour ambition de faire (ré)-émmerger l'agriculture dans le débat des présidentielles, notamment pendant le salon de l'agriculture. Après sa disparition, que deviendra son engagement ? Sa vision d'une agriculture performante et exportatrice mais aussi diverse restera-t-elle ? À quelques semaines maintenant du congrès de la FNSEA à Brest, quel héritage laissera Xavier Beulin et qui prendra la suite ?

Quelques jours à peine après avoir annoncé sa volonté de briguer un nouveau mandat à la tête de la FNSEA, Xavier Beulin est décédé dimanche dernier, victime d’une crise cardiaque. Président du premier syndicat agricole français depuis 2010, après avoir succédé à Jean-Michel Lemetayer disparu dans des circonstances similaires, il avait hésité à se représenter à nouveau mais s’y était résolu, "malgré la charge, qui est lourde". Il avait décidé de poursuivre sa mission, pour "faire reconnaître la diversité de l’agriculture française mais aussi libérer les énergies dans ce secteur, tout en faisant reconnaître le besoin de politiques publiques". Il portait en lui une vision modernisée, avant tout économique de l’agriculture.

Un style nouveau à la FNSEA

Xavier Beulin avait apporté un style nouveau à la FNSEA. Patron de Sofiprotéol (devenu Avril) à l’époque de son élection à la présidence de la centrale syndicale, il avait une notion claire des enjeux industriels et stratégiques des filières. S’il était critiqué par certains pour cette double casquette, lui au contraire revendiquait cette double responsabilité pour ce qu’elle lui apportait de culture économique au service des agriculteurs. Son crédo était de bâtir des filières prospères, avec des cartes maîtresses dans l’aval industriel (Lesieur, Diester, etc) malgré ou à cause d'une très faible protection par la politique agricole commune. Il croyait fermement que l’avenir de l’ensemble de l’agriculture passait par ce modèle et savait que l'Union européenne, écartelée entre des intérêts nationaux trop divers, ne protégerait et ne soutiendrait plus l’agriculture comme elle l'avait fait par le passé. Il ne cessait de répéter -encore récemment- que les agriculteurs devaient trouver des solutions par eux-mêmes, en créant des filières solides, solidaires, avec un amont agricole exerçant le rôle principal, le rôle de l’État devant être avant tout selon lui de créer les conditions permettant à ces filières de se développer.

Les crises de l'élevage

Les crises de l’élevage puis celle des grandes cultures ont, depuis, rattrapé cette vision mais n’ont pas changé son discours. Tout en bataillant pour un soutien public aux agriculteurs les plus touchés par la crise, il insistait toujours sur l’importance des négociations commerciales pour que les agriculteurs retrouvent de la rentabilité. Le processus des négociations doit être inversé, expliquait-il, en faisant que les prix agricoles soient déterminés à partir des charges payées par les paysans pour aboutir ensuite à des prix consommateurs et non à partir de baisses des prix consommateurs. Il se voyait parfois critiqué par des agriculteurs eux-mêmes, au plus fort de la crise de l’élevage, qui demandaient que les pouvoirs publics interviennent dans la fixation des prix.

Plus généralement, Xavier Beulin estimait que la politique économique devait abandonner l’obsession de la demande pour adopter une politique de l’offre qui contribuerait à relancer l’emploi et donc le pouvoir d’achat. Une stratégie syndicale qui insistait tout autant sur la diversité des formes d’agriculture, circuits courts, bio, agriculture raisonnée, pluriactivité, etc, dès lors que ces diverses agricultures trouvaient leur marché. Quant aux contraintes écologiques, celles-ci ne devaient pas se traduire par des excès de complexité administrative et devaient préserver la rentabilité des exploitations. De ce point de vue, Xavier Beulin ne cachait pas son désaccord avec le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, lui reprochant de mettre davantage en avant l’écologie que l’économie du monde agricole dans son projet d’agroécologie. Le courant n’est jamais bien passé entre les deux hommes allant parfois jusqu’au conflit ouvert, notamment lors du congrès de la FNSEA à Laval l'an dernier.

Succession compliquée

L'agriculture française doit retrouver son rang en Europe, un rang qu’elle a largement abandonné à ses voisins ces dernières années estimait-il. Cela implique, pour libérer les énergies, des mesures, sans doute très ciblées comme la fiscalité ou le statut. Le deuxième objectif visé par Xavier Beulin concernait la place des agriculteurs dans notre pays. Les enquêtes d’opinion montrent que la population aime les agriculteurs, mais elle en fait souvent des boucs émissaires pour tout et rien. Le troisième objectif de Xavier Beulin était celui de la capacité d'adapter l'agriculture, dans sa diversité, à des besoins d’"efficacité économique".

Xavier Beulin était un gros travailleur, hyperactif, la mort l’a saisi alors qu’il considérait sa mission comme inachevée. C'est d'ailleurs cette raison qui l'avait finalement incité à se porter candidat à un nouveau mandat de président de la FNSEA. Le prochain congrès de la FNSEA à Brest, fin mars, devra solutionner sa succession selon un scénario que personne n'avait imaginé, une succession assurément compliquée.

 

Un parcours unique

Issu d’une famille d’agriculteurs du Loiret, aÎné de quatre enfants, Xavier Beulin reprend l’exploitation familiale à 17 ans suite au décès de son père, et s’engage rapidement auprès du CDJA de son département. Gravissant les échelons du syndicalisme agricole, il rejoint ensuite la FDSEA puis la Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP) dont il devient président en 1999. Il devient en 2000 président du groupe Sofiprotéol (renommé Avril en 2014), mis en place par la filière des oléoprotéagineux. Une responsabilité qui lui sera parfois reprochée après son élection, en 2010, à la tête de la FNSEA.

 

Christiane Lambert, présidente par intérim

Christiane Lambert, vice présidente dans l'équipe de Xavier Beulin a été désignée présidente par intérim de la FNSEA jusqu'au congrès de Brest, du 28 au 30 mars prochain. Agricultrice dans le Maine et Loire, productrice de porcs, ancienne présidente des JA, elle pourrait postuler à la présidente de la FNSEA. Mais la succession s'annonce difficile dans le contexte agricole malmené. Au delà des choix des personnes, ce sont surtout des choix d'orientation qui se joueront au travers de cette élection. Le congrès de Brest sera donc crucial.

 

Des réactions très nombreuses

Claude Cochonneau, président de l'assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA), a rendu hommage au "leader incontesté du monde paysan" et affirmé son "devoir d’œuvrer dans son sillage". Les Jeunes Agriculteurs évoquent un "personnage marquant", qui "ne faisait pas l'unanimité et était parfois critiqué dans le monde agricole ou en dehors", mais qui était "largement reconnu pour sa hauteur de vue, sa capacité à penser l'avenir de l'agriculture". La CFDT salue "la mémoire d’un homme de dialogue et de conviction", malgré "des divergences [..] entre la CFDT et la FNSEA". La CFTC a également salué la mémoire de Xavier Beulin. Le Président de la République, François Hollande, a salué "un agriculteur passionné", "un interlocuteur exigeant" et déploré "une perte majeure pour la France".


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