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Yves Le Gourriérec, portrait de mandatures

La session qui s'est ouverte le 19 février à Vannes n'avait rien d'une session ordinaire. Pour Yves Le Gourriérec, elle était la dernière au terme de 3 mandats à la présidence de la chambre d'agriculture du Morbihan. Nous l'avons invité à porter son regard sur cette somme d'expériences.A 61 ans, si l'homme dit vouloir arrêter ses fonctions de responsable professionnel agricole, retraité, il n'a certainement pas envie de l'être. Alors agriculteur, il le reste....et certainement vers de nouveaux engagements.





Paysan : «Le samedi, j'aime
bien être paysan
», aime à dire Yves Le Gourriérec. Bien sûr,
les autres jours de la semaine, aussi. Mais tôt, avant de passer
l'habit de ses mandats. Un principe posé quasi depuis l'installation
en 1977. Alors c'est dès six heures qu'il enfile ses bottes pour son
tour quotidien de l'exploitation désormais ovine, à Bubry, dans le
berceau familial. Un ancrage fort. Là, conjoint de Cathy, son
épouse, chef d'exploitation, Yves Le Gourriérec sait pouvoir
compter sur une organisation rodée. «Pour que l'exploitation
tourne sans moi
». 25 années de Cuma intégrale font partie du
schéma mis en place avec un sens du collectif, comme une force. Le
changement de production également. Mais sans l'opportunité d'avoir
trouvé «le bon salarié» pour les seconder. Un des revers
de la médaille des responsabilités.

L'enfant et le Dr Schweitzer :
Non, Yves Le Gourriérec n'a pas nourri enfant une passion dévorante
pour l'agriculture. Dans cette fratrie de 8 frères et sœurs, on
s'entend bien et on fait des études. «Mes parents nous y ont
toujours poussés. Je suis fils de paysan mais j'avais le mythe
d'Albert Schweitzer, de la coopération en Afrique. Alors j'ai fait
médecine
». Chez les Le Gourriérec, prévaut le goût de la
lecture, de l'ouverture et de l'accueil. «Je me souviens de
tablée de jeunes venant de partout, sans barrière, sans clivage, d'
une bonne entente et d' une vie familiale intense. Ma mère avait les
congélateurs pleins, au cas où, et les greniers étaient remplis de
lits de camp
». Avec son bac D, passé jeune et obtenu «dans
la voie curé, au petit séminaire de Ste Anne d'Auray
», Yves Le
Gourriérec opte pour médecine. «Je n'ai jamais laissé
quelqu'un décider à ma place. J'ai toujours assumé mes décisions,
bonnes ou mauvaises
». Du mythe à la réalité, trois années
plus tard, il est recruté comme visiteur médical en Rhône Alpes
puis poursuivra sa carrière dans le Massif central. Il y gagnera sa
vie, bien, très bien même, durant 5 ans.

La loi des hasards : Pour
beaucoup, 1976 reste comme l'année d'une forte sécheresse. Pour
Yves Le Gourriérec, c'est celle qui signe son retour à la terre,
«presque par hasard». L'annonce d'un départ en retraite de
son père et la curiosité de connaître les données de
l'agriculture morbihannaise forgeront la décision. «Pour 74,
c'était une croissance à deux chiffres. Et puis, bien peu de jeunes
se manifestaient pour reprendre les exploitations sur notre secteu
r».
Ces éléments font penser au jeune couple «qu'il n'y avait aucun
risque à s'installer
». Les faits sont contrariants. En 77, de
retour de Rhônes Alpes, Yves et Cathy Le Gourriérec, à 26 et 21
ans, s'installent sur 15 ha avec 20 vaches, sans autres aides que des
prêts bonifiés. «C'était difficile de trouver des vaches à
l'époque, nous on voulait bien élever des génisses, c'est ce qu'on
a fait alors. Avec l'arrivée des quotas en 84, le système était
mort mais pas nous
». Des années qui voient des jeunes
s'installer sur le secteur , une quinzaine, comme Yves Le Gourriérec.
Un seul syndicat à l'époque dans le Morbihan, la FDSEA, «qui se
cherchait. Sur Bubry, ça ne marchait plus. Ça s'est fait par
hasard. Jean Le Gal de Plouay est venu me chercher. J'ai accepté. Il
valait mieux s'organiser, c'était plus efficace que de rester
seuls
». La dynamique est relancée.Très investi dans sa
municipalité, c'est pourtant le syndicalisme qui lui fera une place,
dès 84, au sein du conseil d'administration dans l'équipe de
Bernard Rival. «Ce n'est ni par volonté, ni par calcul ou
l'envie de faire carrière
». En 1989, Louis Egain devient
président de la FDSEA et Yves Le Gourriérec, secrétaire général
avant de devenir, à son tour, président du syndicat en 93. Tête de
liste des élections de 1995, il est alors élu aux rênes de la
chambre d'agriculture.




 











ESB : 18 ans de
bons mais mauvais moments. Et Yves Le Gourriérec d'évoquer, avec
gravité, le «traumatisme de l'ESB. Une catastrophe. Être
accusés d'être des empoisonneurs ! Aller sur les
exploitations, voir les familles dans la détresse. Tant sur le plan
humain que général. C'est terrible. J'ai toujours pensé que
l'abattage de tout le troupeau était très injuste avec ce principe
de précaution poussé à l’extrême
».

Ubu fait loi: Apporter aux
maximum d'agriculteurs «tous les moyens nécessaires à les
responsabiliser et leur permettre l'autonomie dans les actes de
décision
», voici la lettre de mission que s'est fixé Yves Le
Gourriérec au sein de ses mandats. «J'espérais que
l'informatique les y aide -
pointe l'ancien président de
la commission formation de la Chambre régionale- Or à
l'inverse, ils délèguent de plus en plus. Mais il y a une telle
complexité administrative
», estime t-il, à leur décharge,
pointant du même coup l'un des changements fondamentaux connus au
cours de ses deux derniers mandats. Et de la dénoncer, comme la
complexité environnementale «particulièrement ubuesque.
Il n'y a qu'à voir ce qui se fait sur la directive nitrates. C'est
incompréhensible
», s'offusque-t-il, s'inquiétant de
batailles d'experts capables de travailler sur «un 4 éme chiffre
après la virgule là où il faudrait remettre de la pédagogie et de
la vulgarisation
».

Délocalisation des pouvoirs
: Autre changement prégnant ? «C'est la délocalisation des
pouvoirs de décisions vers la région
», avec la fin des
d'arbitrages locaux «que j'ai connu pragmatiques,
efficaces. Aujourd'hui la capacité d'intervention d'un préfet
ou d'un ex DDA est quasi nulle
». Depuis la RGPP (réforme
générale des politiques publiques), «l'éloignement a modifié
les choses, et pas dans le bons sens. Aujourd'hui, plus personne n'a
le pouvoir de dire stop
». En parallèle, c'est la montée en
puissance de nouvelles instances locales «telles les Sage dont
les positions ont une incidence directe sur les exploitations
».
Sans compter «ce poids des grandes villes qui ont leur vision
particulière sur le territoire rural et qui ont les moyens de
s'accaparer des fonds Leader ou Feder grâce à des moyens techniques
supérieurs à ceux des territoires ruraux
».

Des coops qui laissent songeur :
«Je suis extrêmement déçu face à leur fonctionnement. Où
veulent-elles aller ?
», fustige Yves le Gourriérec. «Autant
je fais la part de ce qu'apporte le regroupement pour attaquer un
marché mondial. Une chasse en meute. Mais ça ne pouvait pas se
faire au détriment du local
». Et de lister des noms, des actes,
«Sodiaal qui décide unilatéralement d'un double prix. Comment a
t-on pu accepter cela, ne pas avoir la même règle pour tout le
monde ? L'échec d'Unicopa ! La Cecab, sait-elle où elle va
?
». Et la nécessité d'atteindre des dimensions économiques
suffisantes qui se serait faite au détriment de «l'ancrage
local
». Local encore, «la demande est forte pour cela. Les
coops ont un rôle à jouer. Elles ont été mises en place pour
commercialiser nos produits!
». Déçu, oui, il l'est.


Régionalisation des chambres :
Pas de regret, une nécessité pour celui qui en a été un des
principaux artisans. Mise en œuvre dès 96 pour la recherche
appliquée, «la régionalisation permettait de ne pas multiplier
les mêmes essais, de faire des gains de productivité et des
économies pour les utiliser au niveau local et être encore plus
proches du terrain. C'est là que sont nos mandants
». Une
crainte ? «Celle liée aux équipes qu'on éloigne du terrain et
qui n'ont plus de compte à lui rendre
». D'où cette volonté,
au cours des mandatures, de développer «les antennes de la
chambre en améliorant les conditions de travail des équipes pour
qu'elles s'y sentent chez elles, les agriculteurs aussi
». Ce qui
fait «encore la force du Morbihan», apprécie t-il.


L'économie et la culture
économique :
En ex président la commission économique,
durant 10 ans, c'est bien au «au manque de culture économique et
de vision macro économique de beaucoup d'élus
», qu'Yves Le
Gourriérec avait souhaité s'attaquer, lors de son mandat à la
chambre régionale. «Il y avait une nécessité à s'ouvrir sur
l'économie mondiale et comment notre économie bretonne fonctionne
dans cette globalité. Je trouve qu'il y a toujours un manque
».
D'où le travail sur l'observatoire des IAA, d’où la tournée des
usines. Même volonté à la tête de la présidence de la
commission de promotion des produits alimentaires, «vécue dans
un souci de contact, de découverte, pour comprendre la vie de nos
produits. C'est une erreur fondamentale de ne pas s'occuper de leur
devenir. Comprendre, ça responsabilise
».


Des volumes de productions connus
: Pour Yves le Gourriéerc, pas de doute que l'agriculture
morbihannaise a sa carte à jouer à l'avenir. Une belle carte. «Les
volumes de productions, on les connaît. Ils sont conséquents, il
faut faire avec. Il y a toujours des développements possibles. Même
s' ils restent à la marge. Quand on voit ce potentiel existant, il y
a des voies de maintien de l'agriculture et de ses exploitations.
Mais il faut être pragmatique par rapport à la taille du gâteau.
Il restera le même. En 86, j'ai fait parti de ceux qui ont validé
et organisé la restructuration laitière sur les 15 ans à
suivre. Par paliers, pour qu'il n'y ait pas de traumatisme et que les
éleveurs progressent. Demain, si les agriculteurs savent
s'organiser, s'associer pour avoir des outils modernes et performants
avec des salariés, en intégrant des jeunes dans des formes
sociétaires... Il y a un bel avenir. 800 000 l tout seul c'est de
l'esclavage. 1 million à quatre avec deux salariés, ce peut être
de l'optimisation
». Et l'environnement ? «C'est plus
facile quand on peut investir dedans et que l'on on a un chiffre
d'affaires suffisant pour cela. La question environnementale a tué
beaucoup de petits agriculteurs
».

Propos recueillis par Claire le Clève

Thierry, Monique, Michel et les
autres :
Dans cette expérience «riche »,
il y a les hommes sans qui rien ne se fait. Et des prénoms, listés,
comme le titre d'un film de Claude Sautet. Et des déclarations
: « Avec Thierry (Kérautret, directeur de la FDSEA puis
de la Chambre d'agriculture jusqu'en 2009 ndlr), depuis 1984, on a
grandi ensemble. On partageait les mêmes valeurs sans être d'accord
sur tout. Je ne crois pas que je serai resté responsable agricole
sans lui
». A complémentarité exceptionnelle, fonctionnement
exceptionnel et efficacité redoutable... «Nous avons fait de
belles choses ensemble
». Et il y a un style. «J'ai toujours
fonctionné en équipe. Un groupe restreint, de confiance, avec
lequel on a pris les décisions
». Les proches ?
« Michel Guernevé, Monique Danion pour la première
mandature, Marie-Jo Petit, Hubert Morice pour la seconde. Et Jean
Salmon, bien sûr, à la région
». Et il y a la transmission,
assise dans la confiance et la préparation "avec Laurent
(Kerlir), on a préparé la nouvelle équipe mise en place. Avec les
JA, la FDSEA. Préparer la transmission, c'est essentiel quand on
atteint un certain temps passé à des fonctions. C'est plus efficace
et plus sérieux pour l'avenir
". Quant à la méthode de
travail : aux responsables professionnels, les grandes
orientations ; au directeur et à l'équipe technique, la
mise en œuvre technique. Et aussi la façon d'un homme de
conviction. Et de s'agacer de ceux qui s'accrochent aux fonctions
"comme des berniques".


 

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