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La bio à grande échelle : utopie ou réalité ?

Alors que s'est tenu cette semaine le Congrès mondial de la bio à Rennes, se pose la question de la faisabilité du changement d’échelle annoncée par l'Union européenne. L'Inrae s'est lancé dans un grand programme d'études transversales, appelé "Métabio" afin d'identifier les freins et rechercher des solutions. Explications.

Le projet "Phosphobio" piloté par Arvalis et ses partenaires, vise à aider les agriculteurs bio sur la question de la pénurie de phosphore.
© Viviane Monconduit - Pixabay

Alors que l'Union européenne projette d'atteindre 25 % des surfaces biologiques en 2030 en Europe, se pose bien évidemment la question de la manière dont ce déploiement peut se mettre en place dans tous les domaines qu'ils soient technique, économique, social et politique.
Selon les chiffres de l'Agence bio, 53 255 fermes étaient engagées en bio fin 2020, soit 12 % des fermes. On atteint 2,55 millions d’hectares cultivés en bio soit 9,5 % de la SAU française. Cette progression se traduit dans les actes d'achat de produits alimentaires bio par une croissance de + 10,4 % par rapport à 2019. Bref, le secteur de la bio a doublé en 5 ans. Pour autant difficile de répondre de ce qu'il en sera en 2050 ? L'agriculture bio sera-t-elle l'agriculture prédominante ? Pour s'y acheminer, un "métaprogramme de recherche", associant toutes les disciplines et tous les départements de l’Inrae, est en cours. Nommé "Métabio", il explore l’hypothèse où l’offre nationale de produits bio deviendrait majoritaire.

 

Une ressource en minéraux limitée

Premier écueil du changement d'échelle : l'impact sur les ressources minérales. "L'enjeu crucial est le maintien d'une disponibilité suffisante dans les sols, pour permettre la croissance optimale des cultures. On pense à la raréfaction des minéraux, en particulier l'épuisement des gisements de phosphore et de la baisse de la qualité du minerai", indique Claire Jouany de l'Inrae lors d'une conférence en amont du Congrès mondial de la Bio. Cette difficulté s'est accrue avec les contraintes réglementaires récentes qui fixent à partir de 2021 l'arrêt de l'utilisation en bio des fientes de volailles et des lisiers de porcs d'origine industrielle. Avec la raréfaction et l'augmentation du coût des engrais organiques, comment compenser les flux de nutriments exportés de la parcelle et lutter contre l'érosion de la fertilité des sols... Les recherches s'intéressent à d'autres leviers pour enrichir les sols en azote, potassium et phosphore par des pratiques d'association de plantes, dont les légumineuses. Le développement des systèmes de polyculture élevage et les interactions entre céréaliers-éleveurs sont des pistes pour disposer de la matière organique.

Il y a une sorte d'impératif social qui vaut pour les agriculteurs qui doivent être rémunérés et qui va jusqu'au consommateur.

Étudier le consentement à l'achat

Pour le cherheur Eric Giraud-Héraud, qui étudie l'achat du vin bio, le bio se développera si la demande du consommateur est bien réelle. La qualité, le goût, l'environnement, le prix..."le consommateur a des arbitrages à faire", résume-t-il. Le prix que le consommateur est prêt à payer fait partie du champ des études. "Le bio c'est le "plus" que l'on peut avoir dans la certification des vins en France et qui clairement recueille du consentement à payer. En revanche, on ne peut pas dire que le bio soit la solution pour un viticulteur qui aurait des problèmes économiques". Mais la présence des labels, de la certification HVE (haute valeur environnementale), des produits locaux... sont autant de propositions qui "à terme risquent de brouiller les pistes", remarque Eric Giraud-Héraud.
Le surcoût de la consommation biologique des ménages est évidemment un élément important du consentement à l'achat. Dans une étude Nutrinet de 2019, le surcoût de l'alimentation entre des grands consommateurs de bio et des non consommateurs est de l'ordre de 2 € par jour et par personne. "Les injustices sociales sont aussi très visibles dans l'alimentation. C'est un sujet compliqué", estime Philippe Maugin, PDG de l'Inrae.

 

Quatre principaux freins à lever

Les chercheurs du programme Métabio ont du travail pour placer la bio à grande échelle, même si consommateurs et politiques mettent la pression. Et Philippe Maugin de citer en conclusion quatre freins à lever : la question clé des fertilisants dont la ressource en phosphore ; le développement du biocontrôle sur les territoires, la question de l'organisation des filières localement et l'épineuse question économique. Car gagner sur les coûts de production pour rendre les prix soutenables aux consommateurs et déterminer le consentement à payer de ceux-ci ne suffiront pas. Les politiques publiques et sociales devront forcément accompagner. "Ce n'est pas à la PAC à elle seule de porter cela, il faut aussi le soutien des politiques publiques et sociales. Pour moi, il n'est pas possible que cette massification du bio soit clivée socialement : il y a une sorte d'impératif social qui vaut pour les agriculteurs qui doivent être rémunérés pour leurs efforts et qui va jusqu'au consommateur", conclut Philippe Maugin. Sans verser dans le pessimisme, la route pour 2030 apparaît encore longue...

 

Nicolas Hulot lance le congrès mondial de la bio

Nicolas Hulo, bio

"L’agriculture est le point névralgique de la crise écologique". Mardi soir, le congrès mondial de la bio s’est ouvert sur les mots de Nicolas Hulot, parrain de cette 20e édition, organisée à Rennes. Devant un public international, l’ancien ministre a insisté sur les solutions que représente l’agriculture biologique face aux défis climatiques. En visioconférence, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a également participé à cette cérémonie d’ouverture.
De leur côté, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région ; Jean-Luc Chenut, président du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, et Nathalie Appéré, maire de Rennes, ont fait part de leur satisfaction d’accueillir ce congrès mondial en terre bretonne et ont mis en avant le rôle que la région pouvait avoir dans la transition vers un modèle plus vertueux pour l’environnement.

 

La production de lait bio en décalage avec la consommation

production de lait bio

Les études le montrent, la consommation de produits laitiers biologiques est en repli. "Il y a un net recul sur les 12 derniers mois des achats, les fabrications ont été freinées pour s'adapter à ce ralentissement de la demande", indique dans une note Marine Raffray de l'APCA. Ce repli concerne le lait de consommation - 6,9 % ; le fromage frais -12 % et les yaourts - 11,6 %. Cependant l'année 2020 est décrite comme une année "atypique" avec la crise sanitaire et les confinements qui ont conduit à un surcroît d'achats de proximité et à des achats de produits bio en remplacement des produits conventionnels absents des rayons. Dans le même temps, la collecte de lait de vache biologique augmente en 2021, en hausse de 8 % sur les trois premiers mois de l'année. Ce que confirme France Agrimer qui décrit en juin 2021 une forte augmentation de la collecte, + 16,2 % par rapport à juin 2020.
On comprend mieux aujourd'hui l'engorgement de la filière laitière biologique et l'annonce aux adhérents de la coopérative Sodiaal, en date du 23 juillet, de "réorienter pour une période de 12 mois, 10 % des volumes" de lait bio vers la filière non OGM. La coopérative évoque un marché des produits de grande consommation bio en panne de croissance depuis l'automne dernier et un volume collecté de 15 millions de litres en "trop".
Cette perte de revenu pour les adhérents bio a déclenché une levée de boucliers des syndicats agricoles. Les JA des Pays de la Loire, Bretagne et Normandie se disent inquiets pour les nouveaux installés. "Cette décision reflète un cruel manque de vision et d'anticipation, voire d'amateurisme", estiment-ils dans un communiqué. De son côté, la FRSEA Bretagne reproche aussi le "manque d'anticipation des acteurs de la filière" et "l'hérésie du bio à tout prix". Et demande une gestion par filière et non par entreprise.
Sur Twitter, l'éleveur laitier Sébastien Courtois, administrateur à Sodiaal, explique que cette situation est "malheureusement le résultat d'une production plus forte que prévu d'un côté et de l'autre une consommation en baisse par rapport à 2020". Et assure que "ce décalage va se réguler puisque nous ne prenons plus de nouvelles conversions depuis 2021, et que nous avions bien réduit les deux années précédentes". / Cyrill Roy

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