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Légumes de conserve, gérer la variabilité et le prix juste

Une campagne mitigée avec une tendance aux moindres performances des légumes en conserve et surgelé. La Bretagne n’échappe pas au bilan national évoqué à la faveur de l’assemblée générale de l’UOPLI* à Lanouée, le 16 octobre dernier. Comment garder la motivation et éviter le décrochage ? Une question pour les 1 800 producteurs bretons : le tiers des surfaces du légume d’industrie en France.

La moindre performance est globale depuis six ans. "Cette problématique n’est pas spécifique à la Bretagne, on l’observe sur nos trois bassins de production".

Les aléas climatiques s’enchaînent, la réglementation s’ajoute aux retraits des molécules avec des impasses techniques. On est dans cette tendance de baisse de performances. C’est vrai en volumes et en qualité des légumes", a brossé d’un bilan mitigé, Jean-Claude Orhan, président de l’UOPLI. Elle fédère les OP de Cecab d’Aucy-Triskalia-Eureden et Clal Saint-Yvi. Leurs champs sont à l’origine d’une boite de légume de conserve sur quatre, et la moitié des légumes surgelés produits dans l’hexagone.

44% des producteurs de légumes en France, destinés à la transformation sont bretons.

Moins 13 % en pois

Si en France, les surfaces en légumes régressent, 2020 confirme la tendance à l’œuvre, a pointé Delphine Pierron, de l’AOP Cenaldi (centre économique national agricole des légumes à destination industrielle).
Avec des campagnes non encore achevées, les résultats sont encore provisoires pour 2020. Les rendements 2019 en épinards et pois ont engendré une augmentation de 2 % de leurs SAU en 2020. Reste que "le volume récolté en pois est en forte baisse, moins 13 % en moyenne et une campagne catastrophique à l’ouest, avec moins 18 % des rendements et des taux d’abandon de 30 % liés à des conditions climatiques épouvantables", rappelle l’économiste. Reste une tendance régulière à la baisse. Avec 5 % de plus de haricots semés cette année, "la fin de campagne est hypothétique marquée par le froid et la pluie et des rendements moyens en baisse, inférieurs à 13 t/ha", situe-t-elle.
Le flageolet poursuit sa perte de vitesse avec une baisse de volume de 11 % liée "à la baisse de rendements". La moindre performance est globale depuis six ans. "Cette problématique n’est pas spécifique à la Bretagne, on l’observe sur nos trois bassins de production", souligne Jean-Claude Orhan, à la tête, depuis la mi-septembre, du Cenaldi (comité économique national agricole des légumes à destination industrielle).

 

Gestion des risques et coût

"On observe une montée de la pression sanitaire sur tous nos légumes", déplore-t-il listant les re-semis, les pertes de culture, la baisse de productivité, les contrats non honorés en volume et qualité. "Comment respecter un cahier des charges de plus en plus rigoureux que nous impose le consommateur via l’industriel et la grande distribution ?". Or la gestion des risques est insuffisamment prise en compte selon les membres de l’assemblée. "Moins de chimique, cela veut dire plus d’alternatives et plus de coûts liés à des équipements spécifiques...". Le consommateur est-il prêt "à mieux valoriser nos démarches vers la transition écologique ?". La question est de taille. Une affaire de prix ? "Il ne ne suffira pas. Voir ses cultures détruites par la maladie ou l’insecte. Il y a un aspect psychologique violent", estime Jean-René Menier, producteur de céréales et de légumes. Moins de molécules, plus de passages manuels et mécaniques "et plus de charges. L’électricité a augmenté de 23 % depuis 2008, quand on irrigue, ça fait mal", illustre Jean-Pierre Vallais sur l’évolution des charges.

Légumes de conserve

Des coûts au prix

Autant d’indicateurs de coûts et de marchés ou spécifiques sur lesquels la profession s’est penchée. Son objectif ? Leur prise en compte, jusqu’aux distributeurs, dans la détermination "inversée et en cascade" des prix qu’impose la loi EGALIM, autre thème de l’assemblée générale. "Des indicateurs qui se choisissent et se discutent, agir sans pour autant s’entendre, c’est toute la difficulté de l’exercice", prévient pour une répartition équitable de la valeur, Jean-Claude Orhan également vice président d’Unilet (voir encadré). Une assemblée générale qui aura également acté la création de l’association syndicale libre, ASL Breizh irrigation "pour être organisés et visibles". Car le sujet est capital pour ces producteurs qui montrent patte blanche notamment avec la création du GIEE "réseau de fermes économes en eau", capitalisant sur la réserve utile du sol en eau.
Reste que "si on veut pérenniser nos productions légumières en Bretagne, nos agriculteurs et nos outils industriels, cela passera par de l’irrigation d’appoint", insiste Bruno d'Hautefeuille. L’inquiétude ? Sur neuf projets de retenues collinaires présentés en 2019, un seul a pu voir le jour : insuffisant selon l’UOPLI face au changement climatique : "moins 100 mm de pluviométrie en 30 ans et plus 2 degrés C sur la période de culture de nos légumes. C’est toute notre filière légume qui est dans la balance".

* Union des organisations de producteurs de légumes d’industrie.

 

Repères

Les producteurs
En France, 44 % des producteurs de légumes destinés à la transformation sont bretons, avec une forte zone de production localisée dans le nord du Morbihan : près de 800 producteurs sur les 1 800 inventoriés en Bretagne (source Cenaldi). Près de 450 autres le sont dans le sud-ouest Finistère et près de 300 dans le sud des Côtes d’Armor.

Les légumes
Pois : 7 100 ha /51 000 t en 2013, 7 354 en 2019
Haricots : 7 200 ha / 90 000 t en 2013, 5 934 ha en 2019
Épinards : 2 500 ha / 51 000 t
Flageolets : 1 500 ha / 9 000 t
Autres : 2 300 ha / 70 000 t
De 21 426 ha en 2014, les surfaces emblavées depuis lors n’ont cessé de  régresser pour atteindre, en 2019, 19 155 ha semés. Si le haricot a fortement régressé, l’épinard est le légume qui a le plus reculé en Bretagne.

La transformation
La Bretagne transforme le 1/4 des conserves et la moitié des surgelés produits en France au travers de 9 unités de transformation, dont 5 en Morbihan : Ardo (groupe Ardo), Conserverie Morbihannaise et UFM locminé (Groupe Cecab d’Aucy), Kerlys (Intermarché), CGS (Groupe Greenyard Foods), 3 en cötes d’Armor : Dujardin Bfretagne (Groupe Ardo), Saint Caradec et Loudéac (groupe Gelagri), une en Finistère Penny ( Groupe Cecab d’Aucy). Emplois : 2 400 personnes.

 

Unilet presse la distribution de répartir "équitablement" la valeur

Légumes de conserve

Dans un communiqué, l’interprofession des légumes en conserve et surgelés (Unilet) a appelé le 15 octobre les distributeurs à faire un pas en avant pour faire redescendre de la valeur en amont lors des prochaines négociations commerciales. "La filière française fait face à de nombreux surcoûts qu’elle n’est plus en mesure de supporter seule", déclare l’interprofession. Entre les difficultés engendrées par la crise de la Covid-19 (perte de débouchés en restauration pour les légumes surgelés, difficultés à reconstituer les stocks de conserves), les aléas climatiques et les coûts induits par la transitions agroécologique (réduction des produits phytosanitaires, développement de la bio, lutte contre le gaspillage), les professionnels du secteur auraient du mal à garder la tête hors de l’eau. "L’ensemble de ces nouveaux défis ne pourra être relevé qu’à condition de créer et répartir équitablement la valeur entre tous les acteurs à travers une juste rémunération de tous les maillons", insiste la filière dans le communiqué. "Pour réussir, la véritable valeur des produits issus de la filière française doit être prise en compte par la grande distribution ainsi que par les consommateurs". / Agra 19/10 2020.

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