Aller au contenu principal

Comment Whatsapp revitalise l'agriculture de groupe

Selon l’enquête Agrinautes, pas loin de la moitié des agriculteurs français (interrogés par un questionnaire en ligne) utilisent la messagerie mobile Whatsapp, et sa popularité devrait même dépasser Facebook cette année. Contrairement aux apparences, son usage n’est pas seulement privé, il est également professionnel et n’est pas réservé aux élus des grandes organisations professionnelles. C’est dans les collectifs d’agriculture de groupe (chambres d’agriculture, Gab, Civam, Geda et Cuma) que l’application mobile au logo vert (et ses alternatives Telegram, Signal ou Riot) a trouvé son usage le plus pertinent.

"Cela fonctionne très bien dans les groupes aux thématiques techniques affirmées, comme la gestion de l’herbe, ou l’agriculture de conservation", étaye David Roy, conseiller à Agrobio 35.
© Pixabay

C’est une progression éclair. Selon la dernière enquête Agrinautes (Hyltel, Data Agri, NPGA), pas loin de la moitié des agriculteurs français (interrogés sur internet) utilisaient Whatsapp en 2020. 40,9 % exactement. En quelques années, l’application mobile au logo vert est en train de conquérir les téléphones de la Ferme France (+ 6 points en seulement une année). Elle talonne Facebook (44,7 %) et distance déjà Twitter (11 %). En 2021, elle devrait vraisemblablement devenir le réseau social favori des agriculteurs. Aucun chiffrage de l'usage professionnel n’existe à ce jour. Mais le phénomène apparaît massif. "À la louche, je dirais qu’au moins un conseiller de chambre d’agriculture sur deux a un groupe Whatsapp", estime Nicolas Minary, fondateur de la start-up Landfiles, qui propose une application alternative à Whatsapp dédiée aux groupes d’agriculteurs.
Le niveau d’échange technique au sein des groupes d’agriculteurs est un autre facteur clé du déve-loppement de ces applis. "Il est très utilisé dès lors qu’il y a expé-rimentation, de l’innovation, estime Nicolas Minary de Landfiles. On le retrouve beaucoup dans les groupes innovants comme les GIEE, 30 000 ou Dephy. En coopérative, on a moins besoin d’échanger sur les pratiques". Il y est très souvent question d’agronomie, en particulier d’agroécologie, mais aussi de zootechnie. "Cela fonctionne très bien dans les groupes aux thématiques techniques affirmées, comme la gestion de l’herbe, ou l’agriculture de conservation", étaye David Roy, conseiller à Agrobio 35.

Cela permet de sortir certains agriculteurs de l’isolement, cela favorise les échanges, souvent tous azimuts, à la fois techniques et commerciaux.

Un relais lors du premier confinement

La majorité des personnes inter-rogées racontent souvent la même histoire. Il y a trois ou quatre ans, à la demande du conseiller ou d’un agriculteur, un groupe Whatsapp est créé, qui connaît un succès modeste au départ, mais dont l’activité décolle au bout de quelques mois, parfois plus. Dans de nombreux cas, la crise de Covid-19 et le confinement du printemps 2020 ont été un tremplin. "Un cap a été franchi durant le Covid", témoigne par exemple Martial Coquio, qui anime sept groupes au sein du Geda d’Ille-et-Vilaine, dont cinq sont "en pleine effervescence" sur Whatsapp, en particulier depuis deux ans. L’effet du confinement est simple à expliquer. Avec la fin des réunions physiques, en salle ou au champ, il a fallu faire autrement.

 

Sortir de l'isolement, dialoguer davantage

Pour ceux qui l’ont utilisé, l’apport de Whatsapp est indiscutable. Tous les conseillers témoignent d’une revitalisation de l’activité de leurs groupes. "Cela permet de sortir certains agriculteurs de l’isolement, cela favorise les échanges, souvent tous azimuts, à la fois techniques et commerciaux", témoigne Stéphanie Gazeau, conseillère à la Mab de Charente. Sur le plan technique, "certains messages passent mieux de pair à pair que quand ils viennent du conseiller, même si nous avons un bon relationnel", étaye-t-elle. Même enthousiasme chez Martial Coquio, du Geda 35 : "Whatsapp favorise les échanges sur des cas concrets, de la vie de tous les jours, permet d’avoir l’avis des collègues plus rapidement, de se rassurer, de monter en compétence".
En Ille-et-Vilaine, David Roy a réussi à "lever des problématiques de terrain à côté desquelles nous serions sûrement passés, ou que nous aurions décelé trop tard sans ces messageries". Et de citer le cas de semences défectueuses partagé, puis confirmé sur l’application.

Levier de structuration et d'optimisation

En maraîchage, on y voit un vrai levier de redynamisation des grou-pes, dont les mem-bres sont souvent plus dispersés géo-graphiquement que dans d’autres productions (à l’exception de grands bassins comme en Loire-Atlantique).
"Whatsapp va titiller la curiosité de certains maraîchers isolés, leur donner envie de participer aux visites de certaines fermes", explique Stéphanie Gazeau. En Cuma, l’outil permet de fluidifier la réservation de matériel. "Avant quand on voulait un combiné tracteur-tonne à lisier, il fallait appeler deux personnes, chacune en charge d’un matériel. Maintenant, on a un groupe Whatsapp dans lequel on peut poser la question à tout le monde", témoigne Mathieu Goery, président d’une Cuma de treize adhérents et quarante matériels en Alsace.

 

Messageries mobiles : les défauts de leurs qualités

Les nouvelles messageries mobiles n’ont évidemment pas que des qualités. Whatsapp est très critiqué pour la protection des données de ses utilisateurs, ce qui a conduit au moins deux organisations agricoles à appeler leurs adhérents à migrer vers Telegram ou Riot.
La rapidité et l’horizontalité des échanges ne sont pas sans inconvénients. Un autre revers de l’application tient à sa simplicité. Très vite postées, les photos sont aussi vite perdues, classées pêle-mêle dans de vastes dossiers multimédias. "Whatsapp ne capitalise rien", tranche l’entrepreneur, Nicolas Minary, dont l’outil Landfiles est justement conçu pour structurer les discussions et les données (par exemple date et nature du semis), et permet de les extraire sous forme de fichiers Excel. "Ces alternatives existent effectivement, mais elles perdent en efficacité", sourit Martial Coquio, coordinateur de Geda en Ille-et-Vilaine.
Les autres limites de ces messageries sont plus connues : sécurité, fracture numérique, temps disponible. Des alternatives comme Telegram ou Riot existent, qui promettent de mieux protéger les données personnelles que ne le fait Whatsapp. La chambre d’agriculture de Normandie a d’ailleurs récemment appelé ses adhérents à basculer sur Telegram.
La dernière limite au développement de Whatsapp est connue d’un grand nombre d’utilisateurs du grand public : le manque de temps. "Rien que pour la Cuma et la famille, il y a un problème de temps disponible, qui n’est pas propre à Whatsapp, mais aussi aux autres outils", constate l’agriculteur alsacien, Mathieu Goery. L’aspect chronophage de ces outils pèse d’ailleurs aussi sur les conseillers, témoigne Stéphanie Gazeau : "Les modes de communication se diversifient, et de fait, ils complexifient pour l’instant notre tâche, car en même temps que nous animons ces groupes, nous n’avons pas pour autant abandonné le téléphone et le mail".

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Elle installe son élevage de brebis laitières sur Ouessant
Elle rêvait de vivre et de travailler sur son île. Un voyage en Mongolie lui a donné l’idée de son métier. Un appel à candidature…
La bio à grande échelle : utopie ou réalité ?
Alors que s'est tenu cette semaine le Congrès mondial de la bio à Rennes, se pose la question de la faisabilité du changement d’…
Les 28 et 29 août, Agrifête vous donne rendez-vous à Saint-Vougay

Les bonhommes de paille ont fleuri un peu partout dans le département, annonçant qu’après une année d’interruption pour cause…

À quelques jours de l'ouverture, l'effervescence gagne le Space
A l'heure ou l'élevage devient une question de société, le retour du Space en présentiel, du 14 au 16 septembre, est d'autant…
Au Space, les élèves du Nivot s’occupent des Normandes

Cette année, le Space servira de cadre au concours national de la race Normande, pour lequel 85 animaux ont été sélectionnés.…

Julien Denormandie, un ministre de l’Agriculture en immersion au Space
Loin des visites officielles qui se font parfois au pas de course, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, a inauguré…
Publicité