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Congrès Gaec et Sociétés : "Le droit à l'essai" veut passer à la vitesse supérieure

Le congrès national de l'association Gaec et Sociétés s'est tenu en Côtes d'armor les 28 et 29 octobre à Guingamp. Fondée par les organisations professionnelles pour le développement de l'agriculture de groupe, l'association expérimente "le droit à l'essai". Avec pour fil conducteur le renouvellement des générations, le dispositif est espéré pour 2022. Point de la situation.

Gilles Brenon, président de Gaec et Sociétés (droite) avec Jacques Beurel, président section Côtes d'Armor.

Est-on sûr du choix de son partenaire ? Et même si les planètes s'alignent sur la technique, l'économique et le juridique, qu'en est-il des caractères, des affinités, des attentes entre associés ? À bien y réfléchir, une année d'essai avant de s'engager pour la vie, paraît être une bonne option. C'est seulement en Haute-Savoie que la démarche existe depuis 1991 sous le nom d'"année d'essai". Des associés de Gaec testent leur compatibilité professionnelle pendant un an (renouvelable une fois), sans mise en société. C'est en 2019 que l'association Gaec et Sociétés propose au Ministère de l'Agriculture la mise en oeuvre d'un dispositif "plus adapté". Une série d'expérimentations a été lancée dans les quatre départements bretons, l'Ain, la Savoie, le Tarn, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Loire. De plus, en janvier 2021, le Ministère a également publié une note de service présentant le droit à l'essai pour les associés de Gaec et précisant le rôle des DDTM. "Le droit à l'essai doit être proposé dès lors qu'un remplacement est souhaité par le ou les associés restants", exprime Gilles Brenon, président de Gaec et Sociétés qui souhaite qu'à l'issue des expérimentations, un cadre national soit opérationnel et permette une mise en route dès 2022.

Congrès Gaec et Sociétés

L'importance du relationnel dans la mise en société

Ce "droit à l'essai" proposé par Gaec et Sociétés veut permettre à "deux personnes, ou plus, de tester un projet d'agriculture en commun, en amont de l'installation et sur une année". Le but ? Réduire les problèmes de mésentente et de sorties d'associés, de pérenniser les exploitations, d'éviter le recours à la médiation, de faciliter le renouvellement des générations dont l'installation de nouveaux profils d'agriculteurs. Avec les services d'Agrimédiation et les outils d'organisation du travail, "il était logique de rentrer dans ce dispositif pour avoir des outils qui sécurisent les installations en société", explique Sébastien Rouault, élu de la chambre d'agriculture de Bretagne, responsable de l'installation-transmission.
L'originalité de la démarche est de s'intéresser à l'aspect relationnel de la mise en société. C'est pourquoi un accompagnement en relation humaine est associé au dispositif. En Bretagne, le service "relations humaines" de la chambre d'agriculture participe à cette phase de test durant l'année entière. Une méthodologie a été mise au point qui comprend notamment une séance de contrat, des entretiens individuels et collectifs. Lors des entretiens individuels, le but est de faciliter l'expression de chaque futur associé grâce à un questionnaire avec pour thèmes la personne, le projet commun et l'organisation du travail afin que chacun puisse mieux se connaître. "Nous réalisons un travail d'analyses en vue de l'entretien collectif entre le nouvel associé, l'associé plus ancien et l'associé sur le départ", indique Annette Hurault, conseillère à la chambre d'agriculture de Bretagne. Il leur est également proposé de faire la formation "poser les bases d'une bonne association". En fin de parcours, c'est l'heure du bilan : la conseillère interroge les associés pour savoir si l'aventure se poursuit ou se termine. Après cinq tests en Bretagne en 2020 avec des associés hors cadre familial, cinq nouveaux tests se déroulent en 2021, cette fois dans le cadre familial.

Nous devons résoudre deux difficultés principales, celle de la rémunération et celle du statut social de l'associé stagiaire.

La question du statut juridique et du financement

"Il est nécessaire d'avoir un statut. Beaucoup existent : chef d'exploitation, apprenti, stagiaire...", rappelle Béatrice Barbeau, représentante de la MSA. Si sur le terrain, les équipes sont opérationnelles pour la phase d'accompagnement, reste à déterminer le statut et le financement du "droit à l'essai". Pour le président Gilles Brenon, cela tarde trop. "Le droit à l'essai, on y travaille depuis 2015. Nous sommes prêts pour 2022 mais si on attend encore, on va louper des trains", tempête-t-il. "Il est vrai les situations sont diverses entre un fils/fille d'associés sortis de l'école, avec une période d'essai sous le statut d'aide familial et un jeune père de famille qui quitte son emploi pour s'essayer au sein d'un Gaec. Nous devons résoudre deux difficultés principales, celle de la rémunération et celle du statut social de l'associé stagiaire". Gaec et Sociétés propose quelque soit le lien familial de porter la rémunération au Smic sans surcoût de cotisations sociales et d'assurer une prise en charge partielle du coût de l'accompagnement relationnel estimé à plus de 2 000 € par associé stagiaire.
L'Etat, la MSA mais aussi les organisations professionnelles nationales (APCA, FNSEA, JA...) sont attendues sur ce dossier. Des adhérents engagés dans les départements s'impatient : "il faut une implication des nationaux, il faut une dynamique au niveau de Paris". Car il y a urgence à installer des agriculteurs mais aussi à éviter des casses entre associés. "Nous, nous n'avons pas eu le "droit à l'essai" : cela nous a coûté cher financièrement et physiquement", témoigne une agricultrice.

 

Le Gaec du Menhir cultive la bonne entente

Congrès Gaec et Sociétés

Au Gaec du Menhir à Quessoy (22), Jérémy Caro a rejoint les deux associés, producteurs de lait, Sébastien Duros et Denis Gibet. Complicité, confiance, bonne entente... au sein du Gaec, entre les associés, le relationnel et l'organisation semblent couler de source, comme une évidence. Cependant, ici, l'installation s'est faite en deux temps.
Jérémy s'est installé le 1er octobre 2015 et connaissait déjà la ferme puisqu'il y a travaillé comme apprenti quatre ans jusqu'en 2012. Salarié de Cuma, d'ETA et d'un groupement d'employeurs, il roule sa bosse avant d'être de nouveau en contact. "Nos parents qui nous aidaient sur la ferme devenaient âgés, nous ne voulions plus d'apprenti après une mauvaise expérience", relate Denis Gibet. Jérémy s'installe donc sans reprendre de ferme avec une rallonge de 400 000 litres de lait. Le Gaec comprend 115 vaches laitières, 1,2 millions de litres de lait, un roto et 180 ha. Ici point de réglement intérieur, communication et bienveillance fonctionnent. "Mais le document intérieur est fortement conseillé !", insistent les congressistes en visite au Gaec. Horaires, vacances, assurances, rémunération, responsabilités, répartition des tâches... Un réglement intérieur écrit, détaillé, remis régulièrement à jour, aura du sens s'il arrive un clash, préviennent les spécialistes.

 

Témoignage. "On ne parle pas d'échec, mais d'apprentissage"

Congrès Gaec et Sociétés

Jean-François et Florence Guillemaud du Gaec de la "coulée douce" près de Ploermël (56) ont expérimenté le droit à l'essai avec Olivier Nicolas, âgé de 46 ans, sous le statut de stagiaire Pôle Emploi. Entre temps, la fille des agriculteurs, Salomé, a exprimé le souhait de s'installer également après des études en urbanisme. L'accompagnement et les échanges avec la conseillère en relations humaines, Nathalie Darras, ont mis à jour des difficultés. "Il n'était pas pas possible pour Olivier de s'associer avec moi car il avait des craintes sur ma capacité à travailler", relate Salomé Guillemaud. Olivier Nicolas est donc parti. "Malgré des discussions douloureuses, le dialogue ne s'est jamais rompu avec lui", ajoute son père. "Il est maintenant paysan boulanger avec sa compagne, il est humainement épanoui et serein".
À Gaec et Sociétés, dans le cas présent, il ne s'agit surtout pas d'un échec mais d'un "apprentissage". Au final, il y a bien eu deux installations.

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