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Son foncier permet une installation et restructure deux exploitations

Producteur de lait à Poullan sur Mer (29), Jean-Claude Péron, 57 ans, souhaitait lever le pied. Après réflexion, il décide de céder la moitié de son foncier et contacte la Safer. D’abord attribués à un jeune en cours d’installation, à 14 km de là, ses 32 ha seront aussitôt échangés, permettant au passage la restructuration d’une autre exploitation.

De gauche à droite : Jean-Claude Péron, éleveur à Poullan sur Mer, Cédric Tymen, en cours d’installation à Plogastel Saint Germain, et Alain Elégoët, conseiller foncier à la Safer Bretagne

Céder la moitié de son foncier en propriété à quelques années de la retraite… La démarche, loin d’être courante, est celle qu’a choisi Jean-Claude Péron après mûre réflexion. Petit retour en arrière. En 1990, il profite du départ en retraite de son oncle et sa tante pour reprendre une dizaine d’hectares, à 7,5 km de la ferme familiale, et s’installe en Gaec avec son père puis avec sa mère quand ce dernier fait valoir ses droit à la retraite. Quelques années plus tard, elle cesse à son tour son activité et le jeune agriculteur se retrouve seul.

 

32 ha à 2,5 km

En 2007, les premiers emprunts remboursés, il agrandit son exploitation à 2,5 km de chez lui. "C’était une opération amiable que nous avions menée, explique Alain Elegoet, conseiller foncier à la Safer. Jean-Claude Péron a récupéré la moitié des 32 ha mis en vente et le droit à produire qui y était lié". Le troupeau passe donc de 45 à 65 vaches, pour un quota avoisinant désormais les 500 000 l de lait.
Deux ans plus tard, toujours dans ce périmètre des 2,5 km, une autre opportunité se présente, toujours sous l’égide de la Safer. "Mais cette fois, c’était chez un producteur de porcs, suite à la demande de préemption d’un agriculteur voisin". Et c’est pour l’éleveur l’occasion d’un premier échange foncier. "Cela faisait plus de 15 ans que j’exploitais des terres à 7,5 km. Pour y accéder, il me fallait passer par le bourg. Au début, mon oncle puis mon père surveillaient les animaux. Puis ils sont décédés tous les deux. Et c’est devenu une contrainte". Entre-temps, sa mère en avait hérité, avant de les lui vendre.
En échange de 16 ha à proximité de chez lui, il cède donc ces 10 ha, qui permettent à la Safer de restructurer une autre exploitation, à l’autre bout de la commune. "Le gain a été immédiat, constate Jean-Claude Péron. J’ai calculé que, pendant que je vidais une tonne à lisier à 7,5 km de chez moi, j’en vidais trois sur mes nouvelles terres". Sur ce site, une ancienne porcherie lui permet aussi de stocker du foin, de la paille, du matériel...

Dix ans plus tard, la fatigue commence à se faire sentir.

Lever le pied

Dix ans plus tard, la fatigue commence à se faire sentir. "Mon épouse travaille à l’extérieur. Et même si, grâce à Finistère remplacement puis Partag’emploi, un salarié vient m’aider l’équivalent de deux jours par semaine, je suis seul sur la ferme le reste du temps". Ses deux filles ne souhaitant pas reprendre l’exploitation, il se pose des questions sur sa fin de carrière. "Diminuer le lait et produire des céréales sur les terres les plus éloignées ? C’est encore du travail, notamment au moment des semis et des récoltes".
La solution sera plus radicale, avec la vente de cet îlot de 32 ha. Et puisqu’il avait été satisfait du travail de la Safer, c’est tout naturellement vers elle qu’il se tourne à nouveau. "Entre-temps, Christophe, le salarié de Partag’emploi, avait parlé de mon projet au Gaec de Saint Avé, où il travaille aussi". Et immédiatement, la connexion se fait ! "La société Blanchard, productrice d’oeufs à Poullan sur Mer, travaille aussi des terres près de chez nous, indique Cédric Tymen. C’était l’occasion de procéder à un échange de foncier, qui leur permettrait de gagner 14 km sur une trentaine d’ha".
Parti enrichir son expérience professionnelle en Nouvelle Zélande à l’issue de ses études agricoles, le jeune homme pensait s’installer avec son père et son oncle, producteurs de lait bio à Plogastel Saint-Germain d’ici quelques années. L’opportunité qui se présente, un bloc de 30 ha à la porte de leur exploitation, le pousse à accélérer sa réflexion, lui qui souhaite miser sur l’herbe.

 

Un échange gagnant-gagnant

Jean-Claude Péron, qui a déjà procédé à un échange de 3,5 ha avec la société Blanchard en 2012, les contacte à nouveau. Et, une fois obtenu leur accord de principe, la procédure s’enclenche, avec une promesse de vente signée auprès de la Safer en été 2019. "Lors de l’appel de candidatures, cinq agriculteurs ont déposé un dossier, pour tout ou partie de la surface en vente", indique Alain Elegoët.
Mais la Safer ne retient que le dossier de Cédric Tymen qui, en attendant son installation, en avril prochain, est pour l’instant salarié du Gaec de Saint Avé. "Le Covid a un peu retardé la transaction : la vente s’est finalement faite le 24 avril dernier chez le notaire, suivi d’un échange de foncier dans la foulée". Un échange pour lequel la chambre d’agriculture a monté un dossier de demande de subventions auprès du conseil départemental du Finistère, pour une prise en charge d’une partie des frais de notaire
Depuis, Jean-Claude Péron a revu son organisation. "Il me reste une trentaine de vaches et autant de génisses, indique l’éleveur, passé à la monotraite. Je n’insémine plus aucun animal. Et je vends mes vaches au fil des fins de lactation, après les avoir correctement finies". Déjà, il songe à sa fin de carrière, d’ici quelques années. "Céder les terres familiales sera sans doute plus compliqué", reconnaît-il. Installer un jeune ? "Pourquoi pas ? Un voisin devrait cesser son activité à peu près au même moment. On pourrait faire appel à la Safer".

 

À l’amiable ou par préemption ?

"Contrairement à ce que beaucoup d’agriculteurs croient, la Safer n’exerce son droit de préemption que dans 10 % des dossiers qu’elle traite", explique Alain Elégoët, conseiller foncier dans le Finistère Sud. Dans 90 % des cas, c’est donc un propriétaire qui souhaite vendre son exploitation qui la contacte directement. "Dans ce cas, on se met d’abord d’accord sur un prix, encadré. Et c’est la Safer qui se charge de la publicité et de trouver des candidats puis de désigner les attributaires". Une solution qui arrange nombre de cédants, peu enclins à gérer des conflits entre voisins, voire à se fâcher avec certains.
Informée de toutes les ventes de foncier par les notaires, plus de 30 000 par an en Bretagne, la Safer commence par en informer tous les syndicats de chefs d’exploitation agricole, la chambre d’agriculture, les collectivités locales avec qui elle a signé une convention…, ce qui permet de diffuser largement l’information. "C’est notre mission de transparence du marché foncier rural". Elle peut ensuite préempter à la demande d’un agriculteur ou d’un propriétaire, qui a eu vent de la transaction. "Attention, prévient Alain Elégoët. La Safer ne peut pas préempter quand il s’agit de vente au sein d’une même famille jusqu’au 4e degré ou lorsque c’est le locataire qui achète un foncier qu’il exploitait depuis au moins trois ans : il est prioritaire".
L’activité de la Safer est très encadrée. "Le comité technique départemental, dans lequel siègent des représentants de l’État, les conseils régional et départemental, tous les syndicats agricoles, les syndicats de la propriété rurale et forestière, les chasseurs, la chambre d’agriculture, les banques et assurances, l’association de protection de l’environnement Bretagne vivante…, va émettre un avis, détaille le conseiller. C'est le Parlement du foncier". C’est ensuite le comité directeur et le conseil d’administration de la Safer qui décident. Puis les commissaires du gouvernement, représentant les ministres de l’agriculture et des finances, valident toutes les attributions, avec un droit de veto.

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