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Installation transmission
« Un bâtiment agricole doit rester agricole »

Organiser et mieux accompagner la transmission, pour faciliter les installations, est un enjeu primordial pour Alain Guihard, en charge de l'urbanisation et des relations avec les collectivités territoriales à la chambre d'agriculture du Morbihan. Des outils existent, des expériences s'inventent car vente directe et circuits courts concernent désormais le tiers des installations en Morbihan. Un phénomène loin d'être marginal. Mais en la matière, chacun doit assumer son rôle plaide l'élu, éleveur laitier à St Dolay.

 

 

Quelles sont les initiatives des collectivités territoriales qui investissent sur l'installation sur leur territoire.?

Nous sommes sollicités par des collectivités inquiètes qui veulent maintenir l'activité agricole sur leur territoire. Comment entretenir les espaces quand l'agriculture disparaît ? C'était le risque sur Locmariaquer. La commune voulait installer mais il n'y avait pas de bâtiment. On a obtenu le permis de construire d'un hangar agricole sur un terrain communal où des jeunes se sont installés en maraîchage. J'attire l'attention sur le piège du changement de destination des bâtiments ! Un bâtiment agricole doit rester agricole. C'est encore plus vrai sur les îles ou sur la côte, avec la menace que fait peser la loi littorale. Par méconnaissance, les collectivités n'utilisent par ce pouvoir mais si on veut maintenir l'agriculture sur le territoire, à chacun de jouer son rôle. Et en partenariat, qu'on se mette d'accord pour accompagner et installer. C'est essentiel pour le Morbihan et la Bretagne. Sans l'agriculture, c'est le béton qui menace.

 

Vous en appelez à plus de civisme des agriculteurs cédants ?

Oui, quand on a bénéficié de l'aide de l'Etat pour refaire un hangar agricole ou des bâtiments et qu'on a été bien content de trouver cette aide pour exercer son activité agricole, quand on arrive à la retraite, il n'est pas normal d'en changer la destination. Un bâtiment agricole doit le rester. Je le répète. Et puis nous avons été contents qu'on puisse nous transmettre des exploitations pour vivre de ce métier. Transmettre ! L'avenir passe par le renouvellement des générations. Il y a plein d'outils, on peut valoriser en transmettant son exploitation.

 

En quoi l' agriculture avec circuits courts a-t-elle besoin d'être accompagnée ?

Parce qu'elle répond à de nombreuses attentes, d'une part sociétale mais aussi des collectivités et avant tout des porteurs de projets eux-mêmes. Mais ils ne doivent pas se tromper sur la finalité qui est aussi de répondre à un marché, de faire vivre une famille. Or la filière est mal organisée. A terme, on peut courir à l'échec. Il faut qu'elle se structure et mette plus de collectif pour faire face à des productions très gourmandes en temps de travail. Car plutôt que de produire 36 légumes en jetant 50 % du surplus non vendu, comme cela arrive couramment, mieux vaudrait en produire 10 et vendre les légumes des autres. Il y a de petites coops à mettre en place. Il faut aussi penser à la restauration collective par un approvisionnement stable et régulier. Il y a beaucoup à construire avec de l'accompagnement.

 

Quel est le principal frein à l'installation de l'agriculture avec vente directe ?

C'est l'accès au foncier alors que ce sont des projets peu gourmands en terre. Quand une exploitation de 50 à 60 ha est vendue, on pourrait mettre 10 ha pour ces projets. Mais on fait aussi face à la méfiance des propriétaires. Ils se demandent s'ils vont être payés de leur fermage. Il faut les rassurer sur ces projets tout à fait viables. Il faut aussi que les porteurs de projets aillent se faire connaître sur le territoire, rencontrent les élus des communes, les responsables agricoles et syndicaux, tous. Il n'y a rien de tel que d'expliquer son projet pour convaincre les autres. Car la concurrence est rude. Porteurs de projets, allez cherchez le foncier car ceux qui sont en place y vont.

 

 

Propos recueillis par Claire Le Clève

 

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