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Acceptabilité sociétale : ouvrir, montrer et démontrer

Alors que s’ouvre dans quelques jours en mairie d’Arzal (56) leur dossier d’enquête publique, les associés de la SCEA de Kerollet ont grand-ouvert les portes de leur exploitation, vendredi et samedi derniers à plus de 2 200 visiteurs, avec un plan de communication affûté. Objectif ? Montrer pour démontrer à ceux qui les entourent toute la cohérence d’un système nourricier, circulaire dans ses échanges de matières, tout juste labellisé HVE, pour haute valeur environnementale. L’intérêt : répondre en direct aux interrogations pour éteindre le risque de controverse en prouvant que le cercle est vertueux. 

Sur les 250 ha de Kerollet à deux pas de l'estuaire de la Vilaine : 220 laitières, 2 millions de litres de lait, 735 t de légumes sur 50 ha avec retenue collinaire, 650 kW de production photovoltaïque, 700 kW générés par méthanisation, et de la chaleur pour sécher 30 000 t de bois plaquette et les fourrages produits en autonomie sur 30 ha de prairies temporaires et 20 de luzerne, fauchées.

"On est parti d’une feuille blanche. Ici, il n’y avait rien", raconte de leur histoire, Bruno Calle, l’un des trois associés de la SCEA de Kerollet. Devant lui, une dizaine de journalistes, spécialisés ou non. Dehors, 100 bénévoles vêtus d’une même chemise bleu ciel, au nom de l’exploitation, sont en charge de l’accueil du public, scolaires du primaire d’Arzal compris, et de leur redéploiement vers les stands des partenaires, "ils vont être nos voix et répondre à toutes les questions qui seront posées", enchaîne-t-il.

 

Trois pôles en cohérence

Quand vous voyez les bâtiments, vous pourriez peut-être vous dire que c’est une ferme usine et bien non", objecte l’éleveur, parant à l’éventuelle controverse en ramenant production et surface au nombre d’ETP : 5,2 et s’attachant à démontrer l’approche systémique et circulaire des productions mises en place par l’échange de matières premières entre les trois pôles de production, le tout en cohérence. "Ça fait 20 ans qu’on construit, qu’on innove et qu’on bouge, pour faire plus, peut-être, pour faire mieux, certainement", justifie-t-il avec le sens de la formule. Dont actes pour assumer la vocation nourricière de leurs productions, mais pas que.

 

L’écosystème de la ferme

Ainsi, les 220 vaches laitières traites au robot (trois bientôt quatre), produisent deux millions de litres de lait livrés dans l’usine voisine d’Agrial à Herbignac. Une vocation alimentaire de l’agriculture constamment évoquée, avec l’équivalent de mozarella produite avec leur lait (lire encadré) et de pizzas garnies. 10 % de la production sont transformés sur place par une jeune femme qui fabrique et écoule ses produits laitiers sur les marchés et dans la restauration locale "y compris au domaine de Roche Vilaine, étoilé", affaire d’image. 220 génisses constituent la suite. Élevés en stabulation (90 unités d’azote libérées ainsi par vache contre 120 au pâturage...), nourris au robot, ces animaux produisent des déjections fraîches au pouvoir hautement méthanogène dirigées vers l’unité de méthanisation. Quant au digestat ? "Nous l’épandons et avons fait l’économie des 50 t d’engrais minéral qu’il nous fallait auparavant". 75 % de l’alimentation du digesteur provient de leurs déchets, 25 % de l’extérieur avec des équilibres amenés à évoluer notamment grâce à l’apport d’exploitations voisines, tant en termes d’effluents d’élevage que de refus alimentaires.

Ça fait 20 ans qu’on construit, qu’on innove et qu’on bouge, pour faire plus, peut-être, pour faire mieux, certainement.

Énergiculture aussi

L’objectif étant de pallier "ce que Cargill nous apportait avec une rétribution de 2 euros la tonne pour les débarrasser de leurs déchets. Désormais il faudrait qu’on leur paye 14 euros la tonne pour les en débarrasser. On préfère récupérer les lisiers de nos voisins, jeunes installés qui manquent de capacité en fosses". Plus de 700 kW sont ainsi produits depuis 2012 auxquels s’ajoutent les 650 générés par les panneaux photovoltaïques couvrant les toitures depuis 2009, 50 sont auto-consommés. De 20 ha, les associés sont passés à 50 ha de légumes irrigués par un réseau de près de 7 km depuis la retenue collinaire de 85 000 m³, alimentée par les eaux de drainage, hors étiage, et compensée par la création d’une zone humide de 7 000 m2.
Aux 120 ha de maïs et pour assurer la qualité et l’autonomie alimentaire pour leur troupeau, les associés récupèrent la chaleur issue de la cogénération. Elle leur permet de sécher les six à sept fauches annuelles de luzerne sur 20 ha, à haute valeur alimentaire pour le troupeau, ainsi que celles des prairies temporaires (30 ha), sans oublier le séchage de plaquettes de bois issues des exploitations voisines et de forestiers et élagueurs…

 

Bientôt un data-center sur l’exploitation ?

Il manque encore un peu de chaleur pour sécher mieux et plus vite leurs fourrages à haute valeur alimentaire. "Nous avons été approchés par une start-up, Datafarm", reconnaît Erwan Calle. "Les data-centers consomment de l’électricité et émettent beaucoup de chaleur. Nous pourrions les alimenter avec nos énergies renouvelables et récupérer leur chaleur pour sécher et refroidir". La trigénération bas carbone… Un projet "gagnant gagnant", comme ceux qui les lient à de nombreux partenaires dont l’école vétérinaire de Nantes sur les futurs matelas à eau pour leur animaux. "Ils ont besoin de plus de confort et de bien-être, nos vaches sont urbaines, ne sortent pas", image Erwan Calle, en charge du pôle élevage. Ils ont, pour éviter la nuisance des va-et-viens des engins, créé de toute pièce un nouvel accès qui ne passe plus par le village. Coût ? 150 000 euros payés sur leurs propres deniers. "Et acheter la paix. Certains ont le nez sensible, on racle les déjections pour améliorer les choses, on a même fait venir un jury de nez pour voir jusqu’où les odeurs se dispersaient", racontent-ils.

 

D'un problême une solution

"On est toujours ouvert à la discussion et d’un problème, on essaie de faire une solution", résument ces éleveurs sur leur état d’esprit, ce à la veille de voir s’ouvrir l’enquête publique, du 15 septembre au 16 octobre. En jeu ? Régulariser et porter l’effectif à 290 laitières "pour valoriser tous nos fourrages, faire le même volume avec plus de vaches et moins de maïs" et porter la méthanisation de 60 à 70 t/jour de matières organiques. "Si, dans toutes les communes de Bretagne, il y avait une installation comme la nôtre, nous serions en autonomie électrique. Il faut savoir ce que l’on veut mais s’il n’y a plus d’électricité, on n’ouvre plus le frigo", résume Bruno Calle d’un enjeu qui dépasse Arzal.

 

Nourrir, une vocation

"Nourrir, c’est bien notre vocation", les associés de la SCEA de Kerollet ont donc souhaiter traduire en chiffres la contribution de leur exploitation à l’alimentation humaine. Ainsi les 48 ha de légumes implantés cette année transformé par Eureden :
- 13 ha de petits pois : 158 000 boites de conserve 4/4,
- 6 ha de carottes : 732 000 boites de conserve 4/4,
- 22 ha de haricots verts : 517 000 boites de conserve 4/4,
- 5 ha de flageolets : 66 000 boites de conserve 4/4.

Ainsi les 2 millions de litres de lait :
- 10 % transformé sur place,
- Le reste du lait est livré à Agrial qui le transforme sur son site d’Herbignac en 280 tonnes de mozzarella maestrella pour garnir 1,85 million de pizzas dont raffolent les français qui en consomment 819 millions par an.

 

Vous avez-dit HVE ?

HVE

"C’est le fruit de 10 ans de travail, c’est une récompense", estiment d’une même voix les trois associés. HVE pour haute valeur environnementale, c’est donc la certification que vient d’obtenir l’ensemble de l’exploitation de Kerollet. C’est aussi la plus haute marche des trois niveaux de la certification environnementale des exploitations agricoles en France. C’est l’une des huit labellisés par ce dispositif au sein de la coopérative Eureden qui compte 20 000 coopérateurs. Basée sur une démarche volontaire, elle identifie et valorise les pratiques mises en œuvre par les agriculteurs dans quatre thématiques en s’appuyant sur des indicateurs de résultats : préservation de la biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et gestion de la ressource en eau. "Sur les phytos on a eu 15/20 et sur les trois autres 19/20 à chaque fois, on a jamais eu ça à l’école !", plaisantent-ils avant de renchérir, "on est fiers de ce que l’on a fait, on est entré dans une démarche de progrès, on a pas la prétention de faire l’unanimité mais c’est du cousu main", résument-ils d’une reconnaissance qui tombe à point nommé. Coté valorisation, Agrial et Charal ont été interpellés car "c’est un nouveau segment de marché à côté du conventionnel et du bio. La HVE ne doit pas se brader, les curseurs sont en train de se caler pour créer une nouvelle gamme chez Eureden en 2021 … Si on peut récupérer 3 centimes par boîte de flageolet, ce sera une marge brute supplémentaire", apprécieraient les associés qui fournissent de quoi remplir près d’1,5 million de boîtes de légumes de conserve par an pour d’Aucy.

 

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