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Affichage environnemental : la difficile équation

L’Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique (Agence bio) organisait mi-avril une conférence en ligne sur le thème : "L’affichage environnemental peut-il orienter le choix des consommateurs ?". Une question qui a amené les intervenants à s’interroger sur l’Analyse du cycle de vie (ACV) récemment critiquée par de nombreuses associations.

Le cycle de vie d'un produit agroalimentaire

Si l’Institut national des appellations d’origine (INAO) reconnaît officiellement sept labels (dont trois pour l’agriculture biologique), il faut aussi compter sur d’autres étiquettes comme les nutriscores et logos privés, dont certains sont fabriqués de toute pièce par les industriels de l’agroalimentaire. Ils mettent en avant des pratiques différentes et parfois intéressantes, ont concédé les intervenants des différentes tables-rondes. "Car elles permettent de faire évoluer les cahiers des charges", a affirmé Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio. Cependant, peu d’étiquettes prennent en compte l’affichage environnemental, notamment l’impact du bio. Car "modéliser l’activité agricole reste complexe", a expliqué Nathalie Sautereau, responsable du pôle durabilité à l’Institut technique de l’agriculture biologique (ITAB).

 

"Le vivant ne se met pas en boîte"

Pour Fabrice Boissier, directeur général délégué de l’Agence de la transition écologique (Ademe) il faudrait déjà faire un peu le ménage dans l’affichage et "exclure les autoallégations et logos privés de certains industriels. Ça dégagerait le paysage", a-t-il clairement dit. L’Ademe a d’ailleurs lancé une vingtaine d’expérimentations sur l’affichage environnemental basé sur la méthode d’évaluation normalisée "Analyse du cycle de vie" (ACV). Elle rendra publics les résultats de ses tests dans le courant de l’automne. Reste que la méthode ACV, bien que partagée au plan international, est sous le feu des critiques puisque les critères aujourd’hui retenus font que le soja importé du Brésil obtient une meilleure note que celui cultivé en France ou en Europe.  L’interprofession bétail et viandes (Interbev), mécontente de cette méthode avait lancé, début avril, des travaux spécifiques visant à proposer une alternative. Elle souhaite que l’ACV tienne compte d’autres indicateurs comme le nombre de m² de biodiversité préservée par kilo de viande produit, mais également la valorisation de l’herbe, le stockage carbone lié à l’élevage ainsi que l’entretien des paysages. Il est vrai que l’élevage contribue notamment à enrichir les sols, éviter les risques d’érosion, de feux de forêt et d’avalanches. Sabine Bonnot acquiesce sur le fond et remarque qu’il est plus simple de tracer un téléphone portable qu’une côte de bœuf.  "Le vivant ne se met pas en boîte" , a-t-elle résumé.

Nutriscore a été conçu en cinq ans.

Bien-être des producteurs

Lisa Faulet, chargée de mission alimentation à CLCV souhaiterait que les consommateurs soient aussi associés à cette démarche d’affichage environnemental et qu’on y inclut d’autres critères comme les circuits courts, le potentiel recyclage des emballages, le bien-être animal (BEA) mais aussi la rémunération des producteurs et "pourquoi pas leur bien-être ?" s’est-elle interrogée.
Si ce dernier devait voir le jour, faudrait-il le rendre obligatoire ? Sur ce point, les avis restent très partagés. La CLCV se prononce pour et Anne-Claire Asselin abonde dans son sens, "si c’est optionnel, il n’aura pas la même force que s’il est obligatoire". En revanche, François Boissier pense qu’il faut s’en remettre "à la responsabilité de chacun", citant l’exemple du Nutriscore qui commence à entrer dans les mœurs. Encore faut-il que les entreprises aient les moyens financiers de s’inscrire dans une telle démarche car le coût peut atteindre jusqu’à 10 000 euros par produit. Et pourquoi ne pas tenir compte aussi de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, "avec un critère bien-être des salariés ?", a interrogé Sabine Bonnot. "Nutriscore a été conçu en cinq ans", a rappelé Pierre Slamich, cofondateur d’Open Food Fact (Ecoscore). Autrement dit, il reste encore du temps avant qu’un affichage environnemental à la mode Nutriscore, c’est-à-dire fiable, lisible et accepté par l’ensemble de la filière agroalimentaire et des consommateurs, voit le jour. "Il faut être prudent sur l’affichage environnemental unique", a conclu Philippe Henry, président de l’Agence Bio. "Il ne sera pas parfait. Mais qu’il reprenne au moins l’essentiel".

 

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