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Agriculture, quelles stratégies bas carbone ?

Mobiliser les acteurs du territoires sur la diminution de leur empreinte en matière de GES, gaz à effet de serre. C’est tout l’objet du PCAET, Plan climat air énergie territorial. De l'Oust à Brocéliande Communauté (56) a mis le sien sur pied, validé prochainement. Mi décembre à Ruffiac, il s’agissait de faire le point sur la stratégie bas carbone, ses labels et multiples méthodes, ses crédits. Touffu.

En plus de faire fondre les charges opérationnelles, les leviers bas carbone sont nombreux en élevage passant par la diminution de l’âge au premier vêlage, la gestion des déjections animales, l’augmentation des surfaces en prairie, l’implantation de haies et l’allongement et choix des rotations…

Obligatoire, le carbone ne concerne que de rares secteurs, à peine 15 % des émissions mondiales (industrie, production d’énergie) ont l’obligation de mettre sur le marché un nombre limité d’émission de quotas. Et puis il y a le marché volontaire. Créé en France en 2018, par le ministère de la Transition Écologique et Solidaire, il concerne tous les secteurs : forêt, agriculture, transports, bâtiment, etc. Son principe est simple : "Il s’agit de récompenser des démarches de progrès pour que tous les acteurs réduisent leurs émissions", cadre Clara Vianey, conseillère énergie-climat à la chambre régionale d’agriculture. Soit encourager et rémunérer les comportements réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES) et augmentant le stockage de carbone.

 

Un label Bas carbone, de multiples méthodes

Sous le label Bas carbone, des méthodes qui doivent être approuvées et certifiées : chaque filière peut déposer la sienne. Chacune des méthodes permet de quantifier le stockage de carbone et les réductions des émissions de GES. Cinq sont certifiées au niveau agricole, trois au niveau forestier. Par exemple, la méthode Carbon Agri (déposée par l’Idele et validée en 2019), cadre les exigences et les modalités de calcul de réductions de l’empreinte carbone (émissions moins stockage) en élevages bovin et caprin. Elle est basée sur l’outil Cap2ER qui permet d’évaluer l’empreinte carbone de l’exploitation. Ses objectifs visent à la réduire, en mettant en œuvre des leviers d’action identifiés, à certifier ces réductions d’émissions pour intégrer le marché du carbone et, en conséquence, être rémunéré des économies d’émission constatées et mises sur le marché.

Récompenser des démarches de progrès pour que tous les acteurs réduisent leurs émissions.

Premier marché à 30 e la tonne de CO2 évité

En Bretagne, 14 éleveurs laitiers accompagnés par la Chambre prévoient de réduire de 8 000 tonnes équivalent CO2 (éqCO2) en cinq ans, soit 600 t éqCO2 par éleveur.
Dans d’autres régions, ce sont en moyenne 200 t éqCO2 par éleveur. Avec un moyenne 400 t éqCO2 évitées sur cinq ans, ce sont potentiellement 12 000 € par exploitation qui sont escomptés sur le marché carbone. "Ce n’est pas une rémunération, juste une contrepartie pour le temps passé et la perte surfacique", estime Loïc, l’un des éleveurs présents. "L’idéal, c’est de ne pas avoir réfléchi au sujet avant", constate Valérie Gru, élue de la chambre d’agriculture de Bretagne et éleveuse de porcs à Saint Marcel car "vous serez payés à la hauteur des tonnes évitées".
Quant aux leviers ? "Conduite du troupeau, diminution de l’âge au premier vêlage, gestion des déjections animales, alimentation, réduction de la consommation des énergies fossiles, surfaces en prairie, choix des couverts, implantation de haies, allongement des rotations…, les leviers sont nombreux", assure Clara Vianey qui voit aussi le moyen de faire fondre les charges opérationnelles.

 

Des intermédiaires sur le marché et des coûts

Pour "dynamiser la mise en place des projets de réduction en France", les représentants des éleveurs - Fédération des éleveurs laitiers en tête -, ont créé l’association France Carbon Agri, mandataire et interlocuteur, dont la volonté est "d’agréger pour faire des économies d’échelles". S'engager dans une démarche bas carbone avec cette associationpeut se faire avec l'accompagnement technique de la Chambre d'agriculture et l'appui juridique de la jeune association Alli'Homme pour un coût total de 2 040€ sur cinq ans, plus 2% du montant du carbone économisé sur le temps du projet. Une partie peut être "prise en charge à 90% pour les jeunes installés", encourage Clara Vianey.
Reste que les applications du label bas carbone sont difficilement réductibles à la seule visée commerciale. Elles ouvrent d’autres perspectives qui pourraient trouver, au travers de la nouvelle PAC (lire encadré Sols agricoles), une reconnaissance de pratiques plus vertueuses, coup de pouce à ceux qui cherchent à réduire avant de compenser.

 

Pratique :

Pour développer un projet bas carbone labellisé, les contacts en chambres d'agriculture :
- Méthodes forestières : Pierre Brossier 06 18 44 72 06
- Méthode Carbocage : Samuel Le Port 06 08 41 56 77
- Méthodes Ruminants et Grandes Cultures : Clara Vianey 06 37 11 92 34

Formations agricoles proposées : 

- Pratiquer une gestion durable des haies pour accéder au marché du carbone : 27 janvier 2022 Ploërmel ; 17 février 2022 Rennes ; 10 mars 2022 Plérin.
- Découvrir la méthode du bilan carbone en élevage laitier ou viande et les dispositifs du marché du carbone : 27 janvier et 10 février 2022 Rennes.

 

Carbocage, la méthode haies bas carbone

Pour toutes ses aménités, l’arbre est un véritable couteau suisse du climat en contribuant à l’atténuation du réchauffement climatique. "Le projet Carbocage est né de ce constat", rappelle de génèse, Samuel Le Port, conseiller forestier et agroforesterie de la chambre d’agriculture. Une méthode, certifiée, estampillée d’un double label, Bas carbone et Label Haie, en phase avec les objectifs des PCAET, complémentaire au programme Breizh Bocage et MAEC bocage. C’est un engagement sur quinze ans. "Pour être éligible, le projet doit faire l’objet d’un plan de gestion durable des haies". La rémunération est négociable. Car la haie est un véritable puits à carbone. Il est en moyenne de 5 tonnes éqCO2 par an par kilomètre. Si la biomasse aérienne d’un arbre, la litière et le sous étage constituent 42 % du carbone stocké, c’est dans le sol (51 %) et dans ses racines (7 %) que réside le compartiment le plus élevé de stockage. "Plus de 100 kilomètres de haies ont été plantées sur le territoire De l'Oust à Brocéliande Communauté", rappelle Carine Auguste, cheffe du service habitat, énergie, urbanisme et aménagement à De l'Oust à Brocéliande Communauté. Des haies qui trouvent aussi leur valorisation au travers des filières de bois énergie locales : elles sont au nombre de six en Bretagne, dont la SCIC Argoat-énergie qui a fourni aux collectivités locales près de 2 700 t de bois plaquettes en 2021. Elle voit avec l’émergence du projet Silva de l’entreprise de cosmétiques Yves Rocher, basée à la Gacilly (56), poindre un besoin annuel de 4 200 tonnes de bois dont 3 378 t de "bocager" : il y a donc de forts besoins locaux.

 

Sols agricoles : Bruxelles veut y stocker 42 Mt de CO2

La Commission européenne mi-décembre avec "les cycles du carbone durables" a proposé des pistes pour recourir plus largement au stockage du carbone dans les sols agricoles. Ce plan propose dans un premier temps de promouvoir les bonnes pratiques (agroforesterie, conversion de terres en jachères ou en prairie permanentes, cultures dérobées…) dans le cadre de la nouvelle PAC, avec ses éco-régimes notamment. Dans un second temps, d’ici fin 2022, un cadre réglementaire pour la certification des absorptions de carbone reposant sur des exigences et des règles de comptabilité "solides et transparentes" sera présenté. Une fois en place, il permettra aux gestionnaires de terres, les agriculteurs entre autres, d’obtenir des paiements générés par la vente de crédits sur les marchés volontaires du carbone à des entreprises souhaitant compenser leurs émissions. La Commission européenne espère ainsi stocker d’ici 2030 42 Mt de CO2 dans les puits de carbone naturels européens. / Agra

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