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Covid-19 : changement de cap pour les "agri-communicants" ?

La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 modifie les pratiques agricoles ainsi que la distribution et la consommation alimentaires. Mais va-t-elle faire évoluer la communication collective liée aux questions agricoles, environnementales et alimentaires ? La question était posée aux communicants du monde agricole lors d'une session de l'Académie d'agriculture de France. Les plus jeunes, entrés ou non dans la profession, semblent s'emparer des nouveaux médias pour y répondre.

"Nous devons ouvrir nos fermes pour faire connaître nos métiers, pour nous permettre de nous renouveller et de montrer l'amour que l'on porte à notre agriculture et au travail bien fait", estime Rémi Dumas, secrétaire général adjoint des Jeunes agriculteurs, viticulteur dans l'Hérault.

Changements de tons dans les messages des métiers agricoles destinés aux jeunes, nouvelles interrogations sur l'avenir, dialogue entre urbains et ruraux, l'agriculture n'a jamais eu tant besoin de justifier ses faits et gestes. La rançon d'un intérêt grandissant de la société pour son agriculture et pour son assiette. Un intérêt massif qui change la donne donc ! Mais doit-il être pris en compte par les agriculteurs et agricultrices comme un nouveau pan de leur métier ? La réponse est oui pour Rémi Dumas, secrétaire général adjoint des Jeunes agriculteurs, viticulteur dans l'Hérault et qui assure la visioconférence depuis sa cabine de tracteur. "Avec cette crise, le monde agricole a touché un nouveau public. La présence des Français dans leur maison leur a permis de découvrir le travail des cultures dans les campagnes". Un fort intérêt qui révèle aussi la méconnaissance du métier. "Nous devons ouvrir nos fermes pour faire connaître nos métiers, pour nous permettre de nous renouveller et de montrer l'amour que l'on porte à notre agriculture et au travail bien fait", estime le jeune viticulteur.

Les réseaux sociaux ne permettent pas toujours de sortir de notre bulle. Il faut veiller à ne pas faire de la communication consanguine.

De nouveaux modes de communication

La Covid-19 a figé la communication des agricultrices et agriculteurs. "La pandémie a clôturé précipitamment le Salon de l’agriculture 2020 à Paris, l’amputant d’une journée. Cet arrêt brutal de cette célébration annuelle du monde agricole s’est accompagné d’une mise en sommeil prolongée et discontinue, au gré des confinements et couvre-feux successifs, de la communication des filières agricoles", se rapelle Guillaume Lefort, président d’Agridemain. Les traditionnelles fêtes animées par les agriculteurs, l'ouverture des exploitations au grand public n'ont pas pu s'organiser. "Beaucoup d’agricultrices et agriculteurs ne s’y sont pas risqués, ne voulant pas être à l’origine de clusters", explique Guillaume Lefort. Et d'ajouter : "comme tout le monde nous avons organisé nos premières réunions Zoom, avec des agris dans les tracteurs, nous nous sommes emparés des réseaux sociaux en nous associant avec des chefs cuisiniers pour mettre en avant nos produits... Nous avons aussi communiquer largement sur l'importance de la souverrainté alimentaire, notament en cas de crise". Une adaptation rapide au contexte qui comporte aussi des limites. "Les nouvelles technologies comme les réseaux sociaux ne permettent pas toujours de sortir de notre bulle. Il faut veiller à ne pas faire de la communication consanguine en allant vers les autres et avoir des relais qui ouvrent vers d'autres sphères d'intérêts", prévient le président d'Agridemain.

 

Pour de nouvelles habitudes d'achats ?

Communiquer plus... oui mais pourquoi ? Au delà de véhiculer une image positive de l'agriculture, les "agri-communicants" peuvent aussi être dans une démarche commerciale en souhaitant valoriser le manger-français. Si 80 % des achats alimentaire se font en grandes surfaces, certains consommateurs ont poussé la porte des fermes pour trouver des produits frais pendant les confinements successifs. "De nombreux commerces de bouche ont été fermés, et les agriculteurs se sont réinventés en ouvrant des points de vente, mais aussi en transformant une partie de leur production...", soutient Rémi Dumas. Cet attrait pour les circuits-courts serait donc à double-sens. "Ces nouveaux débouchés sont gages d'un revenu supplémentaire pour les agriculteurs. Nous devons montrer aux consommateurs que nous sommes des hommes et des femmes qui travaillent le terroir et que nos produits sont qualitatifs. Nous sommes en constante réflexion sur nos modes de production, nous nous adaptons, nous modifions nos pratiques... ce rapprochement avec les consommateurs va simplement accélérer le processus", estime le viticulteur.

 

 

Des bras pour ton assiette : du contexte sanitaire au coup de com'

Covid-19

En matière de communication, il est une démarche qui a permis aux citoyens de découvrir l’agriculture, même si ce n’était pas le but initial recherché. Il s’agit de l’opération Des bras pour ton assiette mise en place par Wizifarm et l’Anefa, visant à trouver de la main-d’œuvre saisonnière pour les travaux agricoles. Les Français, pour certains au chômage partiel du fait du confinement, ont pu se rendre compte concrètement de la réalité du terrain, du plaisir du grand air, tout comme des contraintes du métier et de la pénibilité de certaines tâches. "C’est certainement pour cette raison que beaucoup d’emplois n’ont pu être pourvu mais au moins ont-ils pu prendre conscience que l’agriculture ce n’est pas du jardinage ! ", estime Guillaume Lefort, président d'Agridemain.

 

Des vidéos de plus en plus convaincantes

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Depuis 11 ans, les étudiants des écoles d’agriculture peuvent proposer à un jury d'experts de courtes vidéos sur l’un des aspects des métiers de l’agriculture ou en lien avec le monde rural. Au fil des ans, ce sont plus de 2 000 vidéos qui ont été réalisées et qui sont un témoignage de la représentation de ces métiers par de jeunes étudiants. Plusieurs thématiques reviennent fréquemment dans ces vidéos et semblent significatives des points d’attraits des métiers de l’agriculture pour les jeunes : la relation avec le monde animal, l’attrait pour le machinisme et la mécanique, la fierté de proposer aux consommateurs des produits alimentaires de qualité, l’intérêt pour les questions environnementales et la proximité à la nature, la liberté d’organiser son travail, la fierté pour les filles de défendre leur capacité à réussir dans ces métiers...
"Au delà des aspects techniques des vidéos qui sont de mieux en mieux maîtrisés, je perçois un enthousiasme très fort de ces jeunes à montrer et défendre leur métier, et ce avec beaucoup d'humour. Certaines vidéos sont des vrais perles", estime Sébastien Prin, à l'initiative de ce projet pour le Crédit mutuel. Deux visions du métier cohabitent souvent dans la réalisation de ces vidéos qui sont largement diffusées sur les réseaux sociaux :
- des métiers de techniciens au service d’une industrie et basés sur la maitrise technologique,
- et des métiers d’engagement basés sur des valeurs.
Deux notions fortes que les élèves souhaitent partager au plus grand nombre.

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