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Forestiers : comment restaurer le dialogue avec la société ?

Si les citoyens apprécient la forêt, symbole de nature préservée, et le bois matériau, pour se chauffer ou se meubler, ils sont de plus en plus nombreux à s’opposer à la sylviculture et à la coupe des arbres. Un paradoxe auquel sont aussi confrontés les éleveurs et les industriels de la viande : si l’animal bénéficie d’un capital sympathie et si la viande fait partie de notre patrimoine culturel, l’élevage et l’abattage suscitent l’incompréhension d’une partie de la population. Pourquoi ne pas profiter des expériences des uns et des autres pour avancer sur le chemin d’un dialogue qui reste à construire ?

Opposée aux coupes rases en forêt, une partie de la population ne comprend pas non plus ces grandes piles de bois entreposées au bord des routes, ce qui a poussé l’ONF à y apposer des panneaux explicatifs.

Si, dans leur grande majorité, les Français pensent que la forêt permet de lutter contre l’effet de serre, 74 %, ou la perte de biodiversité, 61 %, ils ne sont plus que 24 % à se rappeler qu’elle fournit aussi du bois d’oeuvre, de l’énergie renouvelable ou du bois de trituration, destiné à la fabrication de pâte de cellulose. Pas étonnant, dans un tel contexte, que la gestion forestière soit ressentie comme une menace pour la survie de la forêt, et ceci que la coupe soit rase, progressive, régénérative… "Un discours que ne comprennent pas les forestiers puisqu’après la coupe, il y a replantation, indique Christian Barthod, ancien sous-directeur de la forêt. Et que les coupes rases ne représentent, tous les ans, que 0,8 % de la surface nationale boisée".

Avant de commencer à discuter, il faut commencer par vérifier et préciser le sens des mots.

Transformer une forêt accueillante en milieu hostile

Si l’opinion publique est si sensible aux coupes forestières, c’est aussi parce qu’en transformant une forêt accueillante en un milieu hostile visuellement, "elles se voient dans le paysage". Et de plus en plus, les forestiers doivent composer avec les Nimby, not in my backyard, que l’on peut traduire par "pas dans mon arrière-cour", des gens qui vont s’opposer aux travaux et ne pas hésiter à se déplacer sur les chantiers.
Mais comment désamorcer le conflit ? "L’information ne suffit pas, estime Christian Barthod. Un sondage a montré qu’un discours technique n’est compris que par 15 % de la population française". Pour répondre aux attentes des 85 % restants, les forestiers doivent sortir de leur zone de confort. "Ils sont souvent perçus comme des gens froids, incapables de sortir du discours technique". Il leur faut donc repérer d’abord les valeurs que représente la forêt pour leurs interlocuteurs. Et montrer qu’ils en partagent un certain nombre. "Les forestiers doivent accepter de mettre une partie de leurs tripes sur la table, dire comment ils vivent la beauté de la forêt, parler de leurs émotions, ce qui n’est jamais simple".

Forestiers

Des mots aux multiples sens

Ils doivent aussi prêter attention aux mots qu’ils utilisent. "Ils n’ont parfois pas la même signification pour leurs interlocuteurs". Et Christian Barthod de citer la forêt. "Le forestier y voit d’abord des arbres alors que la population a une vision bien plus large, avec les oiseaux, les champignons…". De même, si le forestier englobe l’ensemble de la filière bois dans sa vision de la forêt, pour son interlocuteur, lui, la coupure est nette, et jamais la forêt n’évoque le bois matériau. "Avant de commencer à discuter, il faut commencer par vérifier et préciser le sens des mots, et accepter de perdre un peu de temps pour en gagner par la suite".
Mais le jeu en vaut la chandelle. "La coupe rase agite l’opinion publique un peu partout en Europe", constate Christian Barthod. Déjà, elle est interdite en Suisse, et nécessite une autorisation en Autriche, où pourtant la filière bois est vigoureuse, pour des surfaces supérieures à 0,5 ha. "En France aussi, la puissance publique est soumise à la pression de l’opinion. Les forestiers doivent donc engager le dialogue avec les élus, les associations, sous peine de se voir imposer des obligations dont ils ne veulent pas".

 

Des rencontres techniques virtuelles

Les premières rencontres bretonnes "techniques en forêt" avaient connu un beau succès en 2018, avec près de 200 participants, incitant la filière à proposer une seconde édition cette année. Le Covid limitant fortement les rassemblements, y compris en plein air, ces rencontres ont pris la forme de quatre webinaires. Après la préservation des sols, la diversification des essences et des itinéraires techniques pour une meilleure résilience des forêts puis la gestion et le suivi de plantation, le dernier rendez-vous, le 15 juin dernier, a abordé le nécessaire dialogue entre forêt et société.

 

L’ONF engage le dialogue

Les gros engins en forêt sont, pour le grand public, synonymes d’industrialisation de la gestion forestière ? "Il faut expliquer que, par exemple, de gros pneus auront moins d’impact sur le sol". Les tas de bois se cumulent dans les espaces de stockage, provoquant l’incompréhension des promeneurs ? "Nous avons imaginé des panneaux pour expliquer l’utilité de ces tas, faire le lien avec le bois-matériau et les objets du quotidien". Le public accepte difficilement les dégâts aux chemins, les déchets abandonnés, l’aspect "sale" du chantier, avec la présence de rémanents… ? "Nous avons édité une brochure à destination des ETF, les entreprises de travaux forestiers, afin de les sensibiliser aux principes de qualité d’un chantier".
C’est une situation de crise, en 2016, qui a poussé l’ONF, l’office national des forêts, à se préoccuper de l’acceptabilité sociétale de la gestion forestière et d’explorer, tous azimuts, ce qui pouvait améliorer cette dernière.
"Il faut prendre conscience de l’évolution des attentes de la société et se préparer à y répondre", affirme Sylvie Arcoutel. Et la responsable communication et crise à la direction Centre Ouest Aquitaine de l’ONF de conseiller aux forestiers d’anticiper les évolutions du paysage après les coupes, de prendre le temps de communiquer, en expliquant le sens de la gestion qu’ils vont mettre en place, sans oublier d’adapter la finition des chantiers aux attentes locales. "Et de s’ouvrir au dialogue, en échangeant avec toutes les personnes qui ont un intérêt dans la gestion forestière".

 

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