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Gel : les vergers bretons souffrent, les arboriculteurs luttent

Ces dernières semaines, les nuits ont donné des sueurs froides aux arboriculteurs français. Les pommiers aux variétés précoces, dont les boutons se formaient, ont subi le gel, et ce, plusieurs nuits consécutives. Des températures négatives allant de -1 à -5°C. Point de situation.

Pour les arbres fruitiers, un degré peut tout changer. À -2,5°C, nous estimons la perte à 10 % sur les variétés précoces, alors qu'à -3,5°C cela peut aller jusqu'à 90 % de perte", explique Bertrand Monnerie, producteur de Cidre à Gaël (35).
Les nuits ont donc été courtes pour tenter de gagner de précieux degrés avec des moyens bon marché. La période de gel n'étant pas tout à fait terminée, l'estimation des dégâts est encore très aléatoire.
Ce qui est sûr en revanche, c'est que les aléas climatiques se succèdent et fragilisent durablement les arbres fruitiers, culture pérenne où le plant met une dizaine d'année à entrer en production.

Les bougies c'est sympa mais pour mes 30 hectares de vergers, il faut compter 2 000 euros pour gagner un degré et ce pour une nuit seulement.

Des investissements nécessaires

2010, puis 2017, 2019, 2020 et maintenant 2021, les épisodes de gel se rapprochent et font des dégâts considérables dans les vergers bretons. "Jusqu'ici j'ai toujours repoussé les investissements lourds pour lutter contre le gel, qui revient aussi souvent et surement qu'un ravageur", admet Rachel Marquet de Kerautem, productrice de pommes bio à couteaux à Feins (35). "Aujourd'hui, je n'ai plus le choix. Je pense acheter une tour à oxygène qui me permettra de brasser de l'air chaud dans mes 6 ha de vergers", explique l'agricultrice. Un investissement conséquent de 45 000 euros auquel il faut ajouter une fosse, une cuve à gaz, les frais de la grue pour la lever... Cette année, 12 heures avant le gel, la productrice de pomme a recouvert ses vergers de pectine permettant de diminuer la sensibilité des boutons au gel. Une protection à 80 euros/ha qui "ne fait pas de miracle, mais limite la casse", estime la jeune femme qui prévoit une perte de 10 à 20 % sur des variétés comme la pomme Gala et jusqu'à 90 % sur la Tentation. Confronté aux mêmes conditions climatiques, Bertrand Monnerie, lui hésite à investir. "Les bougies c'est sympa mais pour mes 30 hectares de vergers, il faut compter 2 000 euros pour gagner un degré et ce pour une nuit seulement. Faîtes le calcul ! C'est infaisable au vu de notre marge", explique l'agriculteur installé en 2012. Il penche donc pour l'achat d'une chaudière biomasse, à 21 000 euros qui peut protéger 4/5 hectares de vergers. "Il faut faire des choix rationnels mais aussi s'interroger sur la robustesse de nos variétés", souligne cet ancien technicien de l'Inra. Jusqu'ici, les critères de rendements ont primé, d'autres seront certainement à privilégier dans les années à venir. Faudra-t-il tout de même donner à l'arbre le temps de pousser !

 

Des aides attendues

En ces temps de crise, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a précisé les mesures envisagées pour accompagner les agriculteurs face aux conséquences du gel de ces dernières semaines. Il propose : un recours facilité au chômage partiel, des allégements de charges patronales mais aussi, "vu l'ampleur des dégâts", la création d'un "fonds exceptionnel qui vienne compenser les pertes de revenu", notamment accessible aux viticulteurs. Ces derniers ont la possibilité de s'assurer et ne peuvent donc pas prétendre aux indemnisations du fonds des calamités agricoles. Or moins d'un tiers d'entre eux sont assurés. Particulièrement impactées, les filières arboricoles et viticoles ont demandé le report des cotisations sociales, des mesures de chômage partiel et la création d’un prêt garanti d’Etat (PGE) agricole - ou l’assouplissement du dispositif PGE créé durant l’épidémie de Covid-19. Dans le cadre du régime des calamités agricoles, et au-delà du déplafonnement promis par Jean Castex, l’arboriculture réclame "une tranche supplémentaire d’indemnisation comme ça a été le cas en 2012".

Gel vergers

Quelles conséquences pour le colza ?

D’après Terres Inovia, les fleurs avortent dès 0°C. Ce sont surtout les fleurs des parties hautes des hampes florales qui souffrent. Des gels précoces, au stade F2 (allongement de la hampe) voire proche G1 (1res siliques bosselées), sont généralement très bien compensés par les organes reproducteurs des hampes secondaires et tertiaires. Les boutons tolèrent quant à eux des températures plus basses : jusqu’à -5°, -6°C, températures que l’on n’a pas atteint. Les pluies sont favorables à la poursuite de la floraison et au remplissage des siliques dans de meilleures conditions.

 

Plus de peur que de mal ?

"On est à la limite des dégâts, on a frôlé la catastrophe", avance avec prudence Dominique Biche, le spécialiste des vergers à pommes et à poires à la chambre d’agriculture de Bretagne. Pour savoir s’il y a dégâts ou pas, il faudra se montrer patient, "voir comment les fleurs vont s’ouvrir d’ici quelques jours et si les fruits ont totalement noirci". Si c’est le cas, la situation pourrait être alarmante et les demandes d’instruction de dossiers en procédure de calamités agricoles déjà formulées, notamment par la FDSEA d’Ille-et-Vilaine, fondées. Pour autant, le patchwork de situations n’incite pas à la généralisation. En Finistère, la région légumière de Saint-Pol-de-Léon a été épargnée du gel des 5 au 9 avril tandis que Briec enregistrait un -1,6 °C le 7. Mêmes écarts en Côtes d’Armor où Saint-Aaron n’a pas gelé tandis que la région Kerper enregistrait des températures négatives et un moins 3,4 glaçant au petit matin du 8 avril. La zone à vergers de Pleslin a, elle aussi, connu des températures négatives. En Morbihan, les zones les plus touchées sont celles de Kernescleden (-2,9°C le 7) et Colpo (-3,2°C le 7 avril également). Situation contrastée aussi en Ille-et-Vilaine et des températures négatives enregistrées sur Melesse, Balazé, et le plus froid ayant été relevé à Paimpont (-3,9°C le 6 avril). Ces températures font craindre les effets du gel sur les 2 700 ha de pommiers à cidre, les 500 ha de pommes de table et 50 ha de poiriers en Bretagne. Si ces derniers sont en pleine floraison, il n’en va pas de même pour les pommiers dont les variétés à cidre sont les moins précoces. "Le seuil critique à partir duquel il peut y avoir dégâts est celui de la chute des pétales à -1,8 ° C pour le pommier et à -1,6 ° C pour le poirier", précise Dominique Biche, pointant la sensibilité des stades phénologiques. Les situations sont à regarder de près dans les bas fonds et les verger de Kerper et Paimpont.
Reste des facteurs positifs. Le climat plutôt frais du début de saison a également freiné l’évolution des végétaux. Quant au gel, "l’avancée du froid n’a pas été trop brutale et on a eu des minimas à 7h du matin avec une remontée des températures dès 9 h", note-t-il. Les pommes à cidre sont plus tardives, et pour celles de table les variétés présentes ne sont pas trop avancées "à l’exception de la Judaine, Judoline et Belle de Boskoop qui sont au stade bouton de rose". Mais la situation demeure préoccupante, voire fragile. Après les épisodes de gel de 2019, "où certains producteurs de pomme de table ont perdu en Bretagne jusqu’à 90 % de leur récolte, et en pommes à cidre jusqu’à 75 %", s'ajoutent les conséquences sanitaires des années 2020 et 2021 avec la baisse des ventes, notamment du cidre, liée à la fermeture des commerces et des restaurants. Alors cet épisode de gel pourrait être celui de trop. / Claire Le Clève - Terra

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