Aller au contenu principal

Ammoniac : "les moyens financiers ne sont pas à la hauteur"

Lors de la journée nationale de la qualité de l'air, le 14 octobre dernier, la chambre d'agriculture de Bretagne a invité la presse à venir prendre le pouls de la recherche et des efforts réalisés en la matière par le secteur de l'élevage. Les professionnels agricoles alertent du manque de moyens afin d'atteindre les ambitions de réduction des émissions d'ammoniac à l'horizon 2030. Explications.

Le projet ABAA a pour enjeux non seulement la santé publique et l'environnement mais aussi l'économie et l'agronomie. Car la meilleure utilisation de l'azote au champ améliore la productivité des cultures et réduit l'achat des engrais de synthèse, rappellent les professionnels.
© Hélène Bonneau

Rendez-vous a été pris à Crécom, la station expérimentale porcine à Saint Nicolas du Pélem (22), pour y présenter les actions réalisées et annoncer le nouveau "projet ammoniac brittany air ambiant" (ABAA) en partenariat avec Air Breizh. À échéance 2030, le ministère de l'Ecologie fixe à -13 % la réduction des émissions d'ammoniac (référence 2005) d'après la directive européenne de 2016 alors que la loi Climat et Résilience d'août 2021 fixe une trajectoire annuelle de réduction.

Ammoniac

Principal émetteur d'ammoniac, mais pas que

En matière de pollution de l'air, l'agriculture est en première ligne puisque responsable de 94 % des émissions d'ammoniac à l'échelle nationale ; 99 % à l'échelle régionale avec les activités d'élevage, d'épandage et la fertilisation minérale. Sorte de précurseur, l'ammoniac a la faculté de se recombiner pour produire des particules secondaires de nitrates d'ammonium et de sulfates d'ammonium, de fines poussières appelées PM10 et PM 2,5 qui dégradent la qualité de l'air.
Pour rappel au printemps 2020, les pics de pollution de l'air au moment des épandages concentrés sur une courte fenêtre météo avaient entraîné une alerte d'Air Breizh et des mouvements de protestation et de crainte vis-à-vis de l'ammoniac émis. Edwige Kerboriou, élue chambre d'agriculture de Bretagne siègant à Air Breizh et au conseil national de l'Air pour l’APCA, remarque que "les calendriers réduits des épandages de fumiers et de lisiers contribuent à une plus mauvaise qualité de l'air", dans le but, il est vrai de protéger la qualité de l'eau...
Mais en matière de pollution de l'air, l'agriculture n'est pas la seule contributrice aux polluants atmosphériques : le transport routier diesel contribue à 63 % des émissions d'oxyde d'azote ; le raffinage du pétrole, la métallurgie, la chimie et les centrales thermiques produisent 80 % du dioxyde de soufre. Conséquence de la production de notre alimentation, il est possible de réduire les émissions d'ammoniac mais à l'inverse, "il ne faut pas fantasmer, le zéro ammoniac n'est pas possible", prévient Charlotte Quénard, chargée de mission du dossier qualité de l'air à la chambre régionale d'agriculture de Bretagne.

Ces mesures ont un coût pour les exploitants agricoles.

Une action de réduction qui ne date pas d'aujourd'hui

L'agriculture n'a pas attendu pour réduire ses émissions, entre 2012 et 2018, elles sont passées de 92 000 tonnes à 83 000 tonnes sur le territoire. Pour marquer le pas de cette réduction, la chambre d'agriculture de Bretagne poursuit des travaux de recherches appliquées et sensibilise les agriculteurs. En élevage de porcs, la réduction des apports de protéines par une alimentation biphase ou multiphase en porcs ; le raclage fréquent ou le raclage en V du lisier ; le traitement de l'air... chacune de ces méthodes permet de réduire de 30 à 50 % les émissions d'ammoniac. "Couvrir sa fosse réduit de 80 % les émissions. Quant à l'épandage, il faut éviter le contact air-lisier pour éviter la volatilisation d'où la nécessité d'enfouir dans les sols", indique Solène Lagadec, chargée d'études qualité de l'air en production porcine à la chambre d'agriculture. Or, les élus tirent la sonnette d'alarme : ces mesures ont un coût pour les exploitants agricoles. La mesure "Conversion des agroéquipements" du plan de relance est loin d'être suffisante ; les moyens financiers pour l'achat de matériels d'épandage peu émissifs ne sont pas à la hauteur des objectifs, indiquent les représentants professionnels. Hormis le plan de relance, rien n'est en vue, déplorent-ils. "Le coût financier pour changer de matériel d'épandage est énorme, l'investissement est trop onéreux individuellement même s'il y a les Cuma et les ETA. Cela ne se fera pas sans l'aide du consommateur et de l'État", prévient Didier Lucas, président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor.

Ammoniac

ABAA : Un projet pilote avec Air Breizh

Air Breizh, organisme agréé par le ministère chargé de l'Environnement pour la surveillance de la qualité de l'air en Bretagne et la chambre d'agriculture de Bretagne s'associent autour du projet ABAA ou "Projet Ammoniac Brittany Air Ambiant", co-financé par le fonds d'investissement européen "Life". Un groupe pilote de 30 agriculteurs du pays de Brest vont travailler à la réduction de la volatilisation de l'ammoniac au champ lors des opérations d'épandage afin, d'une part, d'établir une méthode de mesure fiable et d'autre part, de développer un label de matériel d'épandage peu émissif. Enfin, est visée la création d'un réseau d'alerte des pics de pollution et d'un outil d'aide à la décision pour épandre. Le budget s'élève à 2,5 millions d'euros, les matériels de mesure de la qualité de l'air étant très onéreux. Des financeurs locaux sont recherchés. D'autres groupes pilotes sont en création notamment sur le territoire De l'Oust à Brocéliande (56) .
"C'est un travail dans la continuité du travail sur l'azote", indique Charlotte Quénard de la chambre d'agriculture de Bretagne. Le but étant bien évidemment de partir de petit pour essaimer à très grande échelle.

 

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Le Finistère à l’honneur des Trophées de l’agro-écologie
Le ministère de l’Agriculture et de l'Alimentation, avec le soutien du Crédit Agricole, organise chaque année les Trophées de l’…
Arrêt de la castration à vif : le ministre présente son plan d'action
Vendredi 19 novembre, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, s'est rendu dans les Côtes-d’Armor, aux…
Mettre à profit la biodiversité pour contrôler les ravageurs
La biodiversité est souvent considérée comme une notion abstraite à l’usage des naturalistes. Avec l’avancée des connaissances,…
Trop c’est trop

Alors que l’on nous parle de souveraineté alimentaire et de transmission-installation,force est de constater que la…

Égalité dans les territoires ruraux : mais où sont les femmes !
"Femmes et ruralité : en finir avec les zones blanches de l’égalité", tel est le titre du rapport d’information que vient de…
Prophylaxie bovine : quid de la nouvelle réglementation ?
La loi de santé animale (LSA) fixe les grands principes de prévention et d’éradication des maladies animales et impose pour la…
Publicité