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Transmission-installation : que cherchent les porteurs de projets ?

L’heure de la retraite approche et vous aimeriez transmettre votre exploitation pour une installation ? Mais les choses ont bien changé en quelques années. Et les jeunes ou moins jeunes qui souhaitent aujourd’hui devenir agriculteurs ont maintenant d’autres aspirations. Portrait-robot des porteurs de projet, dressé la semaine dernière, à l’occasion de la semaine de la transmission.

Un foncier groupé, un montant de reprise pas trop élevé, une ferme proche d’un centre urbain : les attentes des porteurs de projet sont parfois en inadéquation avec les exploitations proposées sur le RDI.

Pour cette 7e édition de la semaine de la transmission, organisée par la chambre d’agriculture de Bretagne et ses 12 partenaires, Covid oblige, c’est en distanciel que se sont tenus tous les rendez-vous. Loin de rebuter cédants et porteurs de projets, webinaires et vidéos ont connu un beau succès, à l’image de la conférence sur les porteurs de projet, qui a permis aux cédants de se faire une idée plus exacte des jeunes qu’ils sont susceptibles de rencontrer, une fois prise la décision de transmettre leur exploitation en vue d’une installation.

 

1 800 contacts

"Le PAI, le point accueil installation, est la première porte d’entrée de tout porteur de projet en agriculture", rappelle Cécile Renaudeau, coordinatrice du parcours 3P à la chambre d’agriculture de Bretagne. "L’an passé, nous y avons enregistré 1 844 contacts, 38 % de femmes et 62 % d’hommes". Des porteurs de projet pas si jeunes, avec une moyenne d’âge de 32,9 ans, et des projets très diversifiés. "Ils sont 31 % à souhaiter s’installer en agriculture biologique, 39 % en circuits courts,15 % avec de la transformation, 12 % avec une offre de services". Et si 64 % d’entre eux sont dirigés directement vers le 3P, le parcours à l’installation, ils sont 21 % à rechercher du foncier et 11 % à avoir besoin d’un coup de main pour faire émerger leur projet.

Le PAI, le point accueil installation, est la première porte d’entrée de tout porteur de projet en agriculture.

485 installations

Si jeunes et moins jeunes sont très nombreux, tous les ans, à contacter le PAI, ils étaient 485, l’an passé, à franchir le pas de l’installation aidée en Bretagne. "Les femmes sont moins nombreuses, 25 %, et les candidats plus jeunes, 29,6 ans en moyenne", constate Cécile Renaudeau. 39 % d’entre eux se sont installés hors cadre familial et 35 % n’étaient pas issus du milieu agricole. "Dans ce cas, ils s’installent le plus souvent suite à une reconversion professionnelle, veulent travailler avec la nature, être leur propre patron et ne pas avoir d’investissements trop lourds à réaliser".
Pour trouver une exploitation, ils peuvent compter sur le RDI, le répertoire départ-installation. Lancé il y a plus de 20 ans, il rapproche cédants sans successeur connu et futurs agriculteurs. "Le nombre de consultations ne cesse d’augmenter, pour atteindre les 440 000 l’an passé sur les quatre départements bretons", note Jean-Michel Drouin, conseiller transmission, qui veut y voir le signe qu’agriculteur est "un métier qui attire". Et bon an mal an, le RDI permet une centaine d’installations.

 

Une difficile adéquation entre offre et demande

Si plus de 350 nouveaux candidats sont venus s’y inscrire l’an passé, il y a cependant une certaine inadéquation entre leurs attentes et les fermes qui leur sont proposées. Ainsi, du côté des cédants, nombreux sont ceux qui recherchent un associé, suite à un départ en retraite par exemple. Une formule qui n’attire pas les jeunes, préférant à 70 % une installation en individuel.
Dans ce cas, ils recherchent un parcellaire groupé. "Et sont 27 % à vouloir moins de 10 ha de foncier et 11 % seulement à avoir besoin de plus de 75 ha", constate Jean-Michel Drouin, qui conseille aux cédants disposant de plusieurs sites d’exploitation de les proposer indépendamment.
L’inadéquation porte aussi sur les productions, plutôt végétales du côté des porteurs de projet, et sur la localisation. "Les futurs agriculteurs sont souvent peu mobiles : ils ont plus de 30 ans, déjà une famille, et leur conjoint travaille. Ils recherchent donc une ferme proche d’un centre urbain".
Enfin, les jeunes recherchent aussi un montant de reprise maîtrisé, n’envisageant pas forcément de faire ce métier durant toute leur carrière. "Si j’avais un conseil à donner aux cédants, ce serait d’accepter que leur ferme ne soit pas reprise à l’identique", conclut Cyrille Herbert, responsable installation à JA 35. "Et qu’ils fassent confiance au jeune qui reprend, rajoute Thomas Payen, à la recherche d’une ferme aux alentours de Rennes. C’est notre projet de vie : on met tout en œuvre pour qu’il réussisse".

 

Les outils de financements du foncier

Pour sécuriser les projets, garantir l’autonomie des agriculteurs, le foncier est déterminant. Outil de production, de lui dépend aussi une partie de la compétitivité et de la pérennité des projets. C’est donc aux outils de financements du foncier, autres que classiques, et particulièrement aux solutions de portages que s’est intéressée jeudi dernier la visio-conférence organisée dans le cadre de la semaine de la transmission. Le portage foncier engage un jeune agriculteur de moins de 40 ans, la Safer et une banque permettant "l’acquisition différée du foncier par le jeune agriculteur qui ne dispose pas de la trésorerie nécessaire. Son projet doit être sérieux et viable", insistent Paul Issert du Crédit Agricole et Ronan Simon du CMB. La Safer met alors à disposition le bien nu, sans bâtiment et le jeune s’acquitte alors d’un loyer. Loyer qui ne vient pas en déduction du prix du portage. Aux termes du portage, à la fin de la COPP (Convention d’occupation provisoire et précaire) qui s’échelonne de cinq à dix ans, le porteur de projet achète le foncier par voie de transaction. Si le porteur de projet n’est pas en mesure de le racheter, alors la Safer remet le foncier sur le marché. "Le portage permet au démarrage de connaître le prix du portage final, c’est sans mauvaise surprise", estiment les conseillers bancaires.
Pour préserver le foncier agricole tout en favorisant l’installation, le conseil régional de Bretagne constitue depuis dix ans des réserves foncières engageant 100 000 euros par an, fléchées sur des projets priorisés en diversification, élevage ovin et agriculture bio, péri-urbaine ou insulaire pour des jeunes au statut JA ou porteurs de projets entre 40 et 50 ans. Le foncier agricole est mis en réserve par la Safer qui peut louer les terres stockées au porteur de projet durant deux ans, renouvelables une fois, "le temps de le rétrocéder à un futur propriétaire ; agriculteur qui s'installe ou structure de propriété collective comme Terre de liens, un groupement foncier agricole ou une collectivité", détaille Marion Guilcher de la Région. Depuis 2016, 32 projets ont été accompagnés sur 300 ha. Une "solution méconnue", regrette la jeune femme.
Avec sa fondation ou en accompagnant la constitution de Groupement fonciers agricoles GFA, l’association Terre de Liens œuvre aussi à la transmission et l’installation par portage avec une épargne "citoyenne et solidaire pour financer l’acquisition de foncier en rachetant des fermes et en les mettant à disposition de porteurs via un bail rural et environnemental", décrit Lysiane Jarno, coordinatrice. 45 GFA et six fermes foncières ont vu le jour en Bretagne avec Terre de liens sur près de 850 ha pour 96 agriculteurs locataires soutenus par 3 600 apporteurs. / Claire Leclève - Terra

 

 

Témoignage

Cyrille Herbert

À la 3e visite, Cyrille a trouvé son bonheur

Non issu du milieu agricole, Cyrille Herbert a commencé par des études en machinisme agricole. "J’ai découvert l’élevage en BTS. Et ça m’a plu". Il travaille un an et demi comme agent de remplacement et un an et demi comme porcher avant de s’installer à son tour, en production laitière. "J’ai fait jouer mon réseau pour trouver une ferme. Et je me suis inscrit au RDI pour avoir une offre plus large". La troisième visite sera la bonne. "Les cédants partaient en retraite. Et leurs enfants ne souhaitaient pas reprendre". Le premier rendez-vous permet à chacun de préciser ses attentes. "Et ça a matché de suite". Dans la foulée, le futur agriculteur réalise un stage de parrainage de quatre mois, afin de connaître le fonctionnement de l’exploitation. "Au départ, le cédant était un peu sceptique. Mais au final, le stage s’est bien passé. Et avec du recul, on aurait dû signer pour un an : faire le tour des saisons aurait été un plus".

 

Il a dit : 

Thomas / "Je recherche une exploitation de 20-40 ha". Ingénieur dans le secteur de l’énergie et non issu du milieu agricole, Thomas Payen a travaillé une dizaine d’années avant de songer à une reconversion professionnelle. Et c’est un nouveau projet de vie qui lui trotte dans la tête. "Avec ma compagne, nous souhaiterions une exploitation en grandes cultures, avec un atelier pour transformer le grain en farine puis en pain". Un projet qu’ils entendent mener en deux temps. "Après avoir repris une formation, un BTS à Angers, je vais d’abord m’installer seul. Puis ma compagne me rejoindra". En attendant, elle travaille à Rennes et c’est dans un rayon de 40 km que le couple cherche une ferme, en utilisant tous les canaux à sa disposition : le RDI de la chambre d’agriculture, les petite annonces sur Internet ou dans les journaux, Terres de liens, Agrobio 35 … "Mais il n’y a pas d’exploitation de ce type à céder… Nous allons devoir développer un atelier nous-mêmes".

 

 

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