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L’arbre des possibles et le rapport Cattelot

En juillet 2020, la députée du Nord, Mme Cattelot, remettait son rapport de mission parlementaire sur la forêt et l’avenir de la filière bois. Elle y parlait notamment de forêt "bien commun", "d’intérêt général", de réconcilier la société et tous les usagers dans une "vision partagée de la forêt", d’un "impératif de partager avec les forestiers un contrat social clair". Bernard Menez, représenant forestier pour le Finistère, nous livre son analyse.

Bernard Menez, représentant forestier du Finistère.

Selon les préconisations de Mme Cattelot, la forêt devrait être cogérée avec la "société civile" d’où à l’échelle du territoire, "l’adhésion des forestiers à des plans locaux forestiers" adossés à un espace d’échanges et de concertation de type "Conseil territorial des forêts" où sont représentés les forestiers, les professionnels de la forêt, les citoyens, les élus, les associations. Pour couronner le tout, la coécriture des PSG (plan simplifiés de gestion) qui limite drastiquement notre liberté de gestion, déjà fort encadrée (1).

 

Vraie-fausse concertation ?

En pratique, de multiples expériences locales ont montré que les citoyens lambdas participent peu, ou s’épuisent très vite à l’exercice de la concertation. Par contre, c’est le terrain de prédilection et d’influence des organisations environnementales ou ONG diverses et variées qui noyautent et prennent le pouvoir dans ce genre d’organisation.
En clair, la démocratie directe, citoyenne, participative est une astuce utilisée par une minorité afin d’imposer ses vues. Nous ne pouvons nous soumettre à une minorité agissante. Chaque propriétaire forestier doit être libre de ses choix : choix sylvicoles, choix de mise à disposition de sa propriété au service du public. Il n’y a ni à juger, ni à jauger, ni à hiérarchiser.

 

Discuter quoi ?

Si la négociation avec la société civile est inévitable, négociation est sans doute un terme inapproprié puisque nos interlocuteurs n’apportent rien et nous apportons nos biens forestiers, c’est-à-dire tout !
Il s’agit de discuter de la place de la forêt en étant conscient qu’à partir d’un certains niveau de contraintes et de réglementation, l’investissement forestier ne présente plus d’intérêt (coupes rases interdites, mélange d’espèces pied à pied, accueil du public généralisé, etc.).
La mouvance environnementaliste n’éprouve pas une sympathie particulière vis-à-vis de la propriété privée et pas davantage un grand intérêt pour les problématiques forestières (investissement, retour sur investissement, coûts d’implantation, de mobilisation). Bref, le sort des propriétaires leur importe peu.

 

Forêt de production

La forêt de production bretonne, c’est 20 % de la superficie de la forêt bretonne et 80 % des emplois forestiers. L’industrie de première transformation, survivra difficilement à l’obligation de chercher sa matière première hors Bretagne. Pour cette forêt de production, la mécanisation est incontournable et les monospécifiques à la parcelle inévitables. Gérer collectivement la forêt de production est irréaliste : comment expliquer à ceux qui débarquent dans la "question forestière" : le marché, la disponibilité des outils, les questions liées à la reconstitution, etc., etc., dans un espace temps limité ?

 

La bataille des services écosystémiques

Les services écosystémiques sont jusqu’à présent un "don gratuit" des forestiers à la société. Il est probable que dans le cadre des Assises de la forêt existe une opportunité d’entamer un chemin vers leur valorisation. (comme en agriculture).
Tout d’abord, tout type de forêt produit des services écosystémiques et notamment la forêt de production. Celle-ci séquestre le carbone lors de sa croissance dynamique, stocke de carbone dans le produits bois, produit un bois d’œuvre qui se substitue aux matériaux utilisant les fossiles lors de leur élaboration. La forêt de production coche donc toutes les cases de l’économie biosourcée. Si on ajoute le recyclage en fin de vie, c’est un modèle d’économie circulaire.
Bien gérée, la forêt de production se rémunère. Elle a donc les moyens et la légitimité de son autonomie de gestion.
La forêt feuillue bretonne représente seulement 10 % des sciages. Elle ne trouve pas son marché. En attendant cette opportunité, le paiement des services écosytémiques est une occasion à saisir, voire une nécessité. Il faut donc évaluer les coûts financiers des services écosystémiques. À titre d’exemple, l’accueil du public a un coût, essentiellement du fait de la perte de valeur marchande des propriétés.
Nos instances donnent souvent l’impression de tendre la main aux organisations environnementales. Lors des Assises de la forêt prévues par le gouvernement, la problématique forêt-société risque d’être au cœur des débats.
Ne partons pas battus dans la confrontation : sur la question "climatique-CO2" nous apportons tout : séquestration, stockage, substitution, économie circulaire et biosourcée. Voyons ce que nous "apportent" les représentants auto-proclamés de la société civile…

 

(1) PSG : Plan simple de gestion : document coécrit par les forestiers (CRPF) qui fixe des objectifs et des méthodes de gestion aux superficies boisées. Ce document est soumis au contrôle des services de l'État dont l'approbation est indispensable à sa validation.

 

 

Bernard Menez, représentant forestier du Finistère

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