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Le bien-être en exploitation, c’est possible

Alors que le gouvernement présentait la veille aux représentants du monde agricole son plan doté de 12 millions d’euros supplémentaires par an pour aider les agriculteurs en difficulté, le 23 novembre à Baud (56), les causes du mal-être paysan étaient portées au théâtre lors d’une journée* consacrée au bien-être humain dans les exploitations. Pour oser en parler, dédramatiser et exorciser par le rire.

Une pièce de théâtre en neuf saynètes suivies d’un débat théâtral sur les situations où se nichent les risquent psychosociaux, c’est l’un des temps forts de la journée consacrée au "Bien-être sur les exploitations, c’est possible".

"C’est génial, ils ont bien compris ce qu’on attendait d’eux : sortir la tête de l’eau sans se prendre la tête", résume de l’expérience conviviale et optimiste de la pièce de théâtre, du repas, puis des ateliers, Christine Kermagoret, membre de la commission relations humaines de Res’agri 56.

 

Pour être "Bien dans ses bottes"

David, Valérie, Sylvain, Camille, Stéphane. À eux cinq, ils forment la compagnie théâtrale, "Entrée de jeu". Une scène au décor minimaliste et cinq acteurs. Une pièce, Bien dans mes bottes, articulée autour de neuf saynètes pour dépeindre les causes du mal-être des agriculteurs et, cerise sur le gâteau : un débat théâtral. Cet outil magique aura permis à l’issue de la pièce d’échanger, d’interpeller et bousculer "juste ce qu’il faut", pour que les saynètes soient rejouées en osant lever les causes du mal-être. Bref, en "faisant avec le théâtre ce qu’on ne peut pas faire avec la vie", résumera Camille, actrice. Sous l’élégance du rire, libérateur, et de l’approche ludique et résolument positive de cette journée, se lisent pourtant les nombreux risques psycho-sociaux qui pèsent sur le monde agricole. Et les neuf épisodes joués pourraient être tout droit extraits de la vraie vie. C’est le tour de force de cette compagnie qui a déjà travaillé avec la MSA au travers de sa tournée avec Un temps de cochon. "Je me suis identifié(e) bien des fois", s’accorderont à reconnaître bon nombre de participants à l’issue de la matinée, en soulignant que les racines du mal-être "sont profondes et conduisent au drame humain".

Sortir la tête de l’eau sans se prendre la tête.

Identifier ce qui fait ressources et contraintes

Car le spectre du suicide n’est pas loin. "La même année, il y a eu un collègue pas loin de chez moi et trois à Languidic. Un choc ! On s’est dit qu’on ne pouvait pas rester comme ça", se souvient des années sombres issues de la dernière crise laitière, Christine Kermagoret, agricultrice en production laitière à Ploemeur. Elle est avec son groupe, à l’origine de cette journée d’échange. Elle est aussi membre du GIEE BEHA pour Bien-être humain et animal, seul du genre en France, "parce que les deux vont de pair". La surmortalité de 20 % des agriculteurs par suicide est un chiffre dramatique qu’avance la Mutualité sociale agricole. Alors, "rendre le bien-être possible en exploitation, s’inscrit dans les priorités de la MSA. L’idée est de s’adresser à l’ensemble des exploitants agricoles avec Res’agri et Solidarité paysans pour s’enrichir, rebondir, surmonter les difficultés en faisant un pas de côté pour voir ce qui peut faire ressources ou contraintes dans nos exploitations", pointe Isabelle Coué, présidente de MSA Portes de Bretagne, saluant les annonces du plan national pour les agriculteurs en difficulté (lire encadrés). "C’est rappeler aussi l’importance des 250 délégués élus de la MSA de Bretagne, maillant le territoire, formés et membres du réseau sentinelles dans la détection et l’orientation vers des professionnels".

 

Oser demander de l'aide

Hors du technique et de l’économique, au cœur de l’humain, "amener à parler de ce qu’on tait", est un sillon que trace depuis de nombreuses années la commission relations humaines de Res’agri 56, initiant des journées d'échanges et de formations telles que "Bien dans sa tête, bien dans ses bottes" ou encore "Il est où le bonheur ?", même si par deux fois, la crise sanitaire de la Covid aura mis son véto au déroulement de cette journée programmée dès 2020. Reste qu’il est primordial de ne pas attendre et d’"oser demander de l’aide quand on en a besoin", insiste Christine Kermagoret pour qui "le groupe est une force, une ressource". Pour accompagner, aider et détecter, de nombreux dispositifs sont mis en place par les organisations professionnelles avec une feuille de route dévoilée par le gouvernement (42 millions d’euros par an, en hausse de 40 %). Celle-ci prévoit une nouvelle gouvernance à l’échelle départementale. Ces comités devront être mise en place par les préfets avant fin 2022 afin que soit mieux coordonné l’existant.
Existant dont on peut craindre qu’il y ait fort à faire, si la question des coûts de production et du revenus des agriculteurs n’est pas mieux pris en compte.

* Une journée voulue par Res’agri 56 et Solidarité Paysans, soutenue par la MSA des Portes de Bretagne.

 

Un numéro d’écoute : 24h/24, Agri’ecoute.fr (MSA) 09 69 39 29 19.

 

Aide au répit

Besoin de souffler ? Un temps de répit peut aider chefs d’exploitation et actifs de l’agriculture en état d’épuisement professionnel. Initié depuis 2017, le dispositif a bénéficié à près de 403 bénéficiaires en Bretagne en 2020, avant que la crise sanitaire n’intervienne. "On commence également à toucher des salariés, 16 %", indique Marine Marot, directrice de la MSA Portes de Bretagne. Ces quatre journées consécutives de 10h à 16h, repas compris, par groupe de dix personnes permettent de "souffler et sortir du contexte de travail", prendre du recul, identifier des perspectives pour aller mieux et des moyens pour se préserver, avec prise en charge des frais de remplacement.

Info : Les quatre prochaines journées sont organisées, les 1er et 25 janvier, 3 février et 3 mars. Inscription-contact au 02 97 46 93 12.

 

Mal-être : 12 M€ supplémentaires par an

Le gouvernement va allouer environ 12 millions d’euros (M€) supplémentaires par an aux "dispositifs d’intervention financière" pour lutter contre le suicide et le mal-être des agriculteurs. C’est ce qu’a annoncé le cabinet de Julien Denormandie le 22 novembre dernier. Cette enveloppe recouvre le doublement du budget consacré aux dispositifs d’accompagnement économique - aide au diagnostic de l’exploitation et aide à la relance (Area) - qui passe "de 3,5 à 7 M€ par an" ; et la hausse du budget dédié à l’aide au répit qui passe "de 3,5 à 5 M€ par an". Elle recouvre aussi l’augmentation du crédit d’impôt remplacement, le droit à un capital décès pour les ayants-droit d’exploitants, et le renforcement de l’aide financière simplifiée visant à améliorer les conditions de travail. Parmi les autres mesures phares, le gouvernement prévoit de créer "plus de 100 comités de pilotage" dans les départements "d’ici fin 2022", pour coordonner la mise en œuvre de la feuille de route "au plus proche du terrain". Il prévoit aussi de structurer et renforcer le réseau de sentinelles via les caisses locales de MSA et en lien avec les Agences régionales de santé. Si l’association Solidarité Paysans a salué les mesures annoncées par le gouvernement pour accompagner les familles endeuillées, renforcer l’aide au répit et soutenir financièrement l’amélioration des équipements de travail, elle regrette surtout que le gouvernement "ne s’attaque pas aux responsabilités collectives des difficultés" rencontrées par les exploitants, comme la faiblesse du revenu. Elle déplore aussi le rôle clé confié aux "créanciers" (NDLR, la MSA) pour structurer le réseau de sentinelles. De leur côté, la FNSEA, les JA, l’APCA et la MSA se sont félicités du contenu de la feuille de route qui "entend créer les passerelles qui manquent" et "remettre en chantier ce qui ne marchait pas", se référant à l’assouplissement prévu pour l’aide à la relance de l’exploitation agricole (Area) et à "la possibilité d’accompagnement devant les tribunaux des agriculteurs en procédure individuelle par des représentants associatifs et syndicaux". Seul bémol selon eux : le fait que le gouvernement n’ai pas retenu leur proposition de créer une aide "passage de relai" pour faciliter la transmission d’exploitation d’un agriculteur en grande difficulté à un jeune.  / Agra

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