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Les agriculteurs ont besoin d’un soutien sans faille du gouvernement pour une rémunération juste

La semaine dernière la FRSEA a interpellé sous forme d'une lettre ouverte le Président de la République. Elle lui a rappelé qu'il avait par le passé affiché une ambition politique forte, lors de son discours de Rungis, pour l’agriculture française, basée sur la souveraineté alimentaire. Mais les EGA qui devaient ramener de la valeur dans les exploitations n'ont pas été au rendez vous. Terra a rencontré le président de la FRSEA, Thierry Coué.

Thierry Coué, président de la FRSEA Bretagne

Pourquoi interpellez-vous le Président de la République ?

Thierry Coué. Un grand nombre d'agriculteurs, se sont engagés dans des évolutions structurelles de leur entreprise nécessitant des investissements importants et s’exposant à des risques, climatiques, sanitaires et commerciaux, accrus. Je tiens à les saluer. Ils ont répondu aux ambitions politiques de la montée en gamme affichées dans les EGA en développant les productions biologiques et d’autres segmentations de marchés (HVE, bien-être animal, alimentation sans OGM, sans pesticides, sans antibiotiques, accès au pâturage …).
Nous constatons avec amertume que le retour sur le prix n’est pas à la hauteur et alimente, au contraire, le découragement des agriculteurs. La montée en gamme, tant encensée par les politiques de tout bord, pour répondre à l’expression d’attentes sociétales ne correspond pas du tout aux achats réels du consommateur ! C’est l’ensemble des agriculteurs français, qui a fourni des efforts en créant des écarts de compétitivité importants avec nos principaux concurrents, qui est, désormais, pris au piège. La montée en gamme est bien là !

La valorisation des prix pour rémunérer les contraintes non !
Pire ! Ce sont les produits d’importation dont les conditions de production ne respectent pas nos standards qui prennent la place des produits français dans le panier de la ménagère ou dans les appels d’offre. Cette situation est devenue insupportable pour les agriculteurs français !

Vous remettez en cause l'ambition de la montée en game qui était un des fondements des EGA ?

T.C. Tous les segments de marché ont leur légitimité à partir du moment où ils sont structurés et organisés au regard de l’adéquation de l’offre avec la demande. Aujourd’hui, les producteurs de lait biologique en font la douloureuse expérience. Ils ont répondu à l’ambition politique de développement, mais ils se heurtent à la loi du marché avec une demande qui n’est pas en adéquation avec l’offre. Les conséquences sont multiples : baisse du prix au producteur, baisse du volume, déclassement de produits bio, pertes de valeur pour l’ensemble de la filière, non-bio compris. Cet exemple n’est que l’illustration du dysfonctionnement de la chaîne alimentaire française dont un des maillons, la grande distribution, abuse de sa position dominante : non aboutissement de contractualisation équitable, non-application, même pour les produits issus de la segmentation, de la loi EGAlim et de la construction du prix en marche avant.
La crise Covid accentue la place de la grande distribution sur l’alimentation et, une perte de pouvoir d’achat pour nombre de nos concitoyens. Cette situation démontre que la volonté politique ne permet pas de s’extraire du marché. Chaque segment doit trouver son débouché et des consommateurs qui acceptent de payer le juste prix pour le producteur.

Quels sont selon vous les correctifs qui devraient être apportés ?

T.C. À l’échelon européen, les récents amendements de compromis entre la commission agricole du Parlement Européen, concernant la stratégie Farm to Fork, ont souligné ce nécessaire équilibre offre et demande "en prévenant que le développement et la croissance du secteur de l’agriculture biologique doivent s’accompagner de mesures de développement de la chaîne d’approvisionnement axées sur le marché, qui stimulent la demande et garantissent la confiance des consommateurs". Le discours politique ne doit pas rester incantatoire et doit se concrétiser dans les faits. Il n’est pas possible de demander, au travers de la loi, plus de produits "bio" dans la restauration collective, sans prévoir de moyens supplémentaires pour payer ces produits au juste prix. A budget constant, l’ajustement se fera sur le prix des autres produits ou en augmentant la part de produits importés, y compris bio. C’est inadmissible !

Le projet de Loi présenté par le député Besson Moreau ne vous semble pas suffisant ?

T.C. Il est indispensable. La construction du prix en marche avant doit être une priorité absolue avec un renforcement de la contractualisation intégrant les coûts de revient spécifiques pour chaque segmentation. La non-négociabilité des prix agricoles est également un principe indispensable. Tout ne peut pas se négocier. L’alimentation est une arme. Une nation qui n’assure plus sa souveraineté alimentaire met sa population en péril et l’expose à des enjeux géostratégiques que nous ne maîtrisons pas.
Mais nous estimons que le Président de la République a, de plus, des choix stratégiques à faire. Il est temps de reconnaître l’Agriculture comme enjeu stratégique, de redonner envie aux générations futures de s’engager pour nourrir notre population. Il a clairement affirmé son ambition en faveur de la souveraineté alimentaire de notre pays. Ce défi, les agriculteurs sont prêts à le relever. Mais ils ne le feront que s’ils ont les garanties de pouvoir entreprendre librement et vivre dignement de leur métier. Nous interpellons Monsieur Macron pour lui dire les agriculteurs ont besoin d’un soutien sans faille du gouvernement se traduisant concrètement en reconnaissance par une rémunération juste.

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