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"Les citoyens passent des commandes et les consommateurs ne sont pas au rendez-vous"

La présidente de la FNSEA était la semaine passée au Space. Alors que cette semaine du 21 au 23 septembre avait lieu à Niort dans les Deux Sèvres le congrès de la centrale syndicale, elle a accordé à Terra un peu de temps pour faire un tour d'horizon des grands sujets d'actualité, Egalim 2, réforme de la PAC, assurance récolte.

Christiane Lambert
Christiane Lambert Présidente de la FNSEA.

Premier sujet d'actualité, l'arrivée de la loi Egalim 2 au Sénat. C'est un moment important ? 

Christiane Lambert. Effectivement la loi Egalim 2 arrive au Sénat. Un texte qui a été modifié et durci parce que la loi alimentation 1 n'a pas fonctionné, tout simplement parce que les distributeurs ont trouvé comment la contourner. Ce texte montre la volonté qui est la nôtre de pousser pour que le ministre écrive une loi qui encadre plus, et protège plus, le retour de valeur aux agriculteurs. Le texte passé à l'Assemblée a été voté à l'unanimité, nous espérons vraiment que les sénateurs vont tenir, ne pas relâcher, et ne pas détricoter ce texte. Mais des vents contraires sont à l'œuvre, on le sent, nous restons tres vigilants. 

Ce texte sera-t-il suffisant ?

C.L. Il faut rajouter les MDD (marques de distributeurs) ! Il faut soumettre aux même règles que les marques nationales les marques distributeurs. Ça a été l'arme fatale des distributeurs, des volumes industriels et à coûts réduits. Les MDD , ça tue l'innovation produit. C'est sur les MDD que les distributeurs ont été les plus exigeants sur des cahiers des charges suplémentaires, bien être, montée en game sanitaire, environnementale. Les MDD ont permis de contourner une partie du dispositif Egalim 1. Et certains industriels sont aujourd'hui MDD dépendants, obligés de répondre oui sinon ils perdent les marchés. Il faut donc réintégrer les MDD dans Egalim 2.

Comment faire face à la flambée des matières premières ?  

C.L. La flambée des matières premières renforce la nécessité des EGA ou d'une loi Egalim 2. Tous les produits sont concernés : fuel, acier, céréales, bois, engrais... Tout augmente. L'alimentation à base de céréales augmente de 30 % depuis le 1er janvier. En volaille ça fait + 12 % en moyenne d'augmentation des coûts, et lorsqu'ils vont voir les distributeurs, ces derniers disent "non circulez il n'y a rien à voir, +1 % et pas plus" !

Autre sujet d'actualité brûlante, le décrochage du prix du lait bio. Qu'en dites-vous ?

C.L. Sur la décision de Sodiaal de déclasser 10 % du lait bio pour le payer à un prix inférieur, il existe plusieurs explications. L'été a été très pluvieux, il y a eu beaucoup d'herbe. Les vaches ont produit plus de lait du fait du climat. Second élément, on a beacoup de lait bio mais assez peu de produits transformés élaborés en bio. La consommation de lait bio n'étant pas en augmentation, la filière bio se trouve en difficulté. Malgré tout, Sodiaal paie encore 460 € par T là ou biolait paie 400 € ! Mais c'est un signal au marché qu'ils envoient. Vous convertissez vers le bio sans savoir si le marché est là. On est obligés de tenir compte du marché. 
C'est aussi un signal au consommateur pour dire buvez bio et mangez bio. D'une façon plus générale, les citoyens passent des commandes et les consommateurs ne sont pas au rendez vous. Pourtant nous sommes citoyens le matin et consommateur dans le quart d'heure. C'est tout le dilemme des agriculteurs aujourd'hui. Derniers exemples : l'ovosexage et la castration. Les consommateurs qui passent commandent doivent payer. On est aujourd'hui à un point de rupture. Les agriculteurs ont tout donné leurs gains de productivité. On est "à la toile", on ne peut plus, et on a enfin un ministre qui le dit ouvertement .

L'assurance récolte va faire partie des prochains sujets de travail ?

C.L. Les assureurs actuellement paient 140 d'indemnistation de sinistre pour 100 de cotisation. Ils sont en train d'augmenter les tarifs, de diminuer les remboursements, d'augmenter les franchises. C'est le moment de faire quelque chose. Les agriculteurs ont des niveaux de revenu très faibles, ils ne peuvent pas se payer une protection par rapport à un climat dont ils sont très dépendants. Notre entreprise est à ciel ouvert, elle n'a pas de toit ! Certaines choses se protègent mais on ne peut pas mettre des filets para-grèle sur 200 ha de céréales. La FNSEA avait voté ce principe d'assurance récolte à l'unaimité à Biarritz, avec trois niveaux :
- Pour un petit sinistre à - 20 % l'agriculteur doit pouvoir se couvrir, et on a l'épargne de précaution qui permet de mettre de l'argent de côté quand ça va bien, y compris les fourrages.
- Entre 20 et 50-55 %, dispositif assurantiel qui va s'améliorer, peut être subventionné à 70 % par Bruxelles quand la France a décidé de mettre en oeuvre à hauteur de 55 % et déclenché à 20 % (taux de perte) au lieu de 30 %. Donc on améliore le système assurantiel. 
- Troisième étage de la fusée : un système de solidarité national pour les catastrophes les plus dramatiques. Une loi va être déposée en décembre en conseil des ministres pour être débattue en janvier février.

Un mot sur le congrès de la FNSEA qui se tient cette semaine...

C.L. Le congrès est organisé par les Deux Sèvres qui préparent le congrès dans des conditions difficiles. Le thème porte sur la gouvernance de la FNSEA 2025. Les agriculteurs changent, adaptons nous. Les attentes sont différentes notammant de la part de la jeune génération, l'engagement se construit de manière différente. Nous révélerons la raison d'être de la FNSEA et nous présenterons une réorganisation de notre structure. 

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