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Les moteurs de l'économie ne sont pas cassés, cette crise est un accélérateur de transformations

Stéphane Bouganim est directeur des entreprises et des marchés spécialisés au Crédit Agricole des Côtes d'Armor, et en charge de la coordination des marchés agricoles pour le Crédit Agricole en Bretagne. Il est un observateur avisé de l'économie bretonne et des entreprises en lien notamment avec l'agriculture. Terra l'a sollicité pour répondre à cette question essentielle : après cette crise Covid, l'économie bretonne pourra-t-elle rebondir ? Il nous répond d'une façon que l'on entend rarement chez un banquier : "il faut sortir du catastrophisme ambiant, il y a des raisons d'être rationnellement optimiste !"

Stéphane Bouganim est Directeur des Entreprises et des Marchés Spécialisés chez Crédit Agricole des Côtes d'Armor.

Lorsque l'on cherche à se remonter le moral , la première chose à laquelle on pense n'est pas forcément d'aller voir son banquier ! Or lorsqu'on interroge Stéphane Bouganim sur la situation générale de l’économie, il répond sans détour : "nous sommes raisonnablement optimistes, et nous partageons globalement la vision décrite par la Banque de France" (voir article :
2021 l'année du rebond après la crise 2020 liée au Covid 19). "Tout n’est pas noir. Et même si ma première pensée va à tous les entrepreneurs et leurs salariés qui souffrent économiquement et psychologiquement de cette crise, il existe aussi beaucoup de raisons d'espérer. Il est essentiel de sortir du catastrophisme ambiant, et faire souffler un vent plus positif". Morceaux choisis de cet échange... à distance. 

 

La crise du Covid a été un accélérateur...

"La crise du Covid a été un accélérateur d'une prise de conscience. Les sujets de la digitalisation par exemple, du passage à l'e-commerce, tout le monde s'y est mis dans un temps record, car il n’y avait pas le choix. Cette digitalisation aurait sans doute mis plus de temps sans cette crise. Plus globalement, les transformations des entreprises s’accélèrent, par exemple vers la recherche de différenciation, avec une prise de conscience : les modèles qui ne tiendraient pas compte des impacts sociétaux et environnementaux ne seront pas durables ; le sentiment qu'il était nécessaire de repenser le business-model en intégrant la notion d'éco-responsabilité. La crise a mis les entreprises dans une "obligation" d'accélérer leurs transformations. On le voit à notre niveau au travers des sollicitations formulées sur les investissements vers la transition énergétique, l'environnement, la digitalisation. Bien sûr, la situation est très différente selon les secteurs d'activité. L'automobile, le tourisme et l'hôtellerie, le commerce, la restauration, par exemple, ne sont pas dans la situation de l'agroalimentaire. Et même à l’intérieur d’un grand secteur comme le tourisme, qui en général souffre beaucoup, le constat est multiforme : les professionnels les plus durement touchés sont ceux qui dépendent largement de la clientèle étrangère, dans les agglomérations et les capitales notamment. En Bretagne, d’une manière générale, l'été 2020 restera comme une belle saison touristique, avec un retour à un tourisme plus local, et sans doute de nouveaux touristes captés grâce aux atouts de nos territoires et au dynamisme de nos professionnels".

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Cette crise a démontré le potentiel de l'économie Bretonne

"La crise n’est pas linéaire non plus : le secteur automobile, par exemple, a lui aussi été très touché avec une perte de chiffre d'affaires de 30 à 100 % lors du premier confinement. Mais l'activité est repartie pendant l'été. Les mesures du plan de relance ont permis un rebond de consommation et on perçoit aujourd’hui une transformation durable de la demande vers des véhicules hybrides ou électriques. Et ce, même si les chiffres du secteur en janvier sont très mauvais.
Autre exemple, le secteur aéronautique, très impacté, est peu représenté sur notre territoire. Ces deux secteurs sont très subventionnés et accompagnés. Sur les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, cette crise n’a pour l’instant, qu’un impact très limité. Lors du premier confinement - une fois le travail réorganisé - la crise n'a pas vraiment été un sujet. Elle a même permis une prise de conscience sur la notion de souveraineté alimentaire, et souligné le sens qu'avait la consommation locale. Elle a même plutôt eu des effets bénéfiques de ce point de vue-là, notamment dans le développement des circuits courts, et l’image d’une agriculture vivrière, locale et de qualité aux yeux du grand public. Le territoire breton a pris conscience qu'il avait beaucoup d'atouts grâce à son lien avec l'agriculture et l'agroalimentaire. Un territoire plus rural que d’autres, finalement moins concentré et donc pour l’instant moins impacté par l’épidémie ; qu’il a un modèle de développement à la fois global et local, et donc dans cette crise, une véritable résilience économique. Nous sommes relativement confiants. Cette crise révèle tout le potentiel de l'économie bretonne". 

On assiste déjà à une accélération de certains projets. Cette crise a démontré tout le potentiel de l'économie bretonne.

Quelques chiffres

"25 000 entreprises en Bretagne ont bénéficié du PGE, pour un montant de 4,7 Milliards d'euros (sur un total de 615 000 entreprises bénéficiaires en France). 98 % des demandes ont été accordées. Selon les départements la part du Crédit Agricole avoisine les 30 à 40 %, soit 8 000 PGE et 1,1Md€ de soutien aux entreprises par le Crédit Agricole en Bretagne (auxquels on peut ajouter 48 000 reports d’échéances de crédit).
Cependant, ces entreprises bénéficiaires des prêts de trésorerie représentent une part seulement des clients du Crédit Agricole (environ 25 %). Ce qui signifie a contrario que 75 % des entreprises n'en ont pas bénéficié. On peut le voir comme un point positif. 90 % des entreprises qui ont sollicité des PGE sont des TPE, pour 50 % du montant de ces financements. Les grandes entreprises représentent les 10 % restants et vont consommer les 50 % restants. On estime aujourd'hui qu'environ 5 à 6 % des PGE ne pourront être remboursés.
L'agriculture a manifesté une bonne résilience, elle a peu sollicité de PGE, sauf quelques secteurs particuliers comme l'horticulture et les centres équestres. La filière porc était concernée par d'autres difficultés que le Covid."

 

2020 n'est pas 2008

"Les entreprises se sont organisées, elles ont des atouts à faire valoir. On compare quelquefois cette crise de 2020 à celle de 2008 (NDLR : la crise des subprimes). Or il existe une différence fondamentale entre ces deux périodes. 2008 était une crise de liquidités. En 2020, il y a eu des liquidités, massivement ! Au travers du fonds de solidarité, des PGE, du chômage partiel, des reports de charges, l'Etat joue son rôle. La Banque Centrale Européenne a fait "tourner la planche à billets", les banques ont pu se refinancer, et prêter, les projets ont continué. Tout ce "cash" n'a pas été forcément dépensé : il est encore partiellement soit dans les entreprises, en reports d'échéances, en prêts de trésorerie, soit chez les particuliers qui n’ont pas pu consommer (vacances, loisirs, biens d’équipement). Nous sommes sans doute dans une crise de report de l'investissement et de la consommation."

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Une crise qui amène un report de l'investissement et de la consommation

"Lorsque l'on regarde les moteurs de l'économie, a part sans doute des secteurs comme le tourisme, la restauration, le commerce, il n'y a pas eu de "casse moteur" majeure. La consommation va redémarrer. Le moteur de l'investissement n'est pas cassé. Les taux d'intérêts sont bas. 2021 reste dynamique en terme d'investissements et de projets. On assiste déjà à une accélération de certains projets. Bien sûr le juge de paix sera le nombre d'entreprises qui vont rester à quai. Il y en aura, hélas, nous ferons tout pour qu’il y en ait le moins possible. Mais nous sommes persuadés que l'essentiel ne disparaîtra pas. Il y aura des reprises, une adaptation des concepts, mais aussi une transformation des emplois. Un des enjeux sera de conserver localement les compétences et de les faire évoluer. On peut craindre que chez certains l'aspect psychologique ne prenne le dessus notamment dans des activités saisonnières comme l'hôtellerie ou la restauration qui sont encore à l'arrêt total, surtout s'ils ne peuvent pas reprendre avec la saison. Le "quoi qu'il en coûte" aura sans doute aussi des limites. Mais au Crédit Agricole, nous sommes confiants dans le redémarrage et la poursuite des activités en Bretagne, et continuons d’investir dans l’avenir. Nous avons même 600 postes à pourvoir en CDI, CDD et en alternance".

 

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