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Les pratiques agricoles évoluent encore dans les bassins versants

Baisse d’achats d’engrais, plus de sécurité lors des traitements, progression des modes de cultures alternatifs… les pratiques des agriculteurs continuent à évoluer dans les 65 bassins versants bretons où les enjeux environnementaux sont mieux connus. C’est ce que révèle les résultats 2018 de l’enquête de la Draaf déjà réalisée en 2004 et 2011. Des améliorations mais des constantes dans l’utilisation de phytosanitaires : 85 % des exploitants y ont toujours recours.

Portée ici par le syndicat du Blavet, en partenariat avec Eureden, Bretagne Plants Innovation et la FD Cuma, ce type de journée technique consacrée aux alternatives aux produits phytosanitaire est une formule qui porte ses fruits.

Parce qu’elle revient tous les sept ans, l’enquête bassin versant sur les pratiques agricoles est riche d’enseignements sur leurs évolutions. Et ça bouge ! Comment ? C’est tout l’objet des résultats que vient de publier début février Agreste Bretagne, le service études et statistiques de la Draaf . Dans ces évolutions, l’animation et les structures pour le portage des actions de reconquête de la qualité de l’eau sont primordiales (lire encadrés), elles cadrent et apportent les financements pour sécuriser les changements de pratiques. 3/4 des exploitants les connaissent désormais, soit 10 % de plus en sept ans. Plus l’animation est dynamique et plus elle porte ses fruits. La connaissance des enjeux environnementaux est désormais connue par trois agriculteurs sur quatre. Les nitrates sont les plus cités (à 88 %) suivis par les pesticides (63 %) et les zones humides (41 %).

L’eau consommée méconnue
Si la Bretagne est mois touchée qu’ailleurs, elle connaît des épisodes de sécheresse de plus en plus précoces et long. Mais seuls 40 % des agriculteurs situent leur consommation d’eau, connue à 60 % des éleveurs hors-sol. Au 2/3 organique pour 1/3 minéral, la répartition de l’origine de l’azote utilisé sur les cultures en Bretagne n’évolue pas depuis 2011, ni la SAU bretonne (-2,2 %). En lien avec l’augmentation de la taille des cheptels de vaches laitières de 9 %, l’azote produit par les herbivores progresse de 18 % en sept ans (74 kg/ha de SAU), celle des porcs diminue de 25 % (passant de 41kg/ha en 2011 à 31 en 2018), idem pour celui des volailles, en baisse de 15kg/ha. La moitié des surfaces agricoles reçoit des effluents d’élevage. Et si 40 % des éleveurs disent avoir baissé, par économie, leurs achats d’engrais, la fertilisation minérale reste stable. "Une forte hausse de la pression d’azote minérale est constatée sur le blé avec plus 20 unités/ha tandis que celle sur maïs diminue de 4 unités", notent les rédacteurs de l’enquête. Pour mieux maîtriser l’azote et son lessivage, les pratiques évoluent. 28 % des éleveurs indiquent avoir remplacé le minéral par l’organique, 18 % avoir augmenté la fertilisation organique sur blé et prairie et 19 % avoir augmenté les surfaces amendées en organique.

L’hiver les sols sont couverts
Pas de sol nu, en 2018. 2/3 des surfaces sont couvertes par une culture permanente (dont prairies) et le tiers, susceptible d’être nu, est couvert : 19 % en Cipan (cultures intermédiaires pièges à nitrates), 10 % de dérobées, 1 % de cive (cultures intermédiaires à vocation énergétique) et 1 % de résidus.

Phytos, les agriculteurs se protègent mieux
Des agriculteurs mieux protégés mais toujours pas assez car 85 % des exploitations ont recours à ces produits pulvérisés ou émanant de semences traitées. 93 % des exploitants qui les utilisent emploient un pulvérisateur dont ils sont propriétaires à 87 %. Tous les pulvérisateurs ont été contrôlés (contre les 2/3 en 2011), 90 % sont équipés de buses anti-dérive, (contre 72 % en 2011), 95 % des fermes ont une cuve de rinçage sur le pulvé (83 % en 2011, 43 % en 2004).
Côté masque, 60 % le portent systématiquement lors de la préparation et 18 % parfois (contre 39 et 33 % en 2011). Mais 22 % n’en portent jamais lors de la préparation. Améliorations significatives lors du traitement, 37 % ont un masque. 90 % des exploitants utilisant des phytos utilisent des semences traitées, mais seuls 50 % d’entre-eux se protègent avec des gants.

Évolution des pratiques
Entre les deux enquêtes, 90 % des exploitants ont fait évoluer au moins une de leurs pratiques. 60 % (contre 40 % en 2011) optent pour des variétés résistantes en justifiant leurs choix en premier par économie d’intrants pour 71 %, puis pour des raisons environnementale (1/3). 10 % invoquent aussi des raisons de santé. 60 % ont aussi aménagé leurs horaires de traitement ou l’équipement, à 43 % pour raison économique et environnementales ou de voisinage. La moitié a aménagé ses parcelles (bandes enherbées, haies) pour une question réglementaire (69 %) et environnementale (44 %). Parmi les autres évolutions (30 %) : la rotation des cultures, la substitution de molécules, l’arrêt du traitement systématique, l’utilisation de la géolocalisation… "Si la raison économique prédomine, 30 % des exploitants citent la motivation environnementale, toutes évolutions confondues", constatent les rapporteurs.

Le désherbage alternatif progresse
50 % des agriculteurs ayant des terres arables pratiquent en 2018 le non-labour, contre 40 % en 2011, moins fréquemment en Finistère qu’en Ille en Vilaine où il est le plus présent. 33 % des terres arables sont donc concernées par ces pratiques d’agriculture dites de conservation des sols où "comme en 2011, on a plus recours au herbicides totaux". Reste que le désherbage alternatif est désormais pratiqué par 25 % des agriculteurs, contre 18 % en 2011.

 

Les actions utiles

Les messages écrits en provenance des médias ou de la chambre d’agriculture sont cités par 40 % des agriculteurs qui ont fait évoluer leurs pratiques en matière de fertilisation, 35 % grâce aux échanges et relations informels entre agriculteurs, 32 % avec des conseils ou diagnostics individuels, et tout type d’actions étant cité par 25 % d’entre-eux.
Ces chiffres diffèrent pour les produits phytosanitaires et l’évolution des pratiques : les agriculteurs s’appuient à 44 % sur les coopératives et dans une moindre mesure la chambre d’agriculture (13 %). Les convictions personnelles sont citées par 13 % des agriculteurs.

 

Info : Pour aller plus loin : Enquête régionale 2018 sur les pratiques agricoles dans les bassins versants en Bretagne publiée début février par Agreste Bretagne : https ://draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/Enquete-regionale-2018-sur-les

 

Les alternatives en démonstration

Diffuser connaissances et pratiques alternatives, c’est tout l’enjeu de la journée technique initiée en partenariat, le 2 février dernier par le Syndicat du bassin versant du Blavet : le matin en salle, l’après midi sur l’exploitation de Thomas Bouix, producteur de plants de pomme de terre et de légumes. Là, à deux pas de la plateforme de couverts végétaux où se retrouve une cinquantaine d’agriculteurs, l’une des sept prises d’eau superficielle du Blavet, alimentant en eau potable la population des bassins de Pontivy et Lorient. En ce mardi de Chandeleur, le matériel de désherbage mécanique de la Cuma l’Espoir, à St-Gérand, vient d’être déposé par ses deux chauffeurs. "L’outil n’est qu’un moyen", situe d’emblée Christopher Brachet de la FD Cuma sur la globalité de la démarche de réduction d’intrants et de techniques alternatives à l’emploi de produits phytosanitaires. Elle passe aussi par des choix variétaux, des périodes de semis, des dates et modes d’intervention… Ce moyen mécanique intéresse de plus en plus. "Les Cuma morbihannaises s’équipent, c’est un parc de 70 bineuses, 30 herses 15 houes rotatives...", inventorie le technicien détaillant, pour chaque matériel, avantages et inconvénients. Un moyen, tout comme l’implantation de couverts végétaux et de plantes compagnes pour nourrir les sols et réduire leur érosion, concurrencer les adventices, réduire l’utilisation de molécules de synthèse et leur transfert dans l’environnement. Les résultats de la qualité des eaux, abordés le matin, l’attestent : il y a toujours transfert…
Autant de temps forts qui ont rythmé cette journée technique où auront aussi été inventoriés les leviers agronomiques qu’il est possible de mettre en oeuvre dans cet objectif de réduction d’intrants… Une journée organisée en complémentarité par le syndicat du bassin versant du Blavet avec la coopérative Eureden, Bretagne Plants Innovation et la FD Cuma. Une synergie utile (lire encadré).

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