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"Notre métier, c’est de cultiver le sol, un sol biologiquement plus actif"

Régénérer le sol pour doper sa fertilité est la clé de l’agriculture dite de conservation. Toute une semaine lui était consacrée, du 10 au 14 novembre, avec des débats et la projection en cinq lieux et départements du film de François Stuck, "Bienvenue les vers de terre". À Sulniac, dans le Morbihan, c’est un petit tour aux champs qui était proposé en préambule.

Un sol qui grouille de vie c’est un sol fertile, un capital de vie avec des pratiques pour le régénérer visées par l’agriculture de conservation que partagent Dominique Luherne et ses associés, Sarah Singla et Jean-Luc Le Bénézic, sous la caméra de François Stuck.

"Sans sol, il n’y a plus d’agriculture et plus de civilisation". Bonnoy en Berric, mardi 12 novembre, 14h35. Sur cette parcelle qui a connu du blé noir avant colza, semé fin août, les feuilles de la crucifère couvrent déjà la tige des bottes des participants, venus en nombre. Sarah Singla évoque ces parties du globe, aujourd’hui désertiques, qui ont accueilli autrefois de grandes civilisations, le tout en arrachant sans difficulté un plant. Et de brandir sa motte sous la caméra du réalisateur François Stuck. "Regardez les racines. Si elles partent à angle droit, ça indique une compaction, il y a besoin de fissurer", explique l’agricultrice aveyronnaise, présidente de l’association "Clé 2 sol". Et elle prévient d’emblée, "je ne sais pas labourer mais je cultive 100 hectares pour nourrir mes brebis, sans problème", avec un sens de la formule, servi par de solides connaissances agronomiques qui font mouche auprès de ce public averti.

 

Agriculture de régénération des sols

Pas de compaction sur cette terres du Gaec familial où les quatre enfants Luherne, ont rejoint leurs parents sur la ferme laitière. 190 hectares pour nourrir 150 vaches, et la suite, offrant 1 250 000 litres de lait. On y pratique cette agriculture dite de conservation des sols. "On n’a pas trop envie de bouger les sols. On met 50 % de la dose autorisée pour le fumier. Ça paye, on a des sols qui marchent bien, qu’ils soient bons ou mauvais. On ne voit pas la différence", acquiesce Dominique Luherne, le papa de la tribu. Un résumé sur la fertilité et la résilience des sols qui concorde avec l’étude réalisée en Bretagne de 2011 à 2016 au sein de Capinov (Triskalia). "On a analysé toutes les pratiques. Ce qui plombe, ce sont les charges de mécanisation. Ce qui booste, c’est l’intensification des cultures et le bon positionnement des fumiers. Fractionner les épandages et réduire les traitements sans pour autant compromettre le résultat", énumère Jean-Luc Le Bénézic de Capinov, groupe Triskalia. Un cercle vertueux. "Normal, vous ne mangez pas tous les repas de la semaine le dimanche ! Les plantes sont gavées", constate Sarah Singla.

90 % de la vie de votre sol est dans ses cinq premiers centimètres.

De bonnes raisons

Pourquoi faire de l’agriculture de conservation ? "Pour réduire les charges de mécanisation, stocker davantage de carbone dans nos sols, pour avoir des sols biologiquement plus actifs, résilients. On est au cœur de tous les enjeux de demain, climatique, biodiversité et protection des sols et de l’environnement", situe la jeune femme rappelant les piliers de cette agriculture qui vise à régénérer le sol. "Notre premier métier, c’est de cultiver le sol pour y cultiver des plantes qui permettront l’élever des animaux". Limpide. Et pour y parvenir, quelques piliers. "On perturbe au minimum le sol, on a des couverts végétaux, on multiplie les rotations et on est inconstant. On a aussi besoin des animaux pour régénérer les sols. L’or de la Bretagne ce sont ses élevages, ses fumiers, ses lisiers", résume-t-elle en recommandant de ne pas brûler les étapes.

 

cultiver  le sol

Analyser, diagnostiquer, hiérarchiser

"La première étape, c’est le diagnostic de vos sols, chercher le facteur limitant : une semelle de labour ou pH trop bas ? On hiérarchise et on s’attaque au premier facteur". Et pour ce faire, on décortique la structure de son sol, on analyse les paramètres chimiques à différentes hauteurs et les capacités de digestion qui se lisent dans le rapport C/N. "Regardez de quoi votre sol a besoin et ce que vous voulez faire avec", invite-t-elle. Reste que "90 % de la vie de votre sol est dans ses cinq premiers centimètres", rappelle Jean-Luc Le Benézic. Et que pour nourrir tous ces travailleurs "gratuits, infatigables", dont les vers de terre, pour trois tonnes de vie à l’hectare, il faut conserver cinq tonnes de matière sèche. "Il faut laisser 40 % de résidus de cultures, sinon, on appauvrit son sol". Et le glyphosate dans tout cela ? "On l’utilise, peu, pour détruire le ray-gras à raison d’un litre par hectare. On n’a pas le choix ! On essaye de trouver des alternatives sur les couverts d’été en mulshant mais on travaille le sol. Le glyphosate, on aurait souhaiter le garder", ne cache pas Dominique Luherne, en référence à l’interdiction d’utilisation fin 2020, abordé lors des débats, sans tabou.

 

cultiver le sol

Les génies du sol

Leur nourriture préférée est la matière organique.

La macro faune avec ses vers de terre, mélangeurs, infiltreurs, épigés dans les 30 premiers centimètres, puis endogés et anéciques.

La mésofaune qui décompose la matière organique avec ses collemboles, diploures, acariens, diplopodes, enchytréides…

La microfaune, régulatrice et stimulante, dont les nématodes.

Les micro-organismes : petits chimistes, bactéries, champignons, protozoaires.

Les racines et rhizosphères : ancrage des plantes, interaction, symbiose...

Les bioagresseurs et prédateurs, mauvais génies mais génies tout de même.

 

 

cultiver  le sol

Un film sur les bienfaits de l'agriculture de conservation

"C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'on est vraiment dans des scénarios de régénération de sols, alors que l'on a fait de l'épuisement des ressources", témoigne Frédéric Thomas de l'association Base, agriculteur et fondateur de la revue TCS. À l'initiative du réalisateur, François Stuck, et Sarah Singla, présidente de l'association "Clé 2 Sol", le film documentaire "Bienvenue les vers de terre" a été conçu pour vulgariser auprès du grand public les atouts de l'agriculture de conservation. Le film regorge d'une multitude de témoignages et de nombreux agriculteurs y partagent leurs points de vue. "On considère que l'agriculture de conservation est un système agricole pertinent, cohérent parce qu'il produit du résultat", assure Benoît Lavier, président de l'association Apad. "Je me suis aperçu que si le sol est en bonne santé, les plantes sont en bonne santé et les animaux derrière sont en bonne santé", témoigne Philippe Bosc, éleveur de vaches Aubrac. Projeté jeudi 14 novembre au Cinéland à Trégueux en Côtes d'Armor, le documentaire s'est poursuivi par un débat avec la salle. Des spectateurs ont fait remarquer que le film n'abordait pas la complexité du semis direct. Sarah Singla rappelle que "la porte d'entrée est le couvert du sol". Se former aux principes agronomiques, faire le diagnostic de son sol et le préparer (compaction, pH, drainage...) est un préalable. "Il faut que le sol soit prêt et démarrer avec les moyens sur l'exploitation", confirme Bernard de la Morinière, agriculteur en Ille-et-Vilaine et secrétaire de l'association Base. Quant au glyphosate, plus que la méthode, ces agriculteurs demandent que soit jugé le bénéfice global de la régénération des sols pour l'environnement. "On montre l'agriculture comme la source de tous les maux. Là on est au cœur des solutions", conclut sur une note optimiste Frédéric Thomas dans le film. / Emmanuelle Le Corre

 

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