Aller au contenu principal

PORTUGAL : Il y a le ciel, le soleil et la mer

À l’extrémité sud-ouest de l’Europe, le Portugal est un pays chaleureux et coloré. La proximité de l’océan Atlantique a fortement influencé son histoire et sa culture : navigateurs célèbres (Magellan, Vasco de gamma), empire colonial (Brésil, Madères, Les Açores, Cap vert, Guinée, Mozambique, …), gastronomie (morue salée, sardines grillées), tourisme (golf, voile, farniente). La pêche et l’agriculture ont une place importante dans l’économie, le social et l’environnement. Fruits, légumes et vignes y poussent à merveille pour nous apporter des mets dans nos assiettes mais le Portugal importe fortement les céréales et les viandes de toute sorte. Les campagnes se sont vidées avec l’entrée dans l’Europe et sa réussite économique ainsi qu’une immigration traditionnelle à l’étranger. La démographie agricole est l’une de plus vieilles d’Europe.

© C. Dequidt

80 % des portugais ne voient pas d’avenir sans l’Union européenne. L’Europe, c’est non seulement un marché exceptionnel pour l’exportation des productions agricoles mais c’est aussi un marché de l’emploi pour bon nombre de portugais qui vendent leur savoir-faire et leur ardeur au travail dans l’industrie, le bâtiment, l’automobile et l’agriculture. Elles sont nombreuses les colonies portugaises fixes ou jouant les va-et-vient en France, en Allemagne ou dans le Benelux. Ces émigrés proviennent essentiellement des milieux ruraux, au point que régulièrement, le pays importe de la force de travail d’Afrique, d’Inde ou du Bengladesh pour ses propres travaux des champs. La crise du coronavirus nous a montré que sans cette population saisonnière, les récoltes de fruits et de légumes n’étaient pas simples dans de nombreux pays européens. La communauté portugaise implantée en France est constituée d’environ 800 000 personnes. L’âge venu, bon nombre d’entre eux rentrent au pays, avec un pécule leur permettant une retraite bien gagnée.

 

La pêche naturellement

Vitaux pour l’économie du pays, la pêche maritime et les viviers de crustacés font le bonheur des autochtones et des touristes. Avec 2 751 km de côtes, le Portugal, premier pays consommateur de poissons de l’Union européenne en proportion de sa population dispose d’une flotte de 8 380 bateaux. La pêche occupe 0,3 % de la population active, pour 216 000 t de captures et 8 000 t d’aquaculture. Activité stratégique, elle fait l’objet de toutes les attentions de dirigeants. Depuis l'arrivée du Royaume-Uni, du Danemark, de l'Irlande puis de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne, le secteur de la pêche européenne a été bouleversé avec la mise en place de quotas. La zone maritime sur laquelle les portugais ont des droits est la 3e d’Europe (Grande Bretagne et Irlande).

 

Les céréales en berne

Sous la dictature Salazar, d’après-guerre, l’agriculture était une sous-catégorie de la population, traditionnelle et très pauvre. Plus de 50 % des agriculteurs étaient analphabètes. C’était une volonté politique. Le pouvoir leur avait demandé de cultiver du blé pour nourrir le peuple avec du pain. Peine perdue, faute d’eau, les rendements blé sont proches de 4 t/ha. Heureusement que la pression de maladies est très faible et les adventices rares ce qui permet de meilleurs coûts de production à moins de 600 €/ha. Heureusement, la qualité est excellente à 80 % de PS, 14 % de protéines et 330 hagberg, permettant l’ouverture sur les marchés du Baby food ou du pain traditionnel. Le Portugal est un importateur net de blé français chaque année.

 

Un retour à la terre

Avec l’entrée dans l’Europe en 1986, le Portugal a connu une période très faste. Tout fonctionnait, de nouvelles routes, de l’immobilier, des industries en hausse, des emplois dans les services. Les jeunes se sont alors détournés d’une agriculture pauvre, sans revenu et sans avenir, pour tenter leur chance en ville. La crise de 2008 a été terrible dans ce pays. Le taux de chômage a atteint dans les années 2010 plus de 35 % de la population, en particulier les jeunes. Diplômés, avides de réussite, ayant goutté à une vie meilleure, les fils et filles d’agriculteurs sans travail se sont souvenus de leurs racines d’autant plus que les filières agricoles leur ont offert un formidable levier pour revenir sur la ferme familiale en diversifiant les productions (olives, fruits, vigne) et en développant une agriculture moderne. La moyenne d’âge des agriculteurs qui était de 67 ans pour 17 % de la population active, en 2008, s’est inversée. Elle serait aujourd’hui revenue à 56 ans avec 13 % de la population active.

 

Des investisseurs du monde entier

Le Portugal est-il un nouvel eldorado ? De partout, on se précipite pour investir et pas seulement dans des appartements en bord de mer. La terre, encore abordable, attire aussi des acheteurs des quatre coins du monde, brésiliens, chinois, russes, américains, plus de 30 nationalités différentes ont été recensées. Après un certain mépris, depuis une dizaine d’années, les Espagnols s’y sont intéressés voyant la possibilité de faire d’excellentes opérations financières avec un coût du travail beaucoup plus avantageux. Ils sont aujourd’hui les premiers investisseurs en monétaire. L’effet a été immédiat sur le prix des terres qui a doublé.

 

1er producteur mondial de liège

Le Portugal est le principal producteur mondial de liège avec 310 000 tonnes de liège produites annuellement, soit plus de 60 % du volume mondial, pour 2 millions d’hectares d’arbres. Une activité, en plus vertueuse, le chêne-liège est un puit de carbone d’autant plus efficace que l’arbre est exploité à produire du liège. Cette filière autrefois très fleurissante est toutefois
en crise avec l’évolution du capsulage des bouteilles de vin. Dès les années 2000, l’industrie du secteur a compris qu’il fallait sortir de sa zone de confort pour se diversifier dans d’autres utilisations du liège.

PORTUGAL

Le Vinho Verde

La légende dit que les vins de Vinho Verde furent les premiers vins portugais exportés vers l’Europe puis le continent américain. Au XVI et XVIIe siècle, les vins de la Vallée de Minho et de Lima, à la pointe nord du Portugal, étaient régulièrement acheminés vers l'Europe du Nord dans les mêmes bateaux que ceux qui transportaient la morue et d'autres produits transformés. Aujourd'hui, cette région regroupe des centaines de producteurs qui produisent près de 1 million d’hl. Ce vin blanc, léger et frais, est devenu une référence avec une part exportée supérieure à la part vendue sur le marché national. C’est un véritable phénomène marketing. Une exception culturelle. Le mode de culture traditionnel des vignes est très particulier : les vignes sont conduites en pergola, voire le long d’arbres. Ces méthodes avaient pour objectif de libérer de l’espace pour d’autres cultures mais ne faisaient qu’empirer la maturation des raisins déjà mise à mal par le climat frais et humide de la région. Si certains viticulteurs ont conservé cette tradition, une grande partie des vignobles de l’appellation est aujourd’hui conduit de manière plus moderne, permettant une meilleure exposition au soleil.

 

Le pays en chiffres

- 93 ha dont 73 irrigués,
- 700 000 litres de vin/a,
- 84 % vin rouge, 14 % blanc et 2 % liquoreux,
- 30 % pour l’exportation en Chine, les pays scandinaves et baltes,
- 5 ha de chène liège,
- 4 employés temps plein, 13 à temps partiel pour la taille et aux vendanges et 4 dans la cave.

 

Témoignage : J’ai décidé de m’investir dans un rêve de gamin

PORTUGAL

De mémoire d’hommes, il y a toujours eu de la vigne dans la région de Palmala au Sud de Lisbonne. Fernando, le gérant de la ferme, est issu d’une famille bourgeoise qui avait investi, dans les années 60, quelques hectares en diversification de patrimoine et double activité.

3e génération

En 20 ans, il a fait de cette exploitation familiale, l’un des leaders de la viticulture portugaise. "J’ai décidé de m’investir dans un rêve de gamin : produire des vins de qualité authentique qui puissent exprimer ce terroir exceptionnel, suivant la tradition héritée de mon père Rodolfo et mon grand-père Xavier. C’est difficile, ici, de faire du mauvais vin car on controle tout. Nous avons replanté totalement le vignoble, il y a 20 ans. J’ai aussi profité des programmes européeens comme Vitis pour investir dans une cuverie moderne. Un pari qui commence à être gagnant". Ses deux ainés n’étaient pas viticulteurs à plein temps. Fernando, après une expérience malheureuse de travail en ville, a pris la décision d’en faire son métier, en 1998. En 2004, Fernando commence à produire son propre vin. De 30 ha en 1980, l’entreprise est passée à 93. Des opportunités et surtout des faillites dans les exploitations voisines, lui ont ouvert la voie.

Axe qualitatif

Dans les sols sableux de la péninsule de Setubal, irrigué par les deux fleuves, le Tage et le Sado, Fernando réalise des merveilles. Il y a planté une grande diversité de cépages, alliant des variétés typiques portugaises aux variétés internationales, françaises et espagnoles. Le challenge est de produire chaque année. "Avec le réchauffement climatique, la température peut monter parfois jusqu’au 45° pendant plusieurs jours. Les années se suivent et ne se ressemblent pas. En 2017, avec la canicule, nous avons perdu plus de 70 % de la récolte, même sur les terres irriguées. Le raisin a brulé sur les ceps".
Le rendement est de 12 t/ha les bonnes années. L’exploitation produit jusqu’à 700 000 litres de vins par an. Toute la production de raisin est transformée sur place. "Je n’achète pas de raisin, ni en vend. Mes vins sont nés et élevés dans mes vignobles et la cave de la propriété, sous la marque "Quinta do Monté Alegre", avec une certification d’Appelation d’Origine Controlée. Fernando est l’un des tout premier viticulteur à utiliser la confusion sexuelle dans les vignes. Il a parfaitement conscience de l’image commerciale d’une agriculture qui prend plus en compte l’environnement. "Ici on ne parle pas de vin bio mais on pratique l’agriculture raisonnée. Le zéro phyto est encore impossible car la région est très touchée, entre autre par le mildiou, mais nous utilisons des produits avec le minimum d’impact possible et surtout nous garantissons le non résidu".
Maintenant que le domaine est prêt pour élaborer un vin de qualité supérieur en rouge, blanc et liquoreux, il faut le vendre. "C’est notre principal challenge. Nos prix sont très abordables avec des bouteilles qui se vendent en moyenne 7 euros avec un écart type de 12 à 3,5 euros entre les liquoreux et le rouge de première gamme. Un prix qui nous a permis de nous implanter de façon durable en Chine en Suède et dans les trois pays baltes. Il reste du chemin à faire notamment dans certains pays de la communauté européenne notamment à l’Est, comme en Pologne où la principale chaine de magasin est portugaise. Nous n’avons pas encore répercuté la hausse de la qualité gustative dans nos prix". Grâce à plusieurs acteurs majeurs coopératifs ou privés dans le pays, le vin portugais gagne de la notoriété à l’international. Le Portugal, ce n’est pas que le porto mais une gamme complète de vins de qualité. Ils sont aujourd’hui très présents dans les salons internationaux.

Se faire aider et conseiller

Fernando est un adhérent actif de l’Association Ivade. Plus de 255 viticulteurs pour 3 500 hectares bénéficient des services de cette organisation qui, depuis 1986, fournit des conseils techniques pour les vignes, l’irrigation, la comptabilité et les questions administratives nationales et européennes.
Six techniciens sont à l’écoute des agriculteurs. "L’association ne nous donne pas de conseils sur la vinification, ni la vente. Elle est en amont sur la production de raisin". Le système de gouvernence est d’ailleurs original puisque le directeur est un agriculteur qui change tous les ans.
Une association qui l’aide beaucoup dans la succession de l’exploitation. "J’ai la chance que mon fils André, se soit passionné pour le vin. Il est aujourd’hui l’oenologue du domaine. Il voyage beaucoup pour trouver les goûts qui vont plaire aux portugais mais aussi à l’international".

PORTUGAL

 

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Le Finistère à l’honneur des Trophées de l’agro-écologie
Le ministère de l’Agriculture et de l'Alimentation, avec le soutien du Crédit Agricole, organise chaque année les Trophées de l’…
Arrêt de la castration à vif : le ministre présente son plan d'action
Vendredi 19 novembre, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, s'est rendu dans les Côtes-d’Armor, aux…
Mettre à profit la biodiversité pour contrôler les ravageurs
La biodiversité est souvent considérée comme une notion abstraite à l’usage des naturalistes. Avec l’avancée des connaissances,…
Trop c’est trop

Alors que l’on nous parle de souveraineté alimentaire et de transmission-installation,force est de constater que la…

Égalité dans les territoires ruraux : mais où sont les femmes !
"Femmes et ruralité : en finir avec les zones blanches de l’égalité", tel est le titre du rapport d’information que vient de…
Prophylaxie bovine : quid de la nouvelle réglementation ?
La loi de santé animale (LSA) fixe les grands principes de prévention et d’éradication des maladies animales et impose pour la…
Publicité