Réforme des retraites : justice et équité

Depuis des mois, la France débat, se déchire, manifeste au sujet de la réforme des retraites voulue par le Président Macron. Même si l’on entend peu parler des retraites agricoles, la section régionale des anciens agriculteurs de la FNSEA, a participé au débat à Lorient en 2018, et rencontré certains députés bretons. La FNSEA soutient ce projet, et n’a donc pas appelé à rejoindre les cortèges du 5 décembre. En effet, avec les retraites les plus faibles de toutes les catégories socioprofessionnelles de France (800 euros pour les hommes et 600 euros pour les femmes en moyenne), la réforme ne pourrait être que bénéfique et nous ne voyons pas comment avoir moins. C’est pour cela qu’il nous est difficile d’appeler à manifester avec les salariés (retraite moyenne à carrière complète de 1 800 euros brut), les fonctionnaires (2 600 € brut), ou les régimes spéciaux (2 700 €).
Nous ne pouvons donc que soutenir un projet qui promet d’atteindre les 1 000 euros minimum pour une carrière complète. Mais là nous parlons des futurs retraités, qui partiront en 2025, 2029 ou plus tard, lors de la mise en place de la réforme. C’est bien pour les retraités agricoles actuels que nous demandons la mise en place des 85 % du Smic, les 1 000 euros, financés par la solidarité nationale, comme l’est la retraite des cheminots ou des fonctionnaires.
Et il est évident que même avec une pension de 1 000 euros, nous serons obligés de nous restreindre, de compter euro par euro, sans parler d’aller en Ephad. Nous ne sommes pas très gourmands, nous qui avons toute notre vie travaillé pour le panier de la ménagère, ne décidant pas de nos prix de vente, fournissant des produits agricoles en quantité et en qualité aux Français, voire au monde entier.
Nos retraites sont le reflet de nos revenus pendant notre carrière, des revenus faibles, ou inexistants parfois. Tout au long de notre vie professionnelle, nous avons investi dans nos outils de productions, dans des mises aux normes, investi pour répondre aux contraintes toujours plus nombreuses. Nous avons permis le développement de l’agroalimentaire, des services, des entreprises qui nous entourent, pour faire de la Bretagne une des premières régions agricoles de France. Sans misérabilisme, ni démagogie, la solidarité que nous demandons n’est qu’un juste retour des choses. Dans un système de retraites fortement déséquilibré et en connaissant la situation financière de la France, en bons paysans nous qui avons toujours eu les pieds sur terre, nous ne demandons pas l’égalité avec les autres catégories socioprofessionnelles, mais de l’équité. Il y a plus d’un siècle, Victor Hugo écrivait déjà dans les Misérables que "la première égalité, c’est l’équité".





