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Vieillissement et dépendance, des enjeux pour la société et la ruralité

35 % des personnes de plus de 85 ans sont aujourd'hui en situation de dépendance, c'est à dire qu'elles ne peuvent plus assurer elles mêmes les actes de la vie quotidienne. La MSA des portes de Bretagne consacrait le 12 octobre, une journée a destination de ses 360 délégués sur ce thème. Vieillissement, grand age, fragilité, autonomie, dépendance... derrière chaque mot se profilent des maux et des réalités qui concerneront tôt ou tard chacun-e d'entre nous ! Une réalité souvent repoussée, procrastinée, et qui se traduira par une "crise du vieillissement" prédit Jérôme Gedje l'intervenant, si des actes politiques forts ne sont pas pris rapidement, notamment dans les territoires ruraux.

Vieillir ce n'est pas forcément devenir dépendant. Dans la très grande majorité des cas la "robustesse" est même le phénomène le plus marquant des personnes arrivant à l'age de la retraite. 
© Pixabay

Le vieillissement concerne chacun d'entre nous c'est plus qu'une évidence. Il se traduit dans la plupart des cas par des situations de fragilité, et chez "seulement" 35 % des personnes de plus de 85 ans par une situation de dépendance. Autrement dit dans les 2/3 des situations les plus de 85 ans vivent parfaitement leur "grand age" avec ses fragilités , mais en autonomie, et le plus souvent chez eux.
Mais être autonome, c'est disposer autour de soi de services médicaux proches et disponibles. Ce qui n'est plus le cas dans les régions de déserts médicaux. Rester chez soi, c'est aussi pouvoir se nourrir et faire face à ses besoins du quotidiens. Or, 40 % des personnes de plus de 75 ans vivent dans un lieu qui ne dispose pas de commerce alimentaire. Pour Jerôme Gedge, qui intervenait lors de cette journée des délégués MSA,"le vieillissement est un phénomène territorial". 

Il ne faudrait pas que cette massification du vieillissement se termine par une crise du vieillissement.

Une triple massification du vieillissement

Nous sommes face à une triple massification du vieillissement souligne l'intervenant. Tout d'abord la génération du babby boom arrive à l'age de la retraite. Or en France le babby boom a été plus long et plus intense. De 600 000 en 1945 le nombre de naissance s'est stabilisé aux environs de 800 000 pendant plus de 25 ans. Second phénomène qui vient s'ajouter au premier , "la révolution de la longévité". La durée de vie s'allonge, du fait des progrès de l'alimentation, de la santé, de la prévention... Troisième phénomène la "massification des robustesses". On quitte la vie professionnelle en bonne santé, et chacun reste actif, disponible pour sa famille, ses activités, ses passions. D'un point de vue démographique souligne Jérôme Gedge ce phénomène était totalement prévisible. Chacun sait aujourd'hui que de 2 M de personnes de plus de 85 ans notre pays va progressivement arriver au chiffre de 4 M dans 15 ans. Les 15 000 centenaires des années 2020 seront bientôt 80 000. Les démographes ont calculé qu'au rythme actuel la France sera en 2060 plus peuplée que l'Allemagne !

 

Vieillir en bonne santé

Pour Jérôme Gedge il ne faudrait pas que cette massification du vieillissement se termine par une crise du vieillissement. Et il pointe du doigt les nombreuses promesses de lois, de création d'un 5e risque, chacun reporté pour des raisons différentes. Il souligne les attermoiements, la procrastination permanente, qu'il explique notamment par le rapport que chacun a à cette question. "La vieillesse inquiète, le grand age préoccupe, la dépendance effraie". Pourtant on juge le degré de maturité d'une société au sort qu'elle réserve aux plus fragiles et les anciens font partie des plus fragiles ! La société devra donc s'adapter conclue-t-il. Vieillir ce n'est pas forcément devenir dépendant. Dans la très grande majorité des cas la "robustesse" est même le phénomène le plus marquant des personnes arrivant à l'age de la retraite. Et cette robustesse va même se prolonger jusqu'à l'age des fragilités. Ces fragilités peuvent très bien être réversibles, voire pourraient dans bien des cas être évitées. Il cite ainsi les 10 000 personnes agées qui meurent chaque année des conséquences d'une chute. Il explique que bon nombre de ces décès pourraient être évités avec une adaptation de la cité d'une façon générale au vieilllissement. Si la plupart des seniors aspirent à vivre longtemps chez eux, en bonne santé, il souligne que c'est possible si ce "chez soi" est aménagé. Mais combien de logement sont aujourd'hui adaptés notamment en milieu rural ? Agir sur la question du vieillissement passera par la prise en compte de ces aspirations à vivre autonome, dans un espace sécurisé. Des espaces qui restent pour la plupart à créer... voir à imaginer !

 

Créer et financer le cinquième risque

La prise en compte du vieillissement et les différents outils notamment financiers devront intégrer toute cette palette de besoins. Or, souligne Jérôme Gedge, "le niveau actuel d'accompagnement ne couvre pas la totalité des besoins loin s'en faut. Que l'on parle d'adaptation du domicile au vieillissement, d'actions de prévention et de sécurisation, d'accompagnement au maintien a domicile, de services à domiciles, de modification des ephad pour les ouvrir sur la ville et la famille, de nouvelles formules de logement intergénérationnels, la demande va être énorme". Il chiffre le besoin financier de l'ordre de 9 à 10 Milliards d'Euros chaque année qu'un 5e risque devrait prendre en charge. Le Danemark dépense 3 % de son PIB pour cette question, la France 1,2 %. Jérôme Gedge milite pour la création d'un service public de l'accompagnement, qui ait une vision unique de la personne et de ses besoins. Comment financer ce cinquième risque ? Mettre à contribution les retraités lance-t-il à la salle ?, Mobiliser le patrimoine des personnes agées au moment de la liquidation de ce dernier ? Créer une taxe financée par tous à partir d'un nouveau jour ferié.
Toutes les solutions doivent être étudiées et il espère que ce thème de la création d'un cinquième risque sera majeur lors de la prochaine campagne pour les présidentielles. Il y a urgence à agir parce que termine t'il en citant Simone de Beauvoir "vivre c'est vieillir... rien de plus" !

 

La MSA s'engage pour les personnes dépendantes

"La MSA est dans une logique d'action sanitaire et sociale, en accompagnant les personnes dépendantes d'un point de vue sanitaire et social", souligne Magalie Rascle (CCMSA), elle dénonce un manque de clarté pour les personnes en demande d'aide d'autonomie "on ne sait pas qui s'occupe de quoi ! " La MSA est à l'initiative de plusieurs actions afin de démarginaliser ces personnes dépendantes. "L'accompagnement à domicile des personnes âgées (AADPA) permet de donner une aide financière pour s'occuper des personnes âgées et de faire des prêts pour investir dans des équipements pour améliorer le confort de l'habitat". "Le programme bien vieillir permet de développer la mémoire ou encore les connaissances dans le numérique de nos aînés", souligne la présidente de la MSA Portes de Bretagne Isabelle Coué.
Structure de la MSA, AMPER joue un rôle fondamental dans le service d'aide aux personnes dépendantes et en perte d'autonomie notamment dans le portage de repas. "Nous avons besoin de plus recruter et donc de former plus de personnes, indique son président Dominique Le Calvez. La rémunération des salariés vient dêtre revalorisée parce que l'enjeu de l'attractivité du métier, et de conserver les salariés sera crucial face à l'explosion de la demande. En étroite collaboration avec AMPER, la MSA à lancé le service "Bulle d'Air". Ce service vise à donner un temps de répit aux personnes aidantes s'occupant d'un proche dépendant souhaitant s'absenter pour quelconques raisons. Pour ce faire cette initiative recherche des "relayeurs" pour assurer l'intérim lorsque les personnes aidantes s'absentent, lorsque cela est possible "C'est un vrai soulagement pour les famille", assure Dominique Le Calvez.
L'avance des MSA - longtemps précurseurs avec les Marpa - a été souligné par Jérôme Gedge. Mais il reste beaucoup de choses à inventer en dehors des Ephad sous forme de résidences services, d'habitat partagé, pour allonger l'autonomie et l'indépendance et favoriser le bien vieillir en restant dans un habitat adapté. Un sujet que les MSA entendent bien prendre à bras le corps. 

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