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Y aura-t-il encore de l’élevage demain en Bretagne ?

C’est la question que posent en substance les présidents des chambres d’agriculture de Bretagne, dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’agriculture, mais aussi aux parlementaires, aux élus locaux, à l’amont et à l’aval de l’agriculture, à la grande distribution… S’ils veulent "alerter mais pas démoraliser", ils proposent aussi des solutions, alors que le nombre de bovins est à la baisse.

À gauche, André Sergent, président de la chambre d’agriculture de Bretagne, et Sébastien Giraudeau, directeur général.

"En Bretagne, en un an seulement, on a perdu 62 000 bovins, en production laitière ou allaitante". Lundi dernier, juste avant la session de la chambre régionale d’agriculture, André Sergent a organisé un point presse. "L’objectif n’est pas d’alarmer mais d’attirer l’attention", prévient le président, chiffres à l’appui. "Sur 1,8 à 1,9 million de têtes, ça représente une perte d’effectifs de 3,2 %, qui fait suite à une perte de 3 %, enregistrée l’an passé". Une baisse d’effectif qui s’explique "d’abord par un volet économique", le revenu des éleveurs étant inférieur à celui des filières végétales.

 

Augmenter les prix de vente

"Egalim 2 devrait apporter un mieux quant au prix payé producteur, indique André Sergent. Il y a urgence : les charges augmentent. Et le prix de vente doit être en adéquation avec nos coûts de production". Sinon, le risque est grand de voir les éleveurs bretons en place se diriger vers la production de céréales, de légumes, d’énergies renouvelables… "Et la jeune génération ne plus choisir l’élevage".
Mais là n’est pas la seule explication à la désaffection de l’élevage. "Les producteurs sont fatigués, usés". Et de citer le décalage avec le reste de la société, qui bénéficie de nettement plus de temps libre. "L’agriculture n’est pas le seul secteur concerné. La restauration peine aussi à trouver des salariés. Et les médecins ne veulent plus s’installer à la campagne". Enfin, la pression sociétale plombe, elle aussi, le moral des producteurs. "Les élevages sont sans cesse décriés. Et les projets de construction neuve recalés".

Nous sommes à un tournant. Il est urgent de trouver des solutions pour un rebond.

Une lettre ouverte

De quoi inquiéter les présidents des chambres d’agriculture de Bretagne qui viennent, le 26 novembre dernier, d’adresser une lettre ouverte au ministre de l’agriculture, mais aussi aux parlementaires bretons, aux élus, à l’amont et l’aval de l’agriculture, à la grande distribution… "Nous sommes à un tournant. Il est urgent d’en prendre conscience et de trouver des solutions pour un rebond", affirme André Sergent.
Alors que le premier confinement a remis la souveraineté alimentaire au cœur des préoccupations des Français, c’est l’inverse qui se passe. "Hormis le secteur des vins et spiritueux, qui se porte bien et exporte, la balance commerciale est catastrophique, constate le président de la chambre régionale d'agriculture. On importe de plus en plus et on exporte de moins en moins". Un constat aujourd’hui avéré en fruits et légumes, en volaille… "Et qui sera sans doute vrai demain en lait, en porc...".

 

Préserver la biodiversité

Et André Sergent de craindre, d’ici une dizaine d’années, un scénario identique au secteur de l’industrie, qui a vu ses usines déserter le territoire national. "Aujourd’hui, on parle de ré-industrialisation. Mais quand l’élevage a disparu, on ne le voit pas revenir". Un paradoxe à l’heure où la sauvegarde de la biodiversité fait partie des priorités environnementales. "C’est le bovin et ses pâtures qui la préserve le mieux". Et l’équilibre est fragile. "Aujourd’hui, si le sanglier fait tant de dégâts, c’est qu’il trouve refuge dans des bas-fonds abandonnés par l’agriculture et à manger dans les céréales cultivées à proximité".

 

Épauler les éleveurs

"La période est propice pour faire passer des messages", estime la chambre d’agriculture, en évoquant le calendrier des mois à venir, avec les élections présidentielle et législatives. Pour autant, pas question de sombrer dans le pessimisme. "Nous allons continuer à donner des orientations aux éleveurs", indique Pascale Gélin, directrice adjointe, en citant la journée lait, programmée à Rennes le 7 décembre prochain, ou les journées porc des 9 et 10 décembre, à la station de Crécom.

 

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