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Exploitations laitières : l'enjeu des coûts de production

Le coût du système d'alimentation est le premier point faible des systèmes de production français par rapport à leurs homologues européens. Il est aussi le premier facteur limitant du revenu des ateliers laitiers à conjoncture équivalente. Mais plutôt que de voir le verre à moitié vide, les économistes de l'Idele-Institut de l'élevage y voient la première source de marge de progrès des éleveurs !

Le coût du système d'alimentation (aliments + intrants surfaces + foncier + mécanisation) est selon l'Idele le premier facteur limitant du revenu des ateliers laitiers français (cas de 24 % exploitations). Vient ensuite le volume de lait produit par unité de travail (22%), quand le prix du lait est lui rarement le premier point faible (5%).
© Costie Pruilh

L'Idele-Institut de l'élevage a mis sous l'œil de son microscope la comptabilité des exploitations agricoles, sur une longue période. Une observation pleine d'enseignements. Le premier est que "le facteur limitant du revenu est moins souvent la dimension de l'exploitation que son efficacité économique". La dispersion des revenus qui était déjà très importante pendant la période des quotas laitiers s'est accrue depuis la fin de ces derniers.

Exploitations laitières

Une plus grand dispersion des résultats

Depuis la fin des quotas, le quart des exploitations qui disposait d'un revenu inférieur a vu ce dernier reculer encore de 14 % en euros constants, quand dans le même temps le quart des exploitations disposant des meilleurs revenus a vu celui-ci progresser de 17 % . Depuis plus d'une dizaine d'années, la dispersion des résultats économiques des exploitations est donc en augmentation. Ramené à l'unité de main d'œuvre, le revenu atteint en moyenne 32 811 € dans le quart le plus "efficace", quand il plafonne à 10 700 € dans les systèmes les moins efficaces.
Lorsque les chercheurs entrent encore un peu plus dans le détail de la structuration des coûts et du revenu, ils en arrivent à une indication forte : "Plus on a des revenus faibles ou négatifs, plus les charges sont un facteur limitant, en particulier celles du système alimentaire".

Le facteur limitant du revenu est moins souvent la dimension de l'exploitation que son efficacité économique.

Un problème de dilution des charges

Ils en arrivent aussi à une autre maxime : "Dans les exploitations en situation critique, les volumes de production sont souvent inadaptés aux évolutions de charges". Le problème est bien sûr un problème d'échelle et de dilution des charges, sur des volumes plus ou moins importants, mais cela renvoie aussi à la question de comment maîtriser les charges dans une petite exploitation. Autre point, celle de la trajectoire des exploitations. Même si les exploitations sont équilibrées à un instant T, elle restent rarement immobiles. Comment charges et produits évolueront-ils dans le temps dans ce cas ?
Les jeunes agriculteurs ont ainsi, au début, à taille d'atelier équivalent, des coûts de production plus importants, parce que l'installation correspond à une relance du cycle de vie de l'exploitation.
Pour Jean-Claude Huchon, de la chambre d'agriculture des Pays de Loire, l'essentiel n'est pas seulement de regarder les données brutes de l'exploitation mais bien de comprendre l'éleveur, quel est son système, et surtout quelle est l'approche globale. Sur les coûts de mécanisation par exemple, va-t-il déléguer, va-t-il acheter en collectif, acheter du matériel d'occasion, en sachant que bien souvent les choix seront en interaction avec d'autres postes de charges ou de produits. Moins d'investissement, c'est sans doute plus de délégation, peut être plus de travail,...

Exploitations laitières

L'Ouest face à ses concurrents

Reste qu'à l'échelle des exploitations de l'Ouest de la France une constante semble se dessiner, à savoir que le coût d'alimentation est en terme de charges le poste le plus important et le point de fragilité par rapport à nos principaux concurrents. L'objectif n'est pas de les amener à néant mais bien de les réduire et de chercher à les diluer. Mais avec un système dominant qui part de fourrages grossiers récoltés mécaniquement, et distribués mécaniquement, c'est le poste qui crée le plus de charges.
Les Irlandais ont depuis des années surfé sur des coûts de production très faibles, grace à une valorisation directe de l'herbe par le pâturage. Au nord de l'Europe, les Danois qui ont un système sensiblement équivalent au nôtre ont souvent des coûts d'aliments achetés plus faibles. Par contre les pays du sud de l'Europe ont des coûts encore supérieurs aux nôtres.
Travailler la question des coûts de production, ce n'est pas abandonner la question de la valorisation du lait et des produits laitiers. Mais la table ronde se centrait sur la question des charges, parce qu'à court terme, et sans autre intervention extérieure, ce sont celles qui dépendent des décisions de l'exploitant et pratiquement de lui seul !

Exploitations laitières

Un outil de diagnostic des coûts de production

L'Institut de l'élevage vient de développer un nouvel outil - Couprod - pour calculer les coûts de production des éleveurs dans toutes les filières herbvirores : bovins, ovins, caprins. Sur la base d'une méthode de calcul unique, il permet de calculer les coûts de production pour chaque atelier de l'exploitation, le prix de revient et la rémunération permise par le travail. Ces chiffres permettent ainsi à l'éleveur d'analyser sa situation économique, de se situer par rapport à des collègues éleveurs, d'identifier des leviers d'amélioration.

 

Réfléchir en groupe

Exploitations laitières

Maxime Bignon, du Gaec de l'Orée du Bois en Loire-Atlantique, évoque ses stratégies pour la maîtrise des charges de production. Pour ce jeune éleveur installé en 2011 dans une forme d'installation progressive, l'essentiel est bien d'avoir une vue globale et précise de la situation des charges. Parce que "chaque poste de charges peut déraper rapidement".
Son coût de porduction s'élève à 364 €/1 000 l (contre 460 pour la moyenne des éleveurs Inosys Pays de la Loire) dont un coût du système d'alimentaire bien maîtrisé à 155 €/1 000 l.
Mais au delà des indicateurs, Maxime souligne le temps passé avec son associé à se poser, à réflechir et discuter. Et surtout le temps passé en groupe pour acquérir des compétences, se former et se comparer. Il y trouve "une forme de réasssurance", en plus de "participer à une dynamique locale". "On a bien pensé nos investissements", "il n'y a pas de superflu chez nous", "lorsque l'on fait quelque chose on sait pourquoi on le fait".
Il illustre en indiquant que la délégation à la Cuma - en plus de la maîtrise des charges de mécanisation et des investissements - permet de dégager beaucoup de temps. Du temps pour mieux gérer le pâturage et les prairies, et aller chercher une à deux tonnes de fourrages supplémentaires.
En outre, l'exploitation reste "vivable" puisque Maxime et son associé font une traite chacun par jour, travaille un week-end sur deux et s'octroient trois semaines de vacances par an. Et ce malgré une productivité du travail importante puisqu'ils vendent à eux deux 837 000 litres de lait, avec une rémunération fixée à 2 500 € minimum.
Heureusement, conclut-il, "il y a des exploitations qui gagnent de l'argent. Une exploitation est une entreprise, on doit pouvoir se fixer des objectifs par exemple en terme de revenu. Planifier, c'est se dégager une marge de sécurité, et se donner les moyens de faire face à l'imprévu".

 

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