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La filière laitière au Portugal, une diversité   de systèmes de production

En 2016, la production de lait de vache au Portugal atteint environ 1,9 million de tonnes de lait par an, dont 30 % au sein de l’archipel des Açores. Le Portugal dispose d’un cheptel laitier de 280 000 vaches laitières majoritairement de race Prim’Holstein sur 10 450 fermes, soit une moyenne de 33 vaches par exploitation. Néanmoins, il existe une forte hétérogénéité que ce soit en termes de dimensions des élevages mais également en ce qui concerne les systèmes de production. Les conditions climatiques, la topographie, les orientations de la filière… sont autant de facteurs explicatifs.

Exemple d'une salle de traite mobile dans un élevage laitier des Açores.

Le projet Interreg "Dairy-4-Future" a pour ambition d’améliorer la résilience des exploitations laitières au sein de l’Arc Atlantique. Une centaine de fermes pilotes réparties dans les cinq pays partenaires ont été recrutées sur des critères tels que le coût de production et l’empreinte carbone. C'est dans le cadre d'un séminaire organisé fin janvier qu'une présentation de la filière laitière au Portugal a été réalisée par David Fangueiro, professeur à l’Institut Supérieur d’Agronomie de Lisbonne.

 Une majorité d'exploitations laitières au nord
Le Portugal est un pays comprenant 10 millions d’habitants sur une surface de 90 000 km². Outre le continent, le Portugal possède deux archipels d’îles appelées Madère et les Açores. Ces dernières représentent 250 000 habitants et possèdent une superficie de 2 300 km². Les Açores se situent à 1 450 km du continent portugais.
D’un point de vue climatique , le Portugal peut se découper en deux : un climat pluvieux et tempéré dans le nord du Portugal et aux Açores, ainsi qu’un climat méditerranéen dans le sud du Portugal.
À l’instar des conditions climatiques, le relief diffère fortement entre le nord et le sud du Portugal. En effet, le nord du Portugal, à l’exception du littoral, est montagneux avec une altitude comprise entre 500 et 1 250 m. L’ensemble de ces facteurs a conduit à une différenciation marquée entre les élevages laitiers du nord et ceux du sud du Portugal .
La majorité des exploitations laitières se trouvent au nord du Portugal du fait de conditions climatiques plus favorables à la pousse de l’herbe ou des fourrages. Néanmoins, se trouvant dans une zone montagneuse, les parcellaires des exploitations sont plus morcelés et avec une plus faible superficie qu’au sud. Le type d’exploitations est comparable à celui présent sur l’archipel des Açores. A contrario, les exploitations du sud du Portugal disposent d’un cheptel supérieur à 100 vaches sur une surface d'un minimum de 50 ha.

Au Sud des systèmes productifs avec une stratégie de "dilution" des charges
Entre 2007 et 2017, la production laitière a augmenté de 19 % dans le sud du Portugal (Lisbonne et département d’Alentejo), passant de 0,28 à 0,34 million de tonnes de lait. Le lait produit dans ces régions représente 18 % de la production nationale totale. Sur la même période, le nombre de fermes est resté stable avec 360 exploitations mais le nombre de vaches a augmenté de 30 %. Cela a entrainé une spécialisation des exploitations laitières avec la progression du cheptel moyen de 161 à 284 vaches. Avec la spécialisation, il a été observé une augmentation de la productivité animale pour arriver à une moyenne en 2017 de 9 600 kg/VL/an.
Le système de production des élevages laitiers du sud du Portugal est basé sur des animaux en bâtiment toute l’année et sur une alimentation composée de fourrages stockés (maïs et RGI ensilés). Le chargement animal s’avère assez élevé, évoluant entre 1 et 4 UGB/ha SFP. Le rendement moyen estimé de la surface fourragère s’établit entre 5 et 10 tMS. Globalement, la surface des prairies est très faible sur les exploitations du sud du Portugal avec une proportion entre 10 et 20 % de prairies dans la SFP. Le système de production mis en place induit un recours accru à l’emploi de concentrés pour les animaux avec une complémentation moyenne estimée entre 3 000 et 3 800 kg par vache et par an.
La majorité du lait produit dans le sud du Portugal est transformé dans le nord du pays. La part du lait de vache transformée dans le sud du Portugal a diminué sur la dernière décennie. Le principal produit est le lait de consommation avec environ 105 000 tonnes suivi de très loin par le beurre/crème (12 000 tonnes) et le fromage (8 000 tonnes). Les principaux collecteurs de lait sur la région sont tous des coopératives telles que Lacticoop, Proleite et Serraleite. La plupart des industries agro-alimentaires du sud du Portugal sont spécialisées dans le lait de petit ruminant. La présence de chèvres et de moutons sur le territoire s’explique par leur capacité de résistance à des conditions climatiques difficiles.
Le prix du lait payé aux producteurs est fixé par les industries de transformation selon la demande sur le marché. Cependant, le marché du lait au Portugal est sujet à une forte compétition avec toujours une convergence vers un prix du lait bas. Ainsi, la rentabilité des exploitations laitières a diminué ces dernières années. Pour y remédier, les élevages se sont fixé l’objectif de produire davantage de lait à un coût plus faible.

Au sud, les éleveurs laitiers tentent de compenser la baisse de rentabilité en produisant davantage à un coût faible

Les Açores : des systèmes pâturants avec une salle de traite mobile
La production de lait aux Açores a augmenté de 21 % entre 2007 et 2017, passant ainsi de 0,52 à 0,63 million de tonnes de lait. Le lait des Açores est principalement produit sur l’île de São Miguel (89 % du lait des Açores), le reste étant produit sur l’île de Terceira. L’activité laitière est très importante pour le secteur agricole des Açores avec une contribution à hauteur de 30 % à la marge brute globale agricole.
Comme au sein de beaucoup de bassins laitiers européens, une restructuration des exploitations laitières s’est produite ces dernières années aux Açores. Entre 2007 et 2017, le nombre d’exploitations laitières a diminué de 19 %. Dans le même pas de temps, le nombre de vaches a légèrement diminué de 3 %. Ainsi, le nombre de vaches par exploitation a augmenté de 36 %, passant de 25 à 34 vaches laitières. Par ailleurs, le nombre d’exploitations avec plus de 100 vaches a progressé de 11 à 22 %. La spécialisation des exploitations a été un facteur entraînant l’accroissement de la productivité laitière par animal de 5 550 kg à 6 900 kg.
La principale particularité du système de production des Açores est le recours à une salle de traite mobile (utilisée depuis plus de 30 ans) et l’absence de bâtiments sur la majorité des exploitations (ce qui permet une réduction des coûts de production).
Le système de production aux Açores est basé sur le pâturage avec en moyenne plus de 90 % de prairie dans la SFP. Malgré cela, l’herbe ne représente que 35 % de la ration moyenne d’une vache laitière, le maïs ensilage étant de plus en plus utilisé dans les rations (45 %). Par ailleurs, la complémentation des vaches en concentrés est haute avec 8 à 10 kg/VL/jour. Le foncier est un moyen de production sujet à une forte compétition aux Açores avec des prix d’achats entre 30 et 70 000 €/ha.
Par ailleurs, la rentabilité des exploitations laitières pose question car les prix du lait et des concentrés sont similaires avec une fluctuation du prix du lait entre 0,29 et 0,31 € et du concentré entre 0,27 et 0,30 €. La valorisation du lait se fait principalement en lait de consommation et en fromage. La production de lait aux Açores est subventionnée par le gouvernement afin de contrebalancer les coûts de transports des matières premières et du lait entre le continent et les Açores. En 2018, cette subvention était à hauteur de 6 €/1 000 litres.
Les unités de transformation sont très présentes aux Açores et logiquement davantage sur l’île de São Miguel. Les principales entités sont les suivantes :
- Unileite (45 % du lait produit aux Açores) : union de coopératives laitières ;
- Bel (25 % du lait produit aux Açores) : entreprise internationale privée dont le siège est basé en France.
- Insulac (20 % du lait produit aux Açores) : entreprise privée régionale, spécialisée majoritairement dans la production de poudres de lait.
Le lait des Açores est principalement valorisé sous forme de lait liquide (150 000 tonnes par an) suivi par le fromage (37 000 tonnes par an). Deux types de fromage sont fabriqués sous un sigle de qualité : São Jorge et Pico. Par ailleurs, un lait dit segmenté a été mis en place par l’entreprise Bel et se nomme Leite de Pastagem, soit en français "Lait de Pâturage". Un des critères à respecter est la présence des vaches au pâturage toute l’année.

 

Des échanges entre éleveurs

Les éleveurs des 21 fermes pilotes françaises engagées dans le projet Interreg "Dairy-4-Future" (dont 11 en Bretagne, 7 en Normandie et 3 en Pays de la Loire) se sont réunis à Granville (50) du 21 au 22 janvier 2020. À l’ordre du jour, des présentations et beaucoup d’échanges autour des différents pans de la résilience : le temps d’astreinte en élevage laitier, la performance technico-économique des fermes pilotes, le bilan carbone d’une ferme pilote et son analyse.
Le séminaire s’est conclu par la visite du Gaec du Mont Daniel, exploitation laitière de 2,5 UTH, produisant 1 336 000 litres de lait en système robot de traite avec 147 vaches laitières sur 128 ha.

 

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