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La méthanisation agricole à la croisée des chemins

La modification du tarif de rachat du biométhane ainsi que la révision en cours des prescriptions installations classées transforment de façon importante les conditions de développement de la méthanisation agricole, notamment en Bretagne. Si l’avenir de cette technique reste prometteur, les possibilités pour les agriculteurs d’en tirer les bénéfices évoluent.

Ces évolutions tarifaires ont un impact non négligeable sur la rentabilité des projets.

Des objectifs ambitieux dans un cadre budgétaire fixe
La Programmation Pluriannuelle de l’Energie a fixé pour objectif d’atteindre une production de gaz renouvelable de 6 TWh en 2023 et de 14 TWh en 2028 voire 22 TWh si le coût de production du biométhane baissait suffisamment. Cela pourrait représenter environ 10 % de la consommation totale de gaz à l’horizon 2030. Fin 2020, 1.5Twh était produit avec 172 sites d’injection dont une trentaine en Bretagne. Boosté par des tarifs attractifs et des facilités de raccordement aux réseaux, le développement s’est accéléré ces trois dernières années à tel point que l’Etat s’est inquiété des dépenses que cela engendrait. Le nouveau tarif, sorti en novembre dernier, a pour but d’inscrire le développement du biométhane dans un cadre budgétaire limité. A cette fin il prévoit de réserver l’accès au tarif aux unités de moins de 300 Nm3/h, de baisser le tarif de base de 5 % avec une baisse supplémentaire de 0,5 % par trimestre. De plus, en cas de trajectoire de développement plus rapide que prévu, une nouvelle baisse sera appliquée.

 
Des conditions de rentabilités qui changent
Ces évolutions tarifaires ont un impact non négligeable sur la rentabilité des projets. La recherche de gain de productivité du biométhane pénalise à termes les plus petites installations surtout lorsque la part de déjections dans la ration est importante, comme en Bretagne. En dessous de 80 Nm3/h les projets vont devenir de plus en plus rares d’autant plus que deux autres facteurs les handicapent. D’une part les aides à l’investissement diminuent fortement et peuvent même pénaliser de manière supplémentaire le tarif de rachat. D’autre part, les obligations réglementaires appliquées aux unités tendent à se renforcer ce qui va renchérir les coûts d’investissement et fragiliser les conditions de rentabilité. Des opportunités restent encore possibles à cette échelle, dans certaines situations, en jouant sur des leviers d’optimisation des charges et des investissements, néanmoins l’essentiel du développement envisagé ne pourra se faire qu’avec de plus grandes unités.


Un défi pour l’agriculture bretonne
Cela représente un véritable défi pour la Bretagne, qui contrairement aux idées reçues, est une terre de petite méthanisation avec une très grande majorité d’unités à la ferme, valorisant à plus de 80 % des effluents d’élevage. En injection, la moyenne des sites agricoles bretons en fonctionnement est de 60 Nm3/h alors même qu’au niveau national elle est de 130 Nm3/h. Les plus gros sites sont soit industriels soit dans les zones où la biomasse végétale est plus abondante. Les Hauts de France ou le Grand Est produisent ainsi déjà deux à deux fois et demie plus de biométhane agricole que la Bretagne. Trouver comment intégrer au mieux les nouvelles conditions de productions pour continuer à développer des projets agricoles est désormais déterminant.


Des opportunités à construire en lien étroits avec les territoires
Augmenter la taille moyenne des installations en intégrant les contraintes environnementales et d’acceptabilité sociétale est absolument nécessaire pour continuer à développer cette filière. Cela nécessite de plus en plus une approche collective des projets agricoles, en phase avec les besoins des territoires. Si l’on veut éviter un recours trop important aux cultures énergétiques pour gonfler les rendements, il est nécessaire de valoriser aussi d’autres déchets méthanogènes du territoire, dans la mesure où leur approvisionnement peut être sécurisé sur le long terme. De ce point de vue, les biodéchets, dont la collecte va devenir obligatoire d’ici 2023, constituent une ressource intéressante et un levier de collaboration entre les agriculteurs et les collectivités. Développer de telles synergies peut apporter du sens et faciliter l’acceptation des projets. De même la volonté de certains territoires de développer le transport au gaz renforce l’intérêt d’en produire localement. Des rapprochements en ce sens commencent à se mettre en place avec parfois de nouvelles modalités de financement associé, permettant aux agriculteurs de ne pas supporter l’ensemble de l’investissement. Ces nouvelles opportunités ouvrent une alternative aux grosses unités à capitaux privés captant l’essentiel de la plus value énergétique.

 

INFO : Pour en savoir plus et vous informer, venez au salon plein air Bio360 au Parc des expositions de Retiers les 30 juin et 1 juillet prochains. La chambre d’agriculture sera présente.

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