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Prix du porc : baisses en cascade, producteurs démoralisés

Les baisses s’enchaînent au Marché du porc breton pour la troisième semaine consécutive. Les producteurs de porcs craignent une nouvelle impasse. Parmi les causes, un marché de la viande tendu à l'export et sur les marchés intérieurs, des jours fériés qui s'enchaînent et des transformateurs accusés de ne pas jouer le jeu.

Le décrochage du prix se poursuit.

Plus les semaines passent et plus la situation des marchés porcins se détériore. La semaine dernière, le prix a décroché de 4,2 cents au Marché du porc breton en deux séances pour atteindre 1,39 € le 6 mai dernier puis 1,376 €, lundi. Le point le plus bas depuis un an. Le porc à son tour est rattrapé par les conséquences de la crise du Covid-19. Les marchés européens sont sous pression avec un commerce de la viande de porc difficile, et des Chinois, qui s'ils ont toujours d'énormes besoins, négocient fermement les prix sur le grand export, après la chute des cours américains.
En avril, "le cours de référence allemand s’est effondré de 19,5 cents, suivi par les pays voisins, de 14 à 17 cents". Et le décrochage se poursuit. Le marché du porc breton décrit : "Sur le marché de la viande, les baisses de prix des pièces s’enchaînent pour cumuler entre 30 à 40 cents/kg en 3 semaines. Sur le marché de gros de Hambourg, le prix du jambon a perdu 40 cents/kg en 3 semaines en raison de l’absence de commerce vers l’Italie. Alors que les ventes vers la Chine se maintiennent à de hauts niveaux en termes de volumes, les acheteurs chinois continuent à faire pression pour baisser chaque semaine les tarifs".
Dans l'hexagone, l'enchaînement des fériés début mai sur les quinze premiers jours attisent la situation. Les besoins des abattoirs sont moindres, accentués par la fermeture de la restauration hors foyer et les difficultés du marché italien, deuxième débouché après la Chine. "Cette baisse d’activité rend impossible toute forme de résistance de la part des groupements vendeurs et permet aux abattoirs de faire pression une nouvelle fois sur le prix. Le nombre de porcs sans enchère est élevé et permet aux abattoirs de retarder l’enlèvement des porcs sans pénalité et de peser sur les futures présentations de porcs au MPB", indique le MPB, qui décrit deux stratégies opposées chez les abatteurs, avec des acheteurs qui demandent une baisse maximale à -5 cents chaque semaine et ceux qui reconduisent le cours.

Les syndicats vent debout
En avril déjà, des syndicats ont alerté. D'abord la fédération nationale porcine qui a dénoncé un prix du porc français déconnecté de ses voisins européens, accusant l'aval de "sous-optimiser" la filière française pour maintenir les prix bas. S'en est suivie une guerre des chiffres par communiqués interposés avec le syndicat des industriels, Culture Viande, qui estime que l'indicateur allemand ISN (basé sur le poids chaud) "pour les années 2018 et 2019 atteste que le prix moyen du porc français a été supérieur à celui de l’Allemagne".
La FNP s'est indignée, reprochant l'utilisation de chiffres partiels et d'indicateur obsolète, et de jeter le discrédit sur le syndicat des éleveurs. "Il est clairement identifié que les éleveurs français sont payés moins que les éleveurs allemands et espagnols depuis plus de 15 ans en moyenne. Ainsi, à moins de remettre en cause les méthodes de calcul de nos outils techniques que sont le MPB et l’Ifip, et qui sont reconnus depuis très longtemps, il serait bon, quand on parle d’union, de ne pas se moquer des éleveurs". Les pertes moyennes cumulées d'un élevage de porc français (5 000 porcs/an, 95 kg de carcasse) sont estimées à 31 700 € par an avec l'Allemagne et à 22 600 € avec l'Espagne.
Enfin, Jérémy Labbé, président de JA22 s'inquiète de cette baisse rapide accompagnée en général d'une remontée toujours plus lente. "Ce sont aujourd'hui des producteurs qui entrent à nouveau dans la tourmente d'un prix qui dévisse aussi vite que d'habitude mais qui peine à monter !" Pourtant nous nous battons au quotidien pour remplir les étals des magasins. Nous sommes au travail car Covid-19 ou pas, il faut continuer... ", rappelle-t-il, peu enclin à croire les promesses d'indépendance alimentaire du gouvernement. "Nous ne nous sentons pas soutenus !", déplore-t-il.

 

Jérémy Labbé

Jérémy Labbé - Président JA22

Les éleveurs français sont payés moins chers que les éleveurs allemands et espagnols, l'écart est important. Pendant ce temps, nous n'accumulons pas d'argent pour les prochaines crises. Et nous sommes de moins en moins de jeunes ! Avec seulement 6 % d'installés en 2019, nous sommes très inquiets. On laisse partir le modèle agricole français, après il sera trop tard. Les producteurs sont démoralisés.

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