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Brexit : le divorce est consommé entre la Bretagne et le Royaume-Uni

Avec la mise en œuvre effective du Brexit au 1er janvier 2021, c’est l’ensemble du commerce transmanche qui a été impacté par le changement de statut du Royaume-Uni. Hausse des coûts, allongement des délais, après neuf mois de pratique, voici venu le temps d’un premier bilan pour l’économie bretonne.

Au cours des neuf premiers mois de 2021, les exportations agricoles et agroalimentaires bretonnes vers le Royaume-Uni s’élèvent à 220 millions d’euros : un recul de 19 % comparé à la même période 2019. Cela représente une perte de chiffre d’affaires de 53,2 millions d’euros pour le secteur agricole et agroalimentaire breton.
Le premier trimestre a été particulièrement difficile avec la mise en place effective de l’accord commercial issu du Brexit : charges administratives supplémentaires, retards logistiques… Depuis, les entreprises bretonnes semblent s’être adaptées à ces nouvelles modalités, même si le commerce extérieur breton vers le Royaume-Uni reste inférieur respectivement de 10 et 12 millions d’euros sur les deuxième et troisième trimestres 2021 comparé aux mêmes périodes 2019.

 

iandes : entre forte baisse et espérance

Les viandes représentent plus du quart des exportations agricoles et agroalimentaires bretonnes à destination du Royaume-Uni. Sur neuf mois 2021, le secteur breton des viandes est en recul de 14 % sur la destination britannique par rapport aux neuf premiers mois 2019. Ce sont principalement les viandes de boucherie (porc, bovin, …) qui sont impactées avec un montant des exportations quasiment divisé par deux sur la période.
En volaille, sur neuf mois 2021, les exportations bretonnes vers le Royaume-Uni sont en baisse de 4 % par rapport à la même période 2019. Cependant, depuis le mois d’août, ce pays connaît de réelles difficultés d’approvisionnement, obligeant certains restaurants spécialisés à fermer leurs portes. Face à cette situation et en vue de la période festive de fin d’année, le gouvernement britannique ne devrait pas avoir d’autre choix que d’augmenter ses importations, ce qui pourrait être profitable aux opérateurs bretons sur le dernier trimestre 2021.

53,2 millions d’euros de perte de chiffre d’affaires pour le secteur agricole et agroalimentaire breton.

Le manque de main d’œuvre profite à la charcuterie et aux légumes

Les produits bretons à base de viande (jambon, charcuterie, …) réalisent une très bonne performance sur le marché britannique en doublant la mise (+51 % 9 mois 2021 / 9 mois 2019). Cela s’explique principalement par le manque de main d’œuvre au Royaume-Uni, estimé à 100 000 chauffeurs routiers et 15 000 bouchers. N’ayant plus les moyens humains de produire sur le territoire national, le pays a eu recours aux importations pour continuer à nourrir sa population. La Bretagne a su se saisir de cette opportunité !
Pour les mêmes raisons, la filière légumière bretonne réalise aussi sur neuf mois 2021 le double de sa performance des neuf premiers mois 2019. Au printemps, faute de main d’œuvre, les légumiers britanniques n’ont pas pu récolter la totalité de leur production. Le légume frais breton en a profité avec une hausse des envois vers le Royaume-Uni de 42 %. Les préparations et conserves à base de fruits et légumes sont aussi très dynamiques avec une progression du chiffre d’affaires de 63 %.

 

Les produits laitiers et la biscuiterie en difficulté

Avec 11,2 millions d’euros exportés sur neuf mois 2021, l’export breton de produits laitiers et fromages vers le Royaume-Uni s’effondre de 58 % comparé à la même période de 2019. Ce déclin serait le fait de fortes difficultés logistiques, ainsi que d’un réflexe de stockage des opérateurs qui a précédé le Brexit.
De la même manière, le secteur breton des biscuits, pains et pâtisseries souffre et accuse une baisse de chiffre d’affaires de 25 % sur le marché britannique sur neuf mois 2021 comparé aux neuf premiers mois 2019. Pour les pains et pâtisseries fraîches, le Royaume-Uni ne représente plus que 17 % de parts de marché, alors qu’il en représentait 32 % deux ans auparavant. Pour la biscuiterie, l’activité a été compliquée sur toutes les destinations avec la crise sanitaire et les confinements successifs : le redémarrage a été lent, mais semble désormais porté par la reprise de la restauration.

 

Un effet Brexit encore provisoire

Face aux difficultés d’approvisionnement national et pour remédier au manque de main d’œuvre sur le territoire, le Royaume-Uni actionne différents leviers, notamment en accordant 10 500 visas de travail temporaires. Si cette stratégie s’avère efficace, la situation favorable observée pour les produits à base de viande et les légumes pourrait s’avérer seulement transitoire. Ces secteurs pourraient donc subir plus largement les effets du Brexit dans un deuxième temps et s’inscrire ainsi dans des tendances similaires à celles constatées pour les autres secteurs agricoles et agroalimentaires bretons.
D’autre part, les autorités britanniques ont reporté l'introduction des processus de contrôles sanitaires et phytosanitaires aux frontières au 1er juillet 2022. Ces nouvelles exigences relatives à l'émission de certificats sanitaires d'exportation concernent notamment les produits végétaux (légumes) et les produits animaux (produits laitiers, viandes, …). Ce report ne fait que reculer l’effet plein et entier du Brexit sur les filières agricoles et agroalimentaires bretonnes. Une crainte toute particulière est exprimée sur les produits ultra-frais qui pourraient subir des délais logistiques incompatibles avec leur courte durée limite de consommation en raison des nouvelles procédures de certification.

Une prise en charge financière des impacts

La réserve d’ajustement du Brexit a été adoptée par l’Union européenne. Cette enveloppe, d’un montant de 735 millions d’euros pour la France, a pour objectif de prendre en charge les pertes financières et les coûts d’adaptation au Brexit dans les secteurs du commerce, des régions maritimes et de la pêche. La chambre régionale d’agriculture de Bretagne a adopté une délibération lors de la session du 29 novembre dernier demandant "à pouvoir bénéficier de la réserve d'ajustement du Brexit à hauteur de l'impact subi par les filières agricoles et agroalimentaires bretonnes".

 

Effet Brexit ou effet Covid ?

Il s’avère difficile de différencier les impacts liés au Brexit de ceux liés à la pandémie de Covid-19, les deux évènements étant concomitants. Une comparaison des flux commerciaux de l’année 2021 avec ceux de l’année 2019 permet alors de pondérer les impacts liés à la pandémie de Covid-19, cette dernière ne s’étant propagée sur la planète qu’en 2020. Cela permet ainsi de mieux mesurer les effets plus directement imputables au Brexit. En conséquence, dans cet article, les chiffres 2021 sont systématiquement comparés à ceux de 2019.

 

La Bretagne en quête d’autres marchés

La Bretagne redoutait le Brexit, mais elle s’y était préparée. Si les seuls chiffres des flux vers le Royaume-Uni ont de quoi faire pâlir l’économie bretonne, il est bon de se rassurer en considérant l’ensemble des exportations bretonnes des filières agricoles et agroalimentaires toutes destinations confondues. Ainsi, si le commerce vers le Royaume-Uni a chuté de 19 % sur neuf mois 2021 comparé à la même période 2019, le courant d’affaires global des exportations bretonnes a progressé de 3 %. Le tableau ci-dessous présente ces évolutions filière par filière.
Les entreprises ont donc souffert sur la destination britannique, mais se sont adaptées et ont été réactives pour aller chercher de nouvelles parts de marché ailleurs. L’agilité des opérateurs de l’export breton face à l’obstacle du Brexit est à saluer !

 

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