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Combiner leurs modes d’actions pour cumuler leurs benefices

En couverts d’inter-cultures annuelles ou pluriannuelles, Cives et dérobées, les plantes dites de services jouent sur les maladies, les ravageurs et les adventices. Combiner leurs apports pour cumuler leviers et bénéfices, est une stratégie de protection des cultures qui peut être payante. Beaucoup reste encore à découvrir.

Quelle modalité est la plus propre ? Avec l'avoine diploïde en simple densité ou la phacélie double densité ? En matière de coût d’implantation, l’avoine a la palme avec ses 56 euros/ha contre les 118 euros de la phacélie sur les essais de la chambre d’agriculture, à Bignan.

"Il n’y a pas de succes-story à en attendre, elles constituent pour la plupart une opportunité d’actionner des leviers supplémentaires mais avec des efficacités partielles", temporise Nathalie Verjus, d’Arvalis, après avoir dressé avec ses confrères, un état des lieux des pratiques et des modes d’action des plantes dites de services, sur la protection des cultures.

 

Des modes dí'ctions variés

Les modes d’actions des plantes de services sont nombreux. Face aux maladies, certaines, par biofumigation, vont devenir toxiques pour des champignons, telle la moutarde brune sur le rhizoctone de la pomme de terre ou le piétin échaudage du blé (avec des effets très variables de la crucifère en inter-cultures suivant les essais menés). La présence du radis est souveraine contre les nématodes… Plante sentinelle et indicatrice, le rosier est bien connu dans les vignobles, en étant victime de l’apparition anticipée de l’oïdium de la vigne. Mélangées à une culture de rente, elles sont aussi barrière (face à la diffusion de spores), ou elles stimulent la défense de la culture, via le microbiote ou pas. Et c’est notamment le cas de Phytophtora inhibé par la production de Dimboa issus du maïs.
Les plantes de services agissent aussi face aux ravageurs, par effet direct ou indirect, sentinelles, attirant (les cibles : l’altise et le charançon du colza, attirés par les légumineuses), piégeant (le taupin du maïs sur les céréales, voir encadré) avec effet barrière (puceron vecteur de la JNO de l’orge stoppé par un couvert de légumineuses) ou répulsif (du puceron cendré repoussé par le romarin), ou par biofumigation ou stimulation des défenses… Mais attention aux développements contre-productifs, de limaces, de rongeurs…, ont révélé certains essais.
Enfin la lutte contre les adventices se fera avec des couverts bien homogènes, faciles à détruire, qui vont permettre de maîtriser les adventices pendant l’inter-culture. Ils rentrent en compétition avec les adventices, renforçant la compétition ou l’allélopathie*sur la lumière, l’eau ou les éléments nutritifs. Ces couverts peuvent constituer des pièges ou attirer des auxiliaires consommateurs de graines d’adventices ou prédateurs d’adventices…

 

Des leviers à combiner

Peu nombreux sont les travaux engagés sur le sujet. Certains sont explorés notamment en grandes cultures, "peu de solutions sont encore opérationnelles", reconnaissent les chercheurs. Globalement, les effets sont très variables et ces leviers qu’offrent les différents couverts "sont à adapter en fonction de la cible et de son contexte". Et de nombreuses connaissances sont encore à recueillir notamment sur l’allélopathie, et celles disponibles par la recherche et développement agricole à rassembler et diffuser. Sans compter les très nombreuses observations et pratiques des agriculteurs qui constituent une mine de savoirs… Ainsi, face à l’obligation de diminution des solutions découlant de la chimie de synthèse, l’intérêt des multiples services rendus par les plantes n’en n’est pas moins prometteur.

 

Comment appâter le taupin ?

Pour protéger les plants de maïs, Philippe Larroude, d’Arvalis, a mené ses essais. S’il est exposé aux attaques de taupin durant tout son cycle, le maïs n’y est sensible que jeune. Semé en même temps que le maïs, le blé a servi d’appât efficace en inter-rang parallèle et distant de 20 cm de la ligne de semis de maïs, offrant une efficacité à 80 % sans affecter le rendement. Toutes les modalités n’offraient pas le même résultat, qui est à valider, et les essais à poursuivre avec l’orge et autres plus facile à détruire que les graminées…

 

Allélopathie, quand les plantes communiquent

L’allélopathie, c’est un effet positif ou négatif produit par des plantes, des micro-organismes, des virus ou des champignons qui ont une influence sur la croissance et le développement d’autres plantes. La chercheuse suisse Aurélie Gfeller, d’Agroscope, étudie la régulation des plantes adventices par allélopathie. Quand la quantité d’adventices diminue linéairement avec l’augmentation de la biomasse des couverts : est-ce l’ombre ou d’autres mécanisme qui sont en cause ? Dans son laboratoire, la chercheuse a comparé la réduction de croissance de l’amarante par rapport à un sol nu quand elle est associée à la phacélie, au radis chinois, à l’avoine rude ou au sarrasin. 3 500 composés différents, dont la plupart des molécules sont encore inconnues, ont été trouvés dans les exudats racinaires du sarrasin. 600 ont changé quand il a été mis en présence d’amarante dont le taux de germination chute mais sa croissance racinaire augmente… Idem chez l’avoine. Les plantes communiquent entre elles ! À telle enseigne que le riz allélopathique est développé en Chine contre le panic pied de coq.

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