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Confinement acte II : que deviennent-ils ?

Mi-avril, alors que la France vivait son premier confinement, les journalistes de la rédaction de Terra avaient recueilli les témoignages d'agriculteurs bretons issus de différents filières. A l'époque, ils avaient expliqué à quoi ressemblait leur quotidien et comment ils s'adaptaient à la crise du Covid 19, qui a eu un impact parfois positif ou négatif sur leur activité. A l'heure de ce confinement acte II, nous sommes retrournés voir certains d'entre eux et d'autres pour savoir si ce confinement ressemble au premier et avec quelles conséquences.

Drive Fermier 35 / Des producteurs de produits festifs

Drive Fermier 35

À l’annonce du premier confinement, une douzaine de producteurs fermiers d’Ille-et-Vilaine, aidés par le réseau Bienvenue à la Ferme, ont monté en urgence un site de vente en ligne, avec retrait en drive à la chambre d’agriculture de Rennes ou livraison à domicile autour de la métropole. Depuis, de nouveaux points relais ont ouvert, alimentés par une cinquante de producteurs. Après une chute de vente durant l’été, les ventes reprennent et atteignent 25 000 € de chiffre d’affaires en cette fin d’année. Mais, nous sommes encore loin des 100 000 € du mois d’avril. En janvier prochain, un point d’étape sera proposé pour questionner la pérennité de la démarche et l’organisation logistique de celle-ci. Ce deuxième confinement aura le mérite d’avoir ancré l’offre alimentaire territoriale et renforcé les liens entre producteurs. Ainsi, "des rapprochements ont eu lieu pour préparer des coffrets de Noël", explique Didier Mahé, responsable de l’équipe circuits courts des chambres d’agriculture de Bretagne. "C’est aussi l’occasion d’intégrer des producteurs de produits festifs qui sont parfois en grandes difficultés", ajoute-t-il.  / Lise Marrec - Terra

 

 

Quintin Viandes, abattoir à Quintin (22) / Le retour de la livraison à domicile

Quintin Viandes Abattoir

Avec le nouveau reconfinement annoncé fin octobre, l'abattoir de proximité, Quintin Viandes en Côtes d'Armor, est reparti sur les routes livrer à domicile ses clients autour de Quintin.
Au début du premier confinement, la fermeture des restaurants et des écoles avait pénalisé la vente directe et donc l'abattage. Puis l'activité avait repris avec l'approvisionnement des clients en direct.
Pour faire face à ce deuxième confinement, rebelotte, Quintin Viandes remet en place la livraison à domicile de viande. Pour bénéficier gratuitement de ce service, le particulier doit habiter dans un rayon de 10 km autour de Quintin et commander un minimum de 10 kg. Deux circuits de livraison sont programmés dans la semaine. Sous la marque "la Viande d’Henri", l'abattoir livre saucisses, steaks hachés, côtes de porc, bourguignon... une liste de produits disponibles en ligne. Jusqu’à présent la vente de viande se faisait par commande, à retirer directement à l’accueil de l’abattoir.  / Emmanuelle Le Corre - Terra

 

 

Gwennan Cheval, horticultrice (56) / "On a limité la casse"

Gwennan Cheval Horticultrice

"Tout le monde s’est précipité. On n’a jamais fait un jeudi de veille de la Toussaint comme celui-ci. Le lendemain c’était le deuxième confinement, on a moins travaillé. Même si on a jeté quelques chrysanthèmes, on a limité la casse", résume Gwennan Cheval de ce deuxième confinement. Il n’en n’a pas été de même pour le premier, catastrophique pour celle qui a repris il y a trois ans, en association, l’entreprise horticole familiale, Fleurs des sept îles à Plougoumelen (56). "En novembre, ce sont aussi les fruitiers et on a eu beaucoup de réservation". L’entreprise horticole, avec toutes les règles sanitaires déjà actives, a donc continué à fonctionner. Reste "qu’on ne pourra jamais récupérer les pertes du printemps qui constituent nos très grosses semaines d’activité en vente en gros et auprès des particuliers. Au final, nous avons un trou de 25 % à 30 % du chiffre d’affaires annuel, il ne sera pas rattrapé", se résigne-t-elle. Après avoir dû recourir au chômage partiel, jeté 1,5 million de plants du printemps, "ce qui n’est valorisant pour personne", et réduit "drastiquement les charges", un prêt (PGE) de 500 000 euros a été contracté. "Il faudra bien le rembourser". Le plan d’aide français de 25 millions d’euros lui laisse entrevoir une lueur d’espoir. "Au départ, on ne rentrait dans aucune case. Avec nos 25 % à 30 % de pertes sur l’année, on va peut-être toucher quelques miettes. On a tous tellement perdu ! On s’attend à ce que 5 à 10 % d’entre nous mettent la clé sous la porte" / Claire Le Clève - Terra

 

 

Gildas Menet, maraîcher (56) / "La production est là, les clients aussi"

Gildas Menet  Maraîcher

"Un mois de novembre surprenant, un temps poussant, une belle production, saine, et une clientèle qui est présente partout, à la ferme et sur nos deux marchés". Le seul maraîcher d’Etel dans le Morbihan, installé avec sa compagne sur la ferme du Sach avec cinq ETP, savoure l’année 2020 si particulière. Après la réouverture des marchés, le printemps 2020 a été meilleur que 2019. L’automne en prend aussi le chemin. "On a plus de clients. Souvent cela redescend après l’été mais là, ils continuent avec nous et c’est sympa. La production est aussi au rendez-vous", apprécie-t-il d’une année atypique. Si elle a fait craindre le pire, elle offre au final du très bon. "On a fini à temps notre nouveau bâtiment qui nous a permis de faire face à la demande et d’accueillir avec plus de facilité les clients à la ferme, tout en améliorant l’organisation du travail". Quant au planning de mises en culture pour 2021 : "on maintient celui de 2020. Je n’ose pas modifier. On reste prudent car augmenter serait déstabilisant en termes de travail et de main-d’œuvre"  / Claire Le Clève - Terra

 

 

Marc Le Verge, La grange du Guilar (29) / Un magasin pour retrouver la clientèle

La grange du Guilar

Vendant du bœuf et du porc, Marc Le Verge avait fait un choix radical au premier confinement : fermer sa boutique, pour protéger clients et salariés, et miser sur le drive. Un choix gagnant, avec une clientèle multipliée par quatre et un panier moyen en progression de 40 %. Et une offre qui s’étoffe au fil des demandes, avec des fruits et des légumes, du pain et du fromage, des œufs et des volailles… "Mais à la fin du confinement, j’ai perdu 80 % des nouveaux clients", constate l’éleveur. Et le second, début novembre, ne change rien à leurs habitudes. "En rentrant du travail ou en allant chercher leurs enfants à l’école, ils ont continué à faire leurs courses dans leurs enseignes habituelles".
Songeant depuis quelques temps à agrandir son magasin pour élargir son offre, il profite du premier confinement pour lancer les travaux d’aménagement d’une longère, en plein cœur de la ferme. "Et l’ouverture, le 11 novembre dernier, nous a rassurés : une bonne partie de notre clientèle est revenue". Ouverte mercredi et vendredi après-midi et samedi, la boutique ne désemplit pas. "On mise sur les rayons boucherie, crèmerie et fruits et légumes, auxquels on a ajouté de l’épicerie, des boissons…". Si certains clients font le choix d’une commande par Internet, histoire de gagner du temps, d’autres préfèrent flâner dans la boutique. Reste maintenant à fidéliser les uns et les autres. "La qualité de nos produits fera la différence", estime Marc Le Verge, attentif aussi à sans cesse innover. "Après le Beaujolais nouveau, nous proposons maintenant des sapins de Noël et des paniers garnis".  / Chantal Pape - Terra

 

Joséphine Grou, éleveuse de chèvres à Sizun (29) / Un second confinement sans aucun effet sur les ventes

Joséphine Grou, éleveuse de chèvres  à Sizun

Ayant perdu tous ses marchés lors du premier confinement, Joséphine Grou, éleveuse de chèvres à Sizun (29), n’a eu d’autre choix que de trouver une solution dans l’urgence pour écouler ses fromages. "Avec quelques producteurs, nous avons ouvert un compte sur Cagette, installé un drive à la ferme et proposé des livraisons à Brest, Landivisiau, Landerneau…". Un système si gourmand en temps qu’elle a été obligée d’abandonner ses livraisons sitôt les marchés rouverts, ne gardant que le dépôt de Sizun. "On a quand même réussi à garder une partie de la nouvelle clientèle".
Si le premier confinement lui avait amené une nouvelle clientèle, frileuse à l’idée de fréquenter les grandes surfaces, le second, lui, n’a eu aucun effet. "Les marchés sont restés ouverts. Mais la fréquentation n’a pas augmenté". À une exception près. "Sur celui de Brest, un petit marché de quartier du samedi matin, mes ventes ont doublé". Un constat partagé par les autres producteurs et commerçants alimentaires. "Peut-être parce que venir sur les marchés offre aux citadins une bonne raison de sortir de chez eux…".
Héritage du premier confinement, les ventes sur Cagette ont continué. À la demande des clients, l’offre s’est étoffée et regroupe 24 producteurs, qui viennent à tour de rôle épauler Joséphine pour préparer les commandes. "Mais on aimerait développer encore les ventes, notamment auprès d’une clientèle locale". Et les idées ne manquent pas. "Depuis début décembre, un producteur de sapins nous a rejoints. Et nous proposons aussi un catalogue de cadeaux de Noël".  / Chantal Pape - Terra

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