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Philo : "On est passé de l’animal familier à l’animal familial"

C’est avec l'éclairage du philosophe humaniste Jacques Ricot, spécialiste des questions sur la fin de vie et son accompagnement, que les visiteurs du Space étaient amenés à s’interroger sur la montée en puissance de la cause animale dans notre société. Trop peu se sont autorisés ce temps de réflexion. Une évolution récente qui interroge le monde de l’élevage et souvent le bouscule. Moments choisis.

La focalisation sur la cause animale, avec un effet grossissant et généralisant, est difficilement compréhensible pour les éleveurs.

Comprendre les raisons de la montée en puissance de l’attention de la société au bien-être animal, n’est pas chose simple. Cette sensibilité croissante confère parfois à la sensiblerie, au paradoxe, "quand je vois tous ces petits chiens tenus en laisse en ville, vivant en appartement, je crois mes vaches bien plus heureuses, libres dans leurs champs", glissera une éleveuse.

 

L’élevage, comme un partenariat

Cette focalisation sur cette cause animale avec un effet grossissant et généralisant, est difficilement compréhensible pour les éleveurs, d’autant que "le respect de l’animal est le fondement même de notre métier", rappelleront en préambule les deux témoins, Marie-Andrée Luherne, installée en production laitière avec son mari et ses quatre enfants, et Lucie, salariée en élevage qu’elle vit "comme un partenariat avec mes animaux. Si elles sont bien, elles vont donner le meilleur d’elles-mêmes et c’est plus facile de travailler avec elles", note cette responsable d’une maternité de 850 truies, dans un élevage naisseur-engraisseur en nord-Finistère.

Nous avons inventé l’animal de compagnie alors que nous ne connaissions que l’animal domestique.

cause animale dans notre société

À l’encre de la loi

À la source du brouillage de cette frontière qui conférait à l’homme un statut supérieur à celui de l’animal, autorisant domestication, élevage…, une évolution de taille : "nous sommes devenus plus sensibles à la souffrance animale". Cette prise en compte est inscrite dans le marbre par la loi Gramont, en 1850. Elle interdit tout acte de cruauté et sévices faits sur les animaux dans l’espace public. "Victor Hugo avait dénoncé le traitement barbare que subissaient certains chevaux sur la voie publique", rappelle le philosophe. Dans l’espace privé ? En 1972, le code rural, dans l’article L 214, reconnaît que tout animal est un être sensible. Depuis, "les progrès merveilleux de l’éthologie qui examine le comportement des animaux", ont rogné ce pré-carré des performances que l’on croyait être les seules prérogatives humaines : utilisation de l’outil, du langage, organisation sociale, altruisme, "comme des ébauches de moralité", note Jacques Ricot, "et tout cela arrive devant le grand public".

 

De l’animal domestique à l’animal de compagnie

Autre rupture de taille, "nous avons inventé l’animal de compagnie alors que nous ne connaissions que l’animal domestique", ou sauvage. Le passage d’une population constituée en grande majorité d’agriculteurs, au début du siècle dernier, à moins de 4 % en ce début du 21e siècle, y contribue grandement. Et voilà que l’animal, de rente dans la cour ou le bâtiment de la ferme, est devenu de compagnie, pénétrant nos maisons ou appartements, abolissant une nouvelle frontière : "on est passé de l’animal familier à l’animal familial". Difficile de le croquer ensuite ! Dernier facteur, la montée de l’environnementalisme et du végétalisme (flexitarisme, végétarisme, végétalisme, véganisme…), pour expliquer l’émergence de l’antispécisme qui fait de l’animal, l’égal de l’homme. "Cette sensibilité nous mettrait à parité avec eux". Une posture que récuse cet humaniste. Car pour lui, reste un solide rempart face à l’égalité que certains revendiquent : "seul l’homme a construit une philosophie morale avec ses devoirs. Il est responsable, notamment de l’animal. On ne demande pas à l’animal d’être responsable de l’humain. L’animal demeure innocent".

 

 

 

"Escroquerie intellectuelle"

Jacques Ricot traite d’escroquerie intellectuelle le raccourci qui vise à dire que puisque l’humain partage à 98,5 % de l’ADN commun avec celui du chimpanzé, la différence entre les deux serait bien minime. Faux pour le philosophe car "c’est méconnaître les effets ultra-démultiplicateurs du phénotype en génétique".

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