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À la ferme de Keryvon une conversion à la bio plus simple que prevu

Ils craignaient de manquer de fourrage et de ne pas dégager suffisamment de revenu pour faire face à leurs annuités. À la ferme de Keryvon, à Saint Derrien (29), Daniel Philippe et Harmony Philipps ont anticipé le passage à la bio, en misant sur l’herbe. Participant à un groupe, ils se sont entourés de compétences capables de répondre à leurs interrogations et inquiétudes. Et tout s’est bien passé !

nstallé en 2015 sur la ferme familiale, Daniel Philippe a été rejoint par sa compagne, Harmony Philipps, courant 2019, quelques mois après avoir entamé la conversion à l’agriculture biologique.

"J’ai toujours voulu m’installer". Après un CS lait et une dizaine d’années comme salarié à Finistère remplacement, Daniel Philippe profite du départ en retraite de son père pour franchir le pas, en 2015. Il reprend la ferme d’un voisin et la SAU passe de 50 à 100 ha, avec un droit à produire de 800 000 l, et déjà l’idée de la bio. "Je ne voulais plus traiter ni acheter du soja à l’autre bout du monde". Prudent, il procède par étapes et commence par arrêter les 10 ha de pommes de terre puis les céréales. "Ici, malgré les 35 ha accessibles, le silo à maïs n’était jamais fermé". Il mise sur l’herbe, investit dans du matériel de fenaison (faucheuse, faneuse, andaineur...), améliore les chemins, valorise les zones humides, où le jonc disparaît peu à peu…

 

Viser l'autonomie fourragère

En 2018, sa mère fait, à son tour, valoir ses droits à la retraite. Et se pose la question de son remplacement. "J’ai songé à embaucher un salarié à plein temps. Mais gérer seul toute la charge mentale de l’exploitation me paraissait lourd". La solution viendra d’Harmony Philipps, sa compagne. "Elle était infirmière et me donnait un coup de main sur la ferme". Elle décide à son tour de s’installer et commence une formation à Saint Ségal.
"En stage sur une ferme laitière bio, j’ai énormément appris, indique la jeune femme. L’agriculteur a joué le jeu et mis tous ses chiffres sur la table". Voilà qui conforte encore le souhait d’autonomie fourragère du couple. "Il faut produire à partir de ce que nos terres sont capables de donner, en limitant les charges". Ils entament la conversion à la bio fin 2018 et optent pour une transition en non-simultané.

 

Diminuer la part de maïs

Dans l’assolement, le maïs occupe une dizaine d’hectares, contre 30 il n’y a pas si longtemps. "Nous réfléchissons à le réduire encore, explique Daniel. C’est du stress au moment de l’implantation". Cette année, un passage de houe et un binage ont permis une culture propre. "À 14,5 t MS/ha, l’année a été favorable. Et notre maïs n’avait rien à envier au conventionnel".
Pour le remplacer, les éleveurs misent sur une herbe stockée de qualité. "Nos 30 ha destinés à la fauche sont récoltés au bon stade, tous les mois". Et après lecture d’un article sur les essais menés à Trévarez, ils implantent un mélange à base de fétuque, fléole, ray-grass, trèfles blanc et violet, pour une plus grande longévité de la prairie, et une meilleure productivité. Les excédents d’herbe, eux, sont enrubannés. Un fourrage qui sera distribué aux génisses ou qui servira à faire la jonction, quand l’herbe pâturée se fait plus rare.

Il faut produire à partir de ce que nos  terres sont capables de donner.

Un coût de production moindre

Première victoire : le silo à maïs est fermé pendant deux mois la première année de conversion. Un objectif que se fixe désormais le couple. "Mais l’été dernier a été très sec. Et nous n’avons pu le fermer qu’un mois".
Avec une ration hivernale basée aux deux tiers sur l’herbe, ils décident aussi de se passer de correcteur. Non sans inquiétude. "On produit moins que ce qu’on pensait. Mais Morgane, notre conseillère BCEL Ouest, nous a rassurés : la production, 18 kg, est conforme à la ration. Et le coût de production a nettement diminué".

 

S'entourer

"La conversion s’est bien passée". Croisement trois voies, appel à l’ostéopathe en préventif, soins aux animaux grâce à la phytothérapie : de nombreux changements ont été opérés. Si le jeune couple craignait de n’avoir pas suffisamment de nourriture pour son troupeau, la question financière le taraudait aussi. "Avec une installation, la reprise d’une ferme, la rénovation d’un bâtiment et une nouvelle salle de traite, nos annuités sont importantes. Il fallait pouvoir dégager du revenu".
Là encore, pari gagné ! Si les litrages ont diminué, les charges aussi, qu’il s’agisse du coût alimentaire, des frais véto... , et le prix du lait a nettement augmenté. "Et on est beaucoup moins stressés, apprécie Harmony. Dès qu’on a des inquiétudes, Isabelle Pailler, conseillère à la chambre d’agriculture, vient et nous rassure". Les éleveurs peuvent aussi compter sur le groupe des "jeunes" producteurs bio qu’elle anime. "Les thématiques collent à nos préoccupations".

 

Favoriser la biodiversité

A peine installés, les éleveurs ont déjà créé deux talus, pour couper des pentes, et planté 1,5 km de haies, grâce au programme Breizh bocage. "À terme, elles favoriseront la biodiversité et assureront un gain de productivité sur les parcelles adjacentes", détaille Harmony. Elles abriteront aussi les animaux du vent et de la pluie et leur fourniront de l’ombre. "Les étés sont de plus en plus chauds, ce qui nous a d’ailleurs conduit à planter quelques essences du Sud, en plus des espèces locales".
Livreur à Biolait, le jeune couple a aussi décidé de ne plus choisir que des taureaux A2A2 pour inséminer ses vaches. "Le variant A2 de la bêta caséine améliorerait la digestibilité du lait, indique Daniel. Biolait réfléchit à la question. Nous avons décidé de nous lancer".

 

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