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La filière porcine en plein doute

Dans une lettre ouverte à Julien Denormandie, la première coopérative porcine de France explique son projet de quitter ATM (le système interprofessionnel d'équarrissage) pour obtenir une meilleure valorisation des coproduits. Un nouvel épisode d'une polémique sur fond de concurrence industrielle et de mutations dans la filière. Pendant ce temps, les responsables professionnels bretons, lors de l'assemblée générale du CRP, maintenaient leur main tendue à Cooperl, en regrettant que les éleveurs soient "pris en otage", et que la filière aborde divisée et en position de faiblesse des échéances importantes. 

La lettre ouverte adressée par la Cooperl au ministre de l'Agriculture, était bien sûr dans la tête de tous les responsables professionnels bretons vendredi lors de l'assemblée générale du CRP.

La lettre ouverte adressée par la Cooperl au ministre de l'Agriculture, était bien sûr dans la tête de tous les responsables professionnels bretons vendredi lors de l'assemblée générale du CRP. Cooperl y demande à Julien Denormandie de ne pas étendre les cotisations volontaires obligatoires récemment votées par le conseil d'administration d'Inaporc pour financer l'équarrissage (ATM, pour "animaux trouvés mort").

Cotisations obligatoires
Le 23 juin, sous la pression de l'aval, les administrateurs de l'interprofession avaient choisi à l'unanimité de rendre obligatoires les deux cotisations ATM (amont et aval), jusque-là volontaires. Une décision qui vise "la sécurisation du financement de l'équarrissage", précise Culture Viande (abatteurs) dans sa newsletter du 25 juin, alors que la Cooperl a annoncé sa volonté de quitter ATM en janvier 2022. Un premier "caillou dans l'engrenage", qui pourrait inciter "d'autres acteurs de la filière à se désengager et à faire payer le coût aux éleveurs", prévient François Valy, le président de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA). "Aujourd'hui, le coût de l'équarrissage est mutualisé", rappelle-t-il, et supporté à 80 % par l'aval. Sans ATM, le coût pour les éleveurs pourrait varier de un à dix selon les territoires.
De son côté, dans son courrier au ministre, la coopérative bretonne estime que "l'initiative et la liberté d'entreprendre que revendique Cooperl ne mettent manifestement pas en danger la pérennité du système ATM". Et de rappeler que ses volumes (porcs et bovins) "ne représentent que 5 M€, soit moins de 5 % du total" du budget de l'équarrissage en France (toutes espèces). Si la Cooperl "prend son indépendance", selon ses propres mots, c'est pour mener à bien son projet de valoriser les coproduits en biocarburants, afin d'alimenter sa flotte de camions. Un projet dans lequel elle a "lourdement investi. Les animaux trouvés morts en ferme sont la propriété des éleveurs et un gisement potentiel de valorisation, écrit la coopérative. Cette valorisation va revêtir un caractère crucial dans les années à venir, la filière porcine devant au plus vite décarboner sa production".

 

On était satisfaits de voir l'AOP se créer, mais pour des histoires de personnes on explose le collectif, on marque l'histoire dans le mauvais sens cette fois

 

Le collectif "explose"
Ce nouvel épisode de la guerre de la filière porcine vient clôre un moment positif de la filière. Philippe Bizien livrait vendredi son sentiment, "on était satisfaits de voir l'AOP se créer, mais pour des histoires de personnes on explose le collectif, on marque l'histoire dans le mauvais sens cette fois". En abordant la conclusion de l'assemblée générale il estimait que "la tentation individualiste finissait souvent très mal", et que selon lui Cooperl, - sans la citer - "cherchait surtout à abandonner le collectif, alors que de nombreux sujets dépassent les enjeux commerciaux". Ainsi alors que la FPA est à nos frontières il en appelait à dépasser ces enjeux face à ceux par exemple du sanitaire, enjeu indiscutable s'il en fallait.
La filière porcine est en plein doute aujourd'hui, notamment sur le plan des marchés qui sont suspendus à l'évolution de la FPA en Allemagne, et à la crise sanitaire en Chine. Mais alors que l'Espagne continue de développer sa production l'élevage en France régresse, devrons nous dans ce contexte s'interroge Guillaume Roué "gérer la décroisance ?". Les choses en matière d'export peuvent se retourner très vite. Il alerte sur le "risque lié à une baisse de production en France. Si l'approvisionnement venait à baisser les conséquences seraient importantes sur l'outil industriel qui se tournerait alors vers l'Import. Et dans ce cas le risque serait important d'être innondé de marchandise importées, le prix d'importation devenant le prix de marché". Une illustration du doute qui traverse aujourd'hui cette filière, pourtant dans une phase positive. 

 

 

 

La Chine revenue au niveau d'avant la PPA ?

Les autorités chinoises ont annoncé le 16 juin que le cheptel de truies serait remonté à 98,4 % de son niveau de fin 2017, soit avant l'épizootie de peste porcine africaine (PPA), rapporte Reuters. Le ministère chinois de l'Agriculture affirme que le nombre de truies aurait augmenté de 19,3 % en mai 2021 par rapport à mai 2020. Une hausse qui atteindrait 23,5 % pour l'ensemble du cheptel porcin.
Le retour au niveau d'avant la PPA apparaît "peu probable" aux yeux de Boris Duflot, directeur du pôle Économie de l'Ifip (Institut français du porc). Selon lui, la baisse du prix chinois peut être due à "une vague importante d'abattages liée à la recrudescence" de la maladie. Quant à la baisse des importations, elle peut aussi s'expliquer par "un recul saisonnier des achats".
"Il y a un mois, les autorités chinoises ont séparé le territoire en cinq zones entre lesquelles elles ont interdit le transport d'animaux vivants", ajoute M. Duflot. Une évolution qui "corrobore l'hypothèse que la situation sanitaire n'est pas stabilisée". "Peut-être que la Chine cherche à faire pression à la baisse sur les prix des produits importés", analyse-t-il.

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