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La flambée des prix des matières premières, sujet de crispation pour les filières d’élevage

Les chambres d’agriculture de Bretagne ont organisé fin février des rencontres pour faire le point sur la conjoncture et les actualités économiques et sociales des filières agricoles et agroalimentaires bretonnes, en amont des sessions de mars. Cette édition est marquée par la hausse des prix de l’alimentation animale. Zoom sur ce paramètre avec lequel les productions animales bretonnes doivent composer.

Les diaporamas sont filmés avec les commentaires de l’expert filière des chambres d’agriculture de Bretagne.

Le coût alimentaire représente une charge essentielle dans le coût de production des producteurs, il atteint même les 2/3 du prix de revient en élevage de porc et de volaille. Or, la hausse du prix de l’aliment s’amplifie ces derniers mois sous la pression de la flambée des prix des matières premières. Les négociations commerciales entre les transformateurs alimentaires et la distribution se terminent bientôt et ne semblent pas intégrer ce paramètre.

 

Une tendance bien installée pour quelques mois

Initiée depuis janvier, la progression du prix de l’aliment industriel pour le porc à l’engraissement calculé par l’Ifip a été continue tout au long de l’année 2020 jusqu’à atteindre 256 €/tonne en décembre. Le prix moyen annuel atteint ainsi 248 €/tonne soit une hausse de près de 5 € sur un an et d’une vingtaine d’euros comparé aux années 2018 et 2017. Les projections par l’IFIP, mènent à un prix de l’aliment qui pourrait atteindre 300 €/tonne au cours du deuxième trimestre 2021, compte tenu des prix des céréales et des tourteaux qui devraient rester élevés au moins jusqu’à la prochaine récolte.
En volailles, les indices de coût de l’aliment calculés par l’Itavi (base 100 en janvier 2014) sont en hausse pour l’ensemble des espèces, ils progressent en décembre sur un an de 18 % pour le poulet standard, de 19 % pour les poules pondeuses et de 20 % pour la dinde.
Les éleveurs laitiers ne sont pas préservés, l’indice de l’aliment acheté dans l’indice Ipampa lait de vache (indice des prix d’achat des moyens de production agricole) est orienté à la hausse sur le quatrième trimestre 2020, après avoir peu évolué pendant les deuxième et troisième trimestres. Seul point positif, les éleveurs ont abordé l’hiver un peu plus sereinement grâce à des stocks abondants de maïs ensilage de bonne qualité. Son rendement a été correct, malgré les perturbations des chantiers d’ensilage provoquées par la tempête Alex. La disponibilité du maïs tient aussi aux surfaces supplémentaires implantées cette année : des parcelles avaient été laissées vacantes, en raison des mauvaises conditions météo de fin 2019 qui ont alors limité les semis de céréales d’hiver.

filières agricoles

La compétitivité-prix, leitmotiv pour les acteurs du secteur de líalimentation animale

Les prix des matières premières incorporées dans l’aliment sont bien supérieurs à ceux de l’an dernier. En janvier 2021, le blé fourrager flirte avec les 235 €/tonne aux portes des usines bretonnes et le maïs est au-dessus des 220 €/t ; soit 20 % de plus qu’il y a un an.
Côté protéines, le tourteau de soja culmine à 476 €/t soit une hausse sur un an de presque 40 % et le tourteau de colza est à 344 €/t. Les niveaux des cotations dépassent largement ceux atteints lors de la campagne 2018-2019.
En parallèle, les fabricants se retrouvent de plus en plus confrontés aux attentes sociétales, avec une volonté d’approvisionnement des usines en matières premières non OGM ou non impactantes en termes de déforestation. Des exigences qui s’accompagnent de coûts supplémentaires pour les fabricants. Le surcoût en France du "sans OGM" sur le tourteau de soja est actuellement de 91 €/t d’après le Snia, le Syndicat National de l’Industrie de la Nutrition Animale.

80% du coût des aliments destinés aux porcins imputables aux matières premières d'après Nutrinoë.

Soja "zéro déforestation" pas zéro surcoût

La mise en plan du plan de relance avec des initiatives en faveur de l’amélioration de l’autonomie protéique est en cours mais les fabricants avaient annoncé que les fabrications ne se feraient pas sans du soja d’importation, certes produit sans déforestation. Cette garantie pourrait devenir le standard à l’échéance 2025, et ce sous la pression des enseignes de la grande distribution qui se saisissent désormais de ce sujet.
En novembre dernier, la majorité des enseignes du commerce ont fait part de leur vision sur l’évolution souhaitable de leurs chaînes d’approvisionnement en soja pour l’élevage au travers d’un manifeste "pour une mobilisation des acteurs français pour lutter contre la déforestation importée liée au soja". Des discussions sont en cours pour préciser leurs attentes avec au cœur des débats, la prise en compte du surcoût des approvisionnements en soja durable. Car les professionnels du secteur de la nutrition animale avaient alerté lors de leur conférence du 1er octobre dernier, ils ne seraient pas prêts à assumer les surcoûts, estimés entre 21 millions d'euros pour du soja et palme "durables" et 69 millions d'euros (soja et palme "100 % tracés") selon l’étude réalisée par le Céréopa. Cela représenterait un surcoût au stade consommateur qui pourrait osciller entre 0,03 % et 0,45 % du prix de vente…

 

L’incertaine répercussion des coûts à la distribution

Le bras de fer médiatique qui se joue, cette année encore, dans le cadre des négociations commerciales ne donne pas de signal positif. La Feef (Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France) qui défend les intérêts des PME fait état de "demandes de déflation assorties de faibles contreparties et de peu de prise en compte des surcoûts liés à la crise".
L’Ania, l’Association nationale des industries alimentaires, propose de son côté de lever le tabou de l’inflation alimentaire raisonnable. Le syndicat rapporte l’écart de presque 10 points entre l’inflation alimentaire (déflation cumulée de -2,5 % depuis 2013) et l’inflation totale (+7,3 %). Il annonce que l’alignement d’une inflation alimentaire (-0,1 % en 2020) à un niveau conforme à celui constaté pour l’ensemble des secteurs d’activité (+0,6 %) se traduirait par une contribution de seulement 1,5 € par ménage et par mois.
Les divergences d’analyse de la situation entre la grande distribution et les industries agroalimentaires persistent pour la prise en compte de l’augmentation des coûts de production dans un certain nombre de filières. Le chemin est long d’autant plus que les attentes au niveau européen ne vont pas dans le sens de la fin de la guerre des prix.

 

Nouveau format

Les 23 et 24 février ont eu lieu les réunions économiques départementales sur une demi-journée dans chaque département breton. Fort de son expérience de novembre dernier, avec des rencontres qui se sont déroulées en visioconférence, le service Economie Emploi des chambres d’agriculture de Bretagne a testé cette fois-ci, et avec succès, la diffusion d’interventions des experts, filmées au préalable, panachée d’intervention en direct. Les élus des chambres d’agriculture et les organisations professionnelles agricoles étaient invités et ont apprécié le format. Ce sont 170 participants qui se sont joints aux présentations et débats.

Info : Retrouvez les vidéos commentées de conjoncture sur le site internet des chambres d’agriculture de Bretagne : http ://www.synagri.com/synagri/act-lactualite-des-filieres-agricoles-bretonnes

 

Ils ont dit :

Didier Lucas - Président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor / L’apprentissage permet à l’apprenti d’acquérir de l’expérience. Mais pour un bon accueil des salariés il faut de bonnes conditions de travail et donc de la rentabilité sur les exploitations. Cependant, force est de constater que la conjoncture n’est pas favorable dans plusieurs filières et cela risque de ne pas s’améliorer compte tenu de la hausse du prix des matières premières. Or, sans une agriculture ancrée en Bretagne nous ne pourrons garder tous les emplois des Industries agroalimentaires.

Jean-Hervé Caugant - Président de la chambre d'agriculture du Finistère / La filière légumes a aussi un sujet de crispation : 2020 était la première année d’interdiction de la commercialisation des légumes bio sous serres avant le 1er mai. Les tomates et concombres bio du nord Finistère ont été sacrifiés. La hausse de la consommation du premier confinement n’a profité qu’aux producteurs étrangers qui ont gardé les parts de marché toute l’année. Cette contrainte franco-française est d’une incohérence totale alors que l’Etat prône la souveraineté alimentaire ! Quel avenir pour le bio français ?

Loïc Guines - Président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine / L’agriculture est importante et doit être considérée en Bretagne. L’élevage a une place prépondérante, sans oublier les cultures légumières. Ce sont deux axes porteurs pour le dynamisme et le développement de notre région et ils sont porteurs d’emplois. Dans nos réflexions pour demain, il faut bien prendre en compte l’évolution de ces productions et leur place dans les transitions sociales, énergétiques, environnementales… Et veiller à ce que les politiques publiques accompagnent dans le bon sens.

Laurent Kerlir - Président de la chambre d'agriculture du Morbihan / Le contexte agricole est marqué par une forte hausse du prix des céréales et des oléagineux suite à des achats abondants de la part de la Chine. Cela aura des conséquences sur l’ensemble des filières d’élevage et plus particulièrement en porc et en volaille, productions pour lesquelles l’aliment représente les deux tiers du prix de revient. Il est donc très important que les négociations commerciales entre industriels et grandes distributions qui se finalisent actuellement prennent en compte cette réalité.

 

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